SCÈNE IV
IRÈNE
C'est le plus ému qui apparaît toujours le plus grand!
CORNÉLIUS
L'âme est grande et tragique par ses pensées et ses sentiments. Lorsqu'il lui est refusé d'étendre son activité au-dehors, elle l'exerce en elle-même d'une manière inconnue aux esprits faibles et légers. Ceux-ci ne connaissent pas cette impétueuse et féconde suite d'actions qui roulent en orage dans le cœur des hommes profonds !
ERFEKSEN.
Moi je ne disserte pas là-dessus, étant d'avis avec Amiel, que ce qui est le plus raisonnable dans l'homme, c'est ce qui ne raisonne pas. L'Art a ses raisons que la Logique ignore. Je m'écoute avec simplicité. J'ai pensé et écrit dans mon trou de glace et de neige, comme ça m'est venu, sans songer à des règles ou à la renommée. Cette solitude gelée a collaboré avec moi. Là je couve patiemment et silencieusement mes œuvres. Là ma présence vit et jouit d'elle-même. Et il faut bien qu'il y ait quelque accord
52 PSUKÊ
entre ce que j'ai fait et les besoins d'âme de mes contemporains, puisqu'une certaine gloire m'a été octroyée; non sans que je m'en sois étonné, veuillez le croire.
KORSOR.
L'artiste véritable ne marchande pas avec son inspiration.
LARBALESTRIER.
Tant de facteurs insaisissables fonctionnent et se combinent en nous pour nous faire agir, que vraiment c'est démence d'essayer de nous conduire ou de justifier notre conduite. La partie consciente de notre être n'est qu'une lucarne sur l'énorme domaine de l'inconscient cérébral, nerveux, musculaire. Il y a là un sous sol prodigieux. Mêlés à la Nature, et de tous les côtés, nous enmagasinons incessamment, sans nous en douter, des milliers de notions qui influeront fatalement sur nos actes. Le mieux est de « se laisser faire», comme ces parlementaires qu'on mène les yeux bandés à travers les camps ennemis jusqu'au quartier général... (Baissant la voix, malicieusement) C'est ce que me disait aussi un jour une dame... fort distinguée.