SCÈNE U
IRÈNE, belliqueuse.
Avec une femme comme moi, le péril est pour qui est défié plus que pour qui défie l Qui me frappe so frappe !
LARBALESTRIER.
C'est ça! Je vous entends venir! Le talion,, n'est-ce pas ?
IRÈNE
A d'autres, ce moyen banal, et trop agréable au bourreau. La^Taie vengeance n'admet pas le dérivatif d'un plaisir personnel. Ah l si l'on pouvait avoir, sans l'amant, cette corporelle misère, les caresses do l'amant, ces délices ! Mais amour et douleur forment un couple indivorçable.
M«* d'auvilliers.
Voulez-vous bien cesser cette querelle d'amants? Vous voici déjà presque aux grossièretés. C'est pour ça, apparemment, que le bon peuple dit : Querelle d'allemands. Voyons^ mon ex-... ami Pierre-l'impétueux, confessez que vous en tenez un peu pour cette tragédienne admirable aux yeux de flamme et de ténèbres. En amour trahison
avouée est moins douloureuse que trahison soupçonnée. Irène sait bien, du reste, que vous ne l'aimerez pas toujours. Seulement, tout amazone qu'elle paraisse, la pauvrette est à la période où son cœur est, à ■ce sujet, en arrière sur son intelligence. Elle ne subit pas encore la dépression sentimentale qui est la bienfaisante agonie de l'amour et en fait accepter si aisément la fin. <A Larbalestrier) Ne m'avez-vous pas dit que c'est étonnant comme presque tous les malades condamnés se résignent à la Mort : affaiblissement physique,... et peut-être, fatigue de vivre ? Or, il y a aussi fatigue d'aimer.
LARBALESTRIER, il va et vient, agité, saccadé.
Il est vrai, cette femme m'attire. Mais dans le démêlement trouble de cette attraction, — (suppliant) Irène, il faut me croire, — je ne découvre pas l'Amour. Un besoin de la posséder, oui 1 Tu vois, Irène, que je suis franc. Mais mon âme n'y a point de place. ■Cette âme est à Toi ! C'est mon corps, la misérable carcasse bâtie autour de cette âme qui, par une sorte de vie propre et barbare.