SCÈNE V
ERFEKSEN, du même ton discret et lent.
Rentrée dans l'universel réservoir du Cosmos, des futurs contingents, dans le Pan aux mille formes, inépuisable, impérissable, source mystérieuse de tout, elle attend, comme en léthargie, cette étincelle divine, cette PsuKÈ figurée jadis par la gracieuse image de Psyché, une nouvelle occasion propice qui lui permettra de recommencer l'édification corporelle qui l'avait rendue visible non dans son essence en elle-même insaisissable, mais seulement dans ses effets matériels palpables pour nos sens. C'est une question d'ambiance favorable; il faut patienter jusqu'au libérateur, jusqu'à l'Eleuthère!
M"« d'auvilliers.
Mais c'est le conte de la Belle-au- Bois-dormant! Notre âme deviendrait alors une princesse en catalepsie ?
CORNÉLIUS
C'est aussi la fable du Dionysos antique qui ne peut mourir que pour renaître. Votre grand réservoir. Monsieur Erfeksen, c'est « le Pays des Morts» des religions antiques.
^d PSUKÈ
CHABREVIERE.
C'est le thème d'un roman récent, par une femme : Le Réveil de l'Ame,
ERFEKSEN, continuant.
Les âmes ainsi définies, me paraissent semblables aux graines répandues par myriades dans la terre, qui ne poussent en plantes que si les conditions extérieures environnantes s'adaptent à leur force végétative solliciteuse, tendue vers l'œuvre de la Vie corporifiée. Ne suffit-il pas de noyer un terrain pour y voir surgir une flore aquatique; d'assécher un marais pour que toute la verdure y change, et même la faune! Pourquoi n'en serait-il pas ainsi des semences humaines ?
CORNÉLIUS
Les Egyptiens, les Grecs, faisaient du grain de blé l'emblème de l'âme humaine. On en semait sur les tombes.
Comme nous mettons des fleurs sur les cercueils et les corbillards, emblèmes du renouveau qu'on espère.