‹ Psukè; dialogue pour le théatre en un acte et neuf scènes. FrontChapitre 36 sur 71 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

de bonne grâce qui tant nous honore de sa présence et peut nous éclairer par ses discours.

ERFEKSEN, lentement et discrètement.

Je voulais dire modestement, sans aucune prétention à la priorité et à la valeur de la découverte, que je suis très enclin à croire à la Perpétuité des germes, — et j'entends par là ce qui, dans l'immense cuisine, je veux dire laboratoire, de l'Univers, produit notamment les êtres organisés, végétaux, animaux, hommes (puisque nous nous mettons toujours à part) — chacun en son individualité propre. Qu'est-ce qui fait que, dans sa poussée, un chêne est invariablement un chêne, un cheval un cheval, un humain un humain, et rien autre chose ? N'y a-t-il pas là chaque fois un principe, une force dont la visibilité échappe jusqu'ici aux plus insistantes recherches, aux plus pénétrants microscopes, (faiblesse de nos sens, imperfection de l'optique peut-être) et qui pourtant existe avec une puissance aussi insurmontable, aussi immodifiable que mystérieuse ?

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LARBALESTRIER.

La force invisible, la puissance obscure « la Lumière noire », comme a dit, par une expression audacieuse qui eut séduit Shakespeare^ Gustave Lebon, son décou^Teur, quand il voulut nommer l'Energie énorme blottie, condensée partout dans l' Univers sous l'aspect rigide de la matière crue puérilement inerte.

ERFEKSEN.

Oui, mais ici ce ne serait pas cette énergie amorphe, générale, partout identique, comprimée, concentrée sous la forme de matière cohérente, mais une autre, l'Energie multiforme, créant l'immense diversité des Etres. Or, s'il est vrai comme on le croit maintenant, que rien ne périt, ne disparaît dans «c la mécanique supérieure du monde », (l'expression est, je crois, de Bossuet), pourquoi ces étincelles, ces Ame^ pour les appeler par leur nom usuel, seraient-elles anéanties par la Mort ? Elles existaient avant la naissance des corps puisque, dominatrices et régulatrices, elles ont présidé à l'édification de la Vie tangible de chaque être organisé. Pourquoi disparaîtraient-elles après la Mort ?

Pourquoi, dès ce moment et après cette sinistre opération, serions-nous tous condamnés au néant ? La persistance du germe n'estelle pas une nécessité naturelle ?

MICHEL, à demi-voix à son voisin Korsor.

Je persiste à trouver drôle ce rêveur qui divague si bien sur la métaphysique et le mysticisme, qui vous parle pieusement de rincognoscible et de l'Insondable, et exhibe une si copieuse brochette de décorations profanes ?

KORSOR.

C'est peut-être un grand ironiste. Il a le calme sournois des mystificateurs.

MICHEL, jouant l'anxiété.

C'est peut-être un sorcier déguisé ?

LARBALESTRIER.

Clairement et sobrement exposée, votre théorie, Monsieur Erfeksen, je me plais à le dire ; sous toute réserve de sa véracité, car je suis un médecin positiviste, imbu de cette conviction que jamais rien n'a pu confirmer l'idée de la vie future, tandis qu'une série de

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données écrasantes sont venues la combattre. Mais je désire, (se tournant vers les convives) et nous désirons tous apparemment, un complément : Quel est, d'après vous, cher Poète, le sort précis de ces germes vitaux, principes, étincelles, parcelles de la force productive universelle emprisonnée en eux comme la puissance explosive dans un grain de poudre...

CORNÉLIUS

Des monades....

KORSOR.

Une poussière d'âmes....

CORNÉLIUS

Et d'autres noms, et d'autres noms. Comme tout ce qui est imprécis, l'âme a cent noms, elle est hectonyme.

LARBALESTRIER, continuant.

...Quel est, dis-je, le sort de cette Aine qui persisterait malgré la mort, immédiatement après que cette dévastatrice, cette « dissolutrice » a rompu ses attaches avec le corps et qu'elle en est désemparée ? Ceci a préoccupé les humains lamentables plus peut-être que la question de la Survie elle-même.

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