SCÈNE IV
LARBALESTRIER.
Une méthode pour filouter le succès et cambrioler l'opinion.
CHABREVIÊRE, hausse les épaules; à Erfeksen.
J'avoue que j'incline à croire à la nécessité de l'Action au Théâtre. Vieille habitude, peut être.
LARBALESTRIER, caustique.
Jeune habitude plutôt. Avez-vous jamais remarqué, ô éminent critique, que toutes les bonnes pièces de Molière sont des pièces à thèses, en lesquelles de symboliques personnages aux noms fongibles, Alceste et Oronte, Bélise et Célimène, plaident tour à tour (la plupart du temps en vers, circonstance aggravante) le pour et le contre comme des avocats à la barre? Ah! ce qu'il se fiche de l'action, le grand Poquelin! Ahl ce qu'il termine l'aventure et la pièce par une gambade ou une baliverne !
CORNÉLIUS, assis et souriant.
Et le théâtre antique ? Eschyle, Sophocle, Euripide ! Des thèses, toujours des thèses, et d'une longueur l Le bruit court pourtant que
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les Grecs s'y connaissaient, (ironique) Il n'est pas absolument impossible que cela vaille la systématisation de la polissonnerie, actuellement en honneur.
KORSOR.
De l'ordure saupoudrée d'esprit.
CHABREVIÈRE, riant.
Rut ou Vlnévitable Adultère, pièce en cinq actes et cinq fornications.
KORSOR.
Ce qu'ils nomment l'action c'est le remuement vulgaire. Vernet et sa smala : cent personnages qui s'agitent et me laissent froid. Rembrandt et ses portraits : un être immobile et qui m'émeut. Oh ! la joie de peindre l'Invisible de l'âme, de le faire venir à la peau d'un visage l L'Art est plus dans la vie intérieure, car celle-ci est plus nous-mêmes. Ce qui fait l'Art c'est la palpitation de l'artiste dans son oeuvre^ c'est <c la matière humanisée », c'est l'émoi d'un de nos semblables retrouvé dans ce qu'il crée par la plume, le pinceau, l'instrument, la parole.