‹ Psukè; dialogue pour le théatre en un acte et neuf scènes. FrontChapitre 24 sur 71 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

dans l'immobilité! Pourquoi serait-il nécessaire d'imaginer de vaines et bruyantes merveilles ?

CHABREVIÈRE.

Voilà, en effet, ce qui me préoccupe quand j'essaie de juger et de jauger votre œuvre : l'Immobilité qui y règne. Des yeux qui écoutent, des gestes qui interrogent, des physionomies qui répondent, des mots qui circulent clairs ou plus souvent énigmatiques. Tout se passe en conversations, en propos échangés entre gens qui ne bougent guère ; on croirait vos personnages assis en conseil, dissertant et délibérant. C'est ce que nous nommons « le Théâtre à Thèse » et vous savez, sans doute, que nos critiques le condamnent.

MAX KORSOR, debout, froidement railleur.

Et nos professeurs de littérature aussi. Et tous nos pédants. Et tous nos journalistes, revuistes et polémistes. Quand ils condamnent quelque chose, vite allez-y voir : presque chaque fois c'est un innocent qu'ils ont envoyé aux galères. Les bonnes pièces sont celles qu'on joue le moins. Je les entends, ces augures : « Pièce à Thèse, mauvais I II faut l'action au théâtre, l'action, l'action!»

ERFEKSEN, très doux.

Oui, je sais. Je connais cette doctrine. C'est très commode d'avoir dans la poche un petit instrument au moyen duquel on mesure mécaniquement les œuvres. Ça dispense d'en avoir un dans la cervelle.

MAX KORSOR.

Eux, en fait d'action, ils beurrent leurs scripturales tartines et se vendent comme esclaves, à cinq sous la ligne, pour éreinter ce qu'ils n'aiment pas, et même ce qu'ils aiment.

CHABREVIÈRE, ironique, à Korsor.

Monsieur Korsor, on s'aperçoit que les journalistes se sont refusés à reconnaître vos mérites. Vous avez encore la bouche amère des choses désagréables qu'ont lues vos yeux.

KORSOR, très calme.

Oh! c'est que je n'ai pas voulu m'en pro- ■<:urer d'autres. Les applaudissements payés sont moins aujourd'hui dans les théâtres que dans la presse. Les directeurs de journaux sont des chefs de claque ; on peut traiter avec eux par abonnement ou à forfait.

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