‹ Psukè; dialogue pour le théatre en un acte et neuf scènes. FrontChapitre 22 sur 71 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ERFEKSEN.

J'habite un lieu historique, Madame :

Hlidarenda, dans le Fljotshlide, où vécut Gunnar, fils d'Hamund, célébré dans la Saga de Niai, la plus belle de ces sagas qui sont nos légendes populaires, notre épopée des Niebelungen.

CORNÉLIUS, assis, déclamant.

« Gunnar était un homme de grande taille, fort, et le plus brave qu'on pût voir. Il frappait de l'épée et lançait le javelot de Tune et l'autre main, comme il lui plaisait ; et il était si prompt à brandir son glaive, qu'il semblait qu'on en vit trois en l'air! Il nageait comme un phoque ».

ERFEKSEN, étonné.

Comment, vous vous souvenez à ce point? C'est mei*veilleux !

CORNÉLIUS

Ne vous étonnez pas, je viens de la lire. C'est le secret de la mémoire de bien des gens. Sinon, vous savez, cette mémoire, c'est la plupart du temps un crible : que de choses y passent et disparaissent l

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ERFEKSEN.

L'homme moderne a trop à retenir : on n'en peut plus.

CHABREVIÊRE, à Erfeksen.

Vous VOUS êtes beaucoup inspiré de ces sagas dans votre théâtre ?

ERFEKSEN.

Entendons-nous. Certes^ la vieille âme de ma Patrie me travaille, l'âme de cette Islande à population si rare que la Nature n'y a presque pas d'autre témoin qu'elle-même. Il me semble parfois que je suis l'inconnu personnage qui écrivit la Saga de Niai, il y a huit cents ans. Le paysage et les mœurs changent si peu et si lentement en cette île aux aspects lunaires, qu'en soi et au dehors, on y distingue peu le présent du passé. Mais vous avez vu, notamment dans mon Maelstrôm joué ce soir, que j'accommode mes personnages à la vie contemporaine. En ceci je me dépeins moi-même.

CHABREVIÊRE.

Vous ne vous étonnerez point si je m'intéresse à vous entendre vous analyser, puisque

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