CHAPITRE IT Etiologie — Symptômes — Anatomie pathologique
1° Errococie
Comme toute autre maladie, le mal de Pott hystérique doit avoir ses causes prédisposantes et ses causes déterminantes. Ici les premières semblent jouer un rôle assez important si on considère seulement les antécédents personnels des malades. Nous devrions trouver aussi pour ce complexus symptomatique la même prédisposition que celle que l’on rencontre d'une façon générale dans Phystérie où l’hérédité est le plus souvent manifeste. Georget, Briquet, Charcot, Pitre déclarent que tous les hystériques comptent dans leurs ascendants directs ou collatéraux des sujets atteints de troubles plus ou moins sérieux du système nerveux : ce sont tous des héréditaires. Pourtant toute trace d’'hérédité manque presque ici. L'observation V, seule, nous indique quel-
EvrRee
que chose à ce point de vue: « La malade avait une mère facile à émotionner, un père rhumatisant et excitable ». Pour les autres, il n’est fait mention d’aucun antécédent nerveux. L'une a présenté dans sa famille quelques eas de phtisie, l’autre a eu un père atteint d'une tumeur blanche du genou; c’est-à-dire des affections qui font penser plutôt à de la tuberculose qu’à de l'hystérie, aussi bien chez la femme de l'observation VI que chez le jeune homme dont Charcot nous rapporte l'histoire.
Une manifestation hystérique chez un homme parait au premier abord un peu extraordinaire, car il y a peu de temps que l’hystérie mâle est connue et bien étudiée. Parmi nos observations, nous en avons üne relativé à un jeune garçon de 24 ans. Ce simple fait ne permet pas de signaler une influence quelconque du sexe sur le développement de l'affection que nous étudions. La coxalgie hystérique était regardée autrefois comme une maladie essentiellement spéciale à la femme; aujourd’hui on la rencontre chez l’homme : il en sera de même, sans doute, du pseudo-mal de Pott hystérique.
L'âge ne paraît pas non plus avoir une influence marquée. Une de nos malades a été atteinte à 14 ans; cinq autres ont de 19 à 25 ans; quatre ont vu leur maladie débuter après 30 ans, Ce syndrome se rencontre également chez l'enfant, puisque Grancher nous en cite un cas chez une petite fille de 3 ans et demi.
Ainsi nous ne trouvons aucune prédisposition dans les antécédents héréditaires ; ils éloignent plutôt parfois l'idée d’un trouble nerveux pour éveiller celle d'une lésion organique.
Si on examine maintenant les antécédents personnels, on retrouvera chez plusieurs de nos malades une tare nerveuse plus où moins apparente; le plus souvent cependant presque rien. Chez l’une on note une expression de mélancolie, chez l’autre des migraines, de la céphalée. Deux seulement présentent des symptômes plus nets : quelques convulsions dans l'enfance, des attaques de faiblesse, des évanouissements fréquents. Cela suffit cependant pour indiquer quelques tendances névropathiques
Pour les causes occasionnelles, il est possible de diviser nos observations en quatre groupes. Chez trois malades. nous trouvons des causes d’ordre psychique, ce qui, du reste, est assez fréquent dans les manifestations hystériques. L'une a vu sa maladie débuter à la suite « de grandes secousses morales »; le début a été lent cependant, puisque ce n’est qu’au bout de quatre ans que la douleur rachidienne s’est établie défimtivement. L'autre a eu déjà une première atteinte de mal de Pott vrai, dont il lui reste une gibbosité marquée, son attention était donc portée de ce côté et il existait chez elle une crainte vive de voir se renouveler la lésion. C’est à la suite d’une profonde déception que le jeune malade de Charcot a commencé à souffrir. Trois fois un traumatisme léger a précédé d’assez loin le pseudo-mal de Pott, mais les malades n’y ont attaché que peu d’importance. Dans deux cas nous ne trouvons aucune raison déterminant l'apparition des symptômes. Deux cas se sont produits à la suite de maladies infectieuses ; dans l’un il s’agit d’une amygdalite avec abcès, qui a été très longue à guérir; dans l’autre, d’une fièvre typhoïde
pre
grave. Il est difficile de ne pas admettre alors une certaine influence de l'infection sur le système nerveux, influence qui se traduirait précisément par les phénomènes que l’on constate du côté de la colonne vertébrale. ,
En résumé, il n'y a rien de bien net dans l’étiologie du pseudo-mal de Pott hystérique, ou, pour mieux dire, l'affection n’a pas une étiologie propre. On y rencontre les causes occasionnelles de hystérie, émotions morales vives, traumatismes. La contagion par imitation pourrait sans doute exister également, puisqu'on la trouve même pour des cas de lésion tuberculeuse de la hanche. Paget cite l'exemple remarquable d’une jeune fille qui, ayant un frère atteint d’arthrite suppurée de l’articulation coxo-fémorale, présenta elle-même une coxalgie hystérique. Un seul fait important reste à noter, c’est qu'on trouve assez souvent, dans les antécédents personnels des malades, des tendances névropathiques.