LIVRE SECOND
Amour t'envoyra compagnie.
Dragon, gentil dragon, que te diray-je encor
Qui te chatouille et qui te plaise?
Ton dos reluit comme fin or;
Tes yeux sont flambans comme braise.
Tu te peux rajeunir sans dépouiller ta peau. Quelle félicité d'avoir chez toy cette eau ! Si tu veux t'enrichir, permets que l'on y puise ; Quelque tribut qu'il faille, il te sera porté : J'en sçais qui, pour avoir cette commodité,
Donneront jusqu'à leur chemise.
Psiché chanta beaucoup d'autres choses qui n'avoient aucune suite et que les oiseaux de ces lieux ne purent par conséquent retenir ny nous les apprendre. Le dragon l'e'couta d'abord avec un très-grand plaisir. A la fin il commença à baailler, et puis s'endormit. Psiché prend viste l'occasion. Il faloit passer entre le dragon et l'un des bords de l'entrée. A peine yavoit-il assez de place pour une personne. Peu s'en falut que la belle , de frayeur qu'elle eut, ne laissast tomber sa cruche, ce qui eust esté pire que la goûte d'huile. Ce dormeur-cy n'estoit pas fait comme l'autre : son courroux et ses remontrances, c'estoit de mettre les gens en pièces. Nostre héroïne vint à bout de son entreprise par un grand bon-heur. Elle