‹ PsychéChapitre 112 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Et la boëie de fard à Pinsiant fut donnée.

L'esclave de Venus, sans guide et sans secours.

Arriva dans les lieux où le Styx fait son cour^.

Sa cruelle ennemie eut soin que le Cerbère

Luy lançast des regards enflammez de colère.

Par les monstres d'enfer rien ne fut épargné.

Elle vid ce qu'en ont tant d'auteurs enseigné.

Mille spectres hideux, les hydres, les harpies,

Les triples Gérions, les mânes des Tities,

Presentoient à ses yeux maint fantosme trompeur

Dont le corps retournoit aussi-tost en vapeur.

Les cantons destinez aux ombres criminelles,

Leurs ciis, leur desespoir, leurs douleurs éternelles,

Tout l'attirail qui suit tost ou tard les méchans,

La remplirent de crainte et d horreur pour ces champs.

Là, sur un pont d'airain, l'orgueilleux Salmonée,

Triste chef d'une troupe aux tourmens condamnée,

S'efforçoit de passer en des lieux moins cruels,

Et partout rencontrait des feux continuels.

Tantale aux eaux du Styxportoit en vain sa bouche.

Toujours proche d'un bien que jamais il ne touche,

Et Sisiphe en sueur essayoit vainement

D'arrester son rocher pour le moins un moment.

Là les sœurs de Psiché, dans l'importune glace

D'un miroir que sans cesse elles avoient en face,

Revoyoient leur cadete heureuse, et dans les bras

Non d'un monstreeffrayant, mais d'un dieu plein d'appas,

En quelque lieu qu'allast cette engeance maudite,

Le miroir se plaçoit toujours à l'opposite.

Pous les tirer d'erreur, leur cadete accourut;

Mais ce couple s'enfuit si-tost qu'elle parut.

Non loin d'elles Psiché vid l'immortelle tasche

Où les cinquante sœurs s'exercent sans relasche.

La belle les plaignit, et ne put sans frémir

Voir tant de malheureux occupez à gémir.

Chacun trouvoit sa peine au plus haut poinct montée.

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Enfin la belle fut amenée devant le tribunal de Pluton. Toute la cour de ce dieu demeura surprise. Depuis Proserpine, ils ne se souvenoient point d'avoir vu d'objet qui leur eust touché le cœur que celuylà seul. Proserpine mesme en eut de la jalousie : car son mary regardoit déjà la belle d'une autre sorte qu'il n'a coustume de faire ceux qui approchent de son tribunal, et il ne tenoit pas à luy qu'il ne se défist de cet air terrible quitfait partie de son apannage. Sur tout il y avoit du plaisir à voir Radamante se radoucir. Pluton fit cesser pour quelques momens les souffrances et les plaintes des malheureux , afin que Psiehé eust une audiance plus favorable.

Voicy à peu prés comme elle parla, adressant sa voix tantost h Pluton et à Proserpine conjointement, tantost à cette déesse seule :

Vous sous qui tout fléchit, deïtez dont les loix

Traitent également les bergers et les roys,

Ni le désir de voir ny celuy d'estre veuë

Ne me font visiter une cour inconnue :

J'ay trop appris, helas ! par mes propres malheurs.

Combien de tels plaisirs engendrent de douleurs.

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