LIVRE SECOND
Qui donne aux gens du nort la cervoise engraissante. Telles l'on démolit les maisons quelquefois : La pierre est mise à part ; à part se met le bois ; On void comme fourmis gens autour de l'ouvrage. En son estre premier retourne l'assemblage. Là sont des tas confus de marbres non gravez, Et là les ornemens qui se sont conservez.
Les fourmis s'en retournèrent aussi viste qu'elles estoient venues, et n'attendirent pas le remerciement. « Vivez heureuses, leur dit Psiche'; je vous souhaite des magazins qui ne desemplissent jamais. Si c'est un plaisir de se tourmenter pour les biens du monde, tourmentez-vous, et vivez heureuses. »
Quand Venus fut de retour et qu'elle apperceut les quatre monceaux, son étonnement ne fut pas petit ; son chagrin fut encor plus grand. On n'osoit approcher d'elle ny seulement la regarder. Il n'y eut ni Amours ny Grâces qui ne s'enfuissent « Quoy ! dit Cythere'e en elle-mesme, une esclave me résistera? je luy fourniray tous les jours une nouvelle matière de triompher? Et qui craindra désormais Venus?
qui adorera sa puissance? car, pour la beauté, je n'en parle plus: c'est Psiché qui
PSICHE
en est de'esse. O destins , que vous ay-jc fait ? Junon s'est vangée d'Io et de beaucoup d'autres; il n'est femme qui ne se vange ; Cytherée seule se void privée de ce doux plaisir. Si faut-il que j'en vienne à bout : vous n'estes pas encore à la fin, Psiché; mon fils vous fait tort : plus il s'opiniastre à vous protéger, plus je m'opiniastreray à vous perdre. »
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ette resolution n'eut pas tout l'effet que Venus s'estoit promis.
A deux jours de là, elle fit appeller Psiché, et, dissimulant son dépit : a Puisque rien ne vous est impossible, luy dit-elle, vous irez bien au royaume de Proserpine. Et n'espérez pas m'e'chaper quand vous serez hors d'icy ; en quelque lieu de la terre que vous soyez, je vous trouveray. Si vous voulez toutefois ne point revenir des enfers, j'en suis tres-contente. Vous ferez mes complimens à la reyne de ces lieux-là , et vous luy direz que je la prie de me donner une boè'tc de
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son fard ; j'en a y besoin, comme vous voyez : la maladie de mon fils m'a toute changée, kapportez-moy, sans tarder, ce que l'on vous aura donné , et n'y touchez point. »
Psiché partit tout à l'heure. On ne la laissa parler à qui que ce soit. Elle alla trouver la fée que son mary avoit fait venir. Cette fée estoit dans le voisinage, sans que personne en sceust rien. De peur de soupçon, elle ne tint pas long discours à nostre héroïne. Seulement elle luy dit : « Vous voyez d'icy une vieille tour : allez-y tout droit , et entrez dedans, vous y apprendrez ce qu'il vous faut faire. N'appréhendez point les ronces qui bouchent la porte : elles se détourneront d'elles-mesmes. »
Psiché remercie la fée, et s'en va au vieux bastiment. Entrée qu'elle fut, la tour luy parla . « Bonjour, Psiché, luy dit-elle; que vostre voyage vous soit heureux. Ce m'est un très-grand honneur de vous recevoir en mes murs; jamais rien de si charmant n'y estoit entré. Je sçais le sujet qui vous amené. Plusieurs chemins conduisent aux. enfers : n'en prenez aucun de ceux