SCÈNE V 8l
ERFEKSEN.
La conscience que l'homme (et les animaux, rien de plus) a de lui même, me paraît un bien rare et local phénomène dans la Vie totale. Faculté, au surplus, de douteuse valeur puisque, ainsi que vous le rappelez mélancoliquement. Madame, si elle s'accompagne de la sensation de quelques joies, elle ne va pas sans la cruauté et le cortège des souffrances ! Combien,en chacun de nous,cette conscience est limitée et infirme !
CORNÉLIUS
Durant des siècles, l'homme ne s'est pas douté de la circulation de son propre sang.
LARBALESTRIER.
D'innombrables phénomènes cérébraux, même pour le raisonnement, se passent en nous sans que nous nous en doutions. Je vous le disais, c'est le domaine énorme de la subconscience qui s'enrichit^ agit, se dépense pour son propre compte, et qui est en nous comme un étranger, tantôt bienfaisant, tantôt horriblement traître.
S2 PSUKÈ
CORNÉLIUS
Oui. Comme si un autre que nous surgissait en nous : Homo multiplex ! Flusiems âmes parfois ne collaboreraient-elles pas à la construction d'un seul corps, pour s^'y allier, s'y combattre^ ou s''y relever ainsi que des sentinelles ?
ERFEKSEN.
Alors, Madame, je crois, je suppose^
— remarquez que je dis : je crois, je suppose,
— que la conscience, étant un attribut dérivant de nos organes corporels en fonctionnement, cesse quand ce fonctionnement s'arrête et que les éléments matériels qui formaient son appareil sont décomposés et rendus à la masse. C'est ce que coutumièrement on nomme de ce monosyllabe redoutable : La Mort!
IRÈNE
Le brumeux roman de la Mort, hérissé d''interrogations, bourrelé d'inquiétudes l L'en-deçà confus, l'au-delà redouté! L'Outre- Tombe !