SCENE VIII
LARBALESTRIER, lentement se tournant yers
Korsor.
Que fais-tu là, Korsor, derrière nous, sarcastique et sournois, pareil aux énigmatiques personnages qui, au fond des tableaux de Jordaens ou de Jan Steen, raclent, dans le clairobscur, des instruments dérisoires ou font des nazardes aux convives ? Qu'est-ce que tu flaires? — Que s'est-il passé ? J'eus comme l'impression d'une magie, d'une vision ensorcelante, d'un assoupissement et d'un brusque réveil ; d'un départ au pays des ombres et d'un retour. Le vin, la tiédeur de cette salle, sans doute, ces philtres, ces fascinations. — N'avez-vous pas entendu de la musique ?
MICHEL
De la musique ? Bon ! encore une fois le Visionnaire. Je te répète que tu deviendras fou, docteur Larbalestrier. Tu as la mine d'un somnambule à qui, pour le réveiller, on vient de jeter aux jambes une serviette mouillée.
1^2 PSUKE
LÀRBALESTRIER, vague.
Passons au salon. La débandade de cette table doit vous déplaire.
M'"^ D'AUVILLIERS, se lève ; tous l'imitent.
Restons ici, gagnons ces fauteuils. Ne rompons pas le charme bizarre de l'atmosphère chargée de tant d'idées rares et de paroles qui sont tombées comme les pluies de fleurs aux festins d'Héliogabale, à la fois enivrantes et mortuaires. J'en ai la tête tout troublée et la peau frémissante.
On se dirige silencieusement et lentement vers les fauteuils.
La causerie reprend, les dames et quelques hommes assis, les autres debout.
IRÈNE
J'aime ce clair-obscur; il symbolise la Vie où rien ne se voit bien, où tout n'est qu'à-peuprès.
CORNÉLIUS
Il symbolise aussi la Science où tout ce qui n'est pas immédiat plonge dans la nuit du mystère.