‹ Pseudo-Mal De Pott:Chapitre 19 sur 27 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Le début du pseudo-mal de Pott peut être brusque : une malade fait un faux mouvement en levant les bras et ressent aussitôt une violente douleur du côté du rachis. Dans d’autres cas, on ne signale pas cette apparition soudaine. La malade a fait une chute autrefois ; elle n’attribue pas grande importance à cet accident, mais se plaint cependant de souffrir dans le dos depuis cette époque. Cela dure pendant deux ou trois ans et on ne peut savoir à quelle date précise est apparu le symptôme. De plus la souffrance n’est pas continuelle ; il y a des

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rémissions de plusieurs jours; elle se montre d’une façon très irrégulière. |

La douleur, une fois établie, présente certains caractères spéciaux. Elle est en général très vive et on peut la comparer à la sensation que produirait une brûlure ou un vésicatoire à vif. Elle est spontanée et persistante. Elle siège sur un point quelconque de la colonne vertébrale tantôt à la région cervicale, tantôt à la région dorsale où même à la région lombaire. Elle est rarement limitée à une ou à deux ou trois apophyses épineuses, elle s’étend le plus ordinairement sur plusieurs vertèbres, cinq ou six, quelquefois même elle occupe en entier Jes régions dorsale ou cervicale. Parfois elle existe en deux points différents chez le même sujet : ainsi dans un cas, sur la colonne cervicale et sur les 4*° et 5%° dorsales, dans l’autre sur les 5%° et 6° cervicales et sur la troisième dorsale en même temps.

Cette douleur est exagérée par les plus petits mouvements, soit volontaires, soit spontanés. Si la maladie siège à la région cervicale, la malade ne peut remuer la tête sans ressentir une vive douleur. Si c'est à la région dorsale, la flexion du corps en avant est devenue impossible, les mouvements de latéralité du tronc sont également douloureux.

La pression sur la région atteinte provoque une douleur vive; et un léger attouchement produit souvent un effet aussi intense qu'une pression forte. Parfois même on occasionne une souffrance très grande en faisant un pli à la peau et en le pinçant entre les doigts. Dans un des cas observés, la pression un peu prolongée sur le point douloureux provoque une sensation très

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désagréable, ayant beaucoup de rapport avec l'aura hystérique. La pression à distance est bien souvent sans effet; on ne provoque rien en appuyant fortement sur les épaules, Chez deux de nos malades dont la lésion apparente siège à la région cervicale, la pression sur le sommet de la tête donne lieu à une vive douleur.

Nous avons vu que la colonne vertébrale a perdu sa mobilité habituelle. Gela est dû aux contractures musculaires qui existent dans tous les cas.

Quelle que soit la durée de l’affection, on ne constate pas de déformation importante. Chez deux malades pourtant, quelques vertèbres sont proéminentes par suite de l’amaigrissement et de l’affaissement des masses musculaires occupant les gouttières vertébrales.

Le malade en général se tient raide, le tronc renversé en arrière et conserve cette attitude pendant la marche. Cette dernière présente parfois quelques caractères particuliers que nous retrouverons dans un instant, en étudiant les phénomènes à distance dans les membres inférieurs.

Comme dans le mal de Pott vrai, la douleur du rachis présente des irradiations dans des directions différentes. Le plus souvent la propagation se fait vers la base de la poitrine, c’est une douleur constrictive, en ceinture. Elle peut s'étendre sur les côtés du tronc, le long des fausses côtes et en avant jusque dans les fosses iliaques. Dans un cas, on l’a vue envahir jusqu’à la région inguinale et la verge, tandis que les régions ombilicale et épigastrique restaient intactes. Des douleurs spontanées peuvent siéger également en d’autres points. Une malade accuse des sensations douloureuses dans les

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reins, se propageant dans la hanche et les cuisses, avec des crampes de temps en temps dans les membres inférieurs. Une autre se plaint de souffrir au niveau de l'épaule gauche.

Il existe également des troubles de sensibilité; ce n'est pas cependant un symptôme constant, il n’est pas commun à tous les cas que nous rapportons : on ne le rencontre que quatre fois seulement. Il s’agit d'une diminution de sensibilité sur tout un côté du corps, ou encore d'une anesthésie cutanée complète et totale des membres inférieurs, limitée très exactement en avant au pli de l’aine, en arrière au pli fessier. De même une hyperesthésie marquée se trouve dans un cas sur tous les points où siège la douleur spontanée. Ainsi l’anesthésie cutanée ne semble pas avoir une répartition exactement en rapport avec la localisation rachidienne.

