‹ PsychéChapitre 108 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

luy ordonna de la suivre, et la mena dans la basse-court du chasteau. Là, sous une espèce de halle, estoient entassez pesle-mesle quatre différentes sortes de grains, lesquels on avoit donnez à la déesse pour la nourriture de ses pigeons. Ce n'estoit pas proprement un tas, mais une montagne. Il occupoit toute la largeur du magazin et touchoit le faiste. Cytherée dit à Psiché: « Je ne veux doresnavant nourrir mes pigeons que de mil ou de froment pur : c'est pourquoy sépare ces quatre sortes de grains; fais-en quatre tas aux quatre coins du monceau , un tas de chacune espèce. Je m'en vas à Amatonte pour quelques affaires de plaisir; je reviendray sur le soir. Si à mon retour je ne trouve la tasche faite, et qu'il y ayt seulement un grain de meslé, je t'abandonneray aux ministres de ma vengeance. » A ces mots elle monte sur son char et laisse Psiché desespérée. En effet, ce commandement estoit un travail, non pasd'Hercule, mais de démon.

Sitost que l'Amour lesceut, il en envoya avertir la fée, qui, par ses suffumigations, par ses cercles, par scsparolles, contraignit

tout ce qu'il y avoit de fourmis au monde d'accourir à l'entour du tas, autant celles qui habitoient aux extremitez de la terre que celles du voisinage. Il y eut telle fourmy qui fit ce jour-là quatre mille lieues. Cestoit un plaisir que d'en voir des hordes et des caravanes arriver de tous les costez.

11 en vient des climats où commande l'Aurore,

De ceux que ceint Thetis, et l'Océan encore;

L'Indien dégarnit toutes ses régions ;

Le Garamante envoyé aussi ses légions;

11 en part du couchant des nations entières;

Le nort ny le midy n'ont plus de fourmilières ;

Il semble qu'on en ayt épuisé l'univers.

Les chemins en sont noirs, les champs en sont couverts;

Maint vieux chesne en fournit des cohortes nombreuses.

Il n'est arbre mangé qui sous ses voûtes creuses

Souffre que de ce peuple il reste un seul essaim :

Tout déloge ; et la terre en tire de son sein.

L'ethiopique gent arrive, et se partage.

On crée en chaque troupe un maistre de l'ouvrage.

Il a l'œil sur sa bande, aucun n'ose faillir.

On entend un bruit sourd; le mont semble bouillir.

Déjà son tour décroist ; sa hauteur diminue.

A la soudaineté l'ordre aussi contribue.

Chacun a son employ parmy les travailleurs :

L'un sépare le grain que l'autre emporte ailleurs.

Le monceau disparoist ainsi que par machine.

Quatre tas differens reparent sa ruine :

De bled, richepresent qu'àl'hommeontfaitlescieux ;

De mil, pour les pigeons manger délicieux ;

De segle, au goust aigret ; d'orge rafraischissante,

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