‹ PsychéChapitre 100 sur 128 · LIVRE SECOND ïi · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND ïi

Vous vous seriez tous divertis.

Helas! Amour, j'ay tort : tu répandis des larmes Quand tu sceus de Psiché la peine et le tourment, Et tu luy fis trouver un baume pour ses charmes

Qui la guérit en un moment.

Telle fut la première peine que Psiché souffrit. Quand Cytherée fut de retour, elle la trouva étendue sur les tapis dont cette chambre estoit ornée, preste d'expirer et n'en pouvant plus. La pauvre Psiché fit un effort pour se lever, et tascha de contenir ses sanglots. Cytherée luy commanda de baiser les cruelles mains qui l'avoient mise en cet estât. Elle obeyt sans tarder, et ne témoigna nulle répugnance. Comme le dessein de la déesse n'estoit pas de la faire mourir si tost, elle la laissa guérir.

Parmy les servantes de Venus, il y en avoit une qui trahissoit sa maistresse et qui alloit redire à l'Amour le traitement que l'on faisoit à Psiché et les travaux qu'on luy imposoit. L'Amour ne manquoit pas d'y pourveoir. Cette fois-là il luy envoya un baume excellent par celle qui estoit de l'intelligence, avec ordre de ne point dire de quelle part, de peur que Psiché ne

a3a psicjih

crust que sonmary estoit appaisé, et qu'elle n'en tirast des conséquences trop avantageuses. Le Dieu n'estoit pas encore guery de sa bruslure et tenoit le lit. L'opération de son baume irrita Venus, à l'insceu de qui lachoseseconduisoit, et qui, nesçachant à quoy imputer ce miracle, résolut de se défaire de Psiche par une autre voye.

Sous l'une des deux montagnes qui couvroient à droite et à gauche cette maison, estoit une voûte aussi ancienne que l'univers. Là sourdoit une eau qui avoit la propriété de rajeunir : c'est ce qu'on appelle encore aujourd'huy la fontaine de Jouvence. Dans les premiers temps du monde il estoit libre à tous les mortels d'y aller puiser. L'abus qu'ils firent de ce thresor obligea les dieux de leur en oster l'usage. Pluton, prince des lieux sousterrains, commit à la garde de cette eau un dragon énorme. Il ne dormoit point, et devoroit ceux qui estoient si téméraires que d'en approcher. Quelques femmes se hazardoient, aymant mieux mourir que de prolonger une carrière où il n'y avoit plus ny beaux jours ny amans pour elles.

Page 1