L'étude de la motilité est plus importante. Presque tous les malades se plaignent d'une sensation de faiblesse, d'un sentiment d'impuissance motrice. Quelquesuns ont une véritable paraplégie et ne peuvent se tenir debout sans être soutenus, Le malade de l’observation IV est arrivé dans la salle d'hôpital en marchant avec peine, appuyé sur deux béquilles et traînant la jambe droite. La femme qui fait l'objet de l'observation VIT a marché pendant longtemps elle aussi en faisant usage de béquilles. Une autre n'avançait qu’en trainant ses pieds sans pouvoir pour ainsi dire les détacher du sol. On a remarqué dans ces cas, cependant, que la résistance des divers segments du membre était normale. Des phénomènes analogues peuvent porter sur les membres

supérieurs. Ici on a une diminution marquée de la force

du bras droit, révélée par un examen au dynanomètre. Là les mouvements d’élévation des bras sont presque impossibles et provoquent une exagération de la douleur siégeant autour du thorax. À côté de ces troubles permanents, on en rencontre de transitoires. Ils sont plus rares, Une seule de nos malades a perdu une fois, pendant quelques heures seulement, l'usage de ses quatre membres. On peut donc dire d’une façon générale qu’il existe des troubles de motilité dans les membres inférieurs consistant en un affaiblissement qui peut aller jusqu'à la paraplégie complète.

Malgré cela, on ne trouve pas une modification nette des réflexes. Ils sont normaux la plupart du temps et une augmentation du réflexe rotulien ou de la trépidation épileptoïde du pied existe à peine dans la moitié des cas.

Il est rare également de constater l'existence de troubles trophiques : on n’a observé jusqu'ici que des œdèmes. Une des malades a été particulièrement atteinte à ce point de vue. Un œdème de tout le membre inférieur droit à persisté pendant deux ans avant l’apparition des premiers symptômes douloureux de la colonne vertébrale et s'est reproduit deux fois depuis ; il était très marqué, surtout à la seconde attaque. Dans deux autres cas, on trouve aussi un œdème de la jambe gauche et de la région rachidienne malade.

Des maux de tête violents et persistants existent assez fréquemment; nous les avons rencontrés quatre fois d’une façon très nette. Du côté des différents appareils, on peut dire que la lésion n’a pas de retentissement marqué. Deux fois on trouve des troubles passagers de la miction, de la rétention d'urine. Un malade à pré-

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senté des phénomènes pulmonaires soit disant congestifs au début de ses douleurs rachidiennes, mais les renseignements qu’on a, à ce sujet, sont très vagues, L'état des différents viscères, estomac, cœur, poumon, reste normal pendant toute la durée de l'affection. Il n’en est pas toujours de même de l’état général. Une anémie même très marquée est un fait assez commun, Chez une malade, l’amaigrissement était considérable.

On n’a pas noté d’élévation de température.

À côté de ces symptômes qui résument le tableau clinique du pseudo mal de Pott, nous placerons différents phénomènes rencontrés chez nos malades et qui ne sont autres que des manifestations hystériques bien caractéristiques. C’est, du reste, la découverte de ces signes qui a fait réformer un diagnostic de maladie organique du rachis, porté par les médecins appelés les premiers à donner leurs soins à ces malades. Il s’agit, chez plusieurs, d'un rétrécissement marqué du champ visuel pour la lumière blanche et les couleurs, de diplopie, etc.; chez d’autres, d’une aphonie passagère, de crises d’éternûments, de tremblement rapide presque rythmé des doigts avec des oscillations de très petite amplitude ; enfin, chez le malade de Charcot, d'attaques de nerfs présentant d’une façon indubitable tous les caractères dela crise d’hystérie.

Nous n’indiquons pas, bien entendu, ces signes comme appartenant à la symptomatologie du pseudo malde Pott, puisque ce sont, en réalité, des manifestations hystériques d’un autre genre. Mais, si on les rencontre en même temps que la localisation rachidienne, ils serviront à éclairer le clinicien sur la nature nerveuse de l'affection qu'il a sous les yeux.

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