‹ PsychéChapitre 116 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

qu'il en sortit une vapeur fuligineuse, une fumée noire et pénétrante qui se répandit en moins d'un moment par tout le visage de nostre héroïne et sur une partie de son sein. L'impression qu'elle y fit fut si violente que Psiché soupçonna d'ahord quelque sinistre accident, d'autant qu'il ne rcstoit dans la boéte qu'une noirceur qui la teignoit toute.

Psiché, alarmée et se doutant presque de ce qui luy estoit arrivé, se hasta de sortir de cette cave, impatiente de rencontrer quelque fontaine dans laquelle elle pûst apprendre Testât où cette vapeur l'avoit mise. Quand elle fut dans la tour et qu'elle se présenta à la porte, les épines qui la bouchoient, et qui s'estoient d'elles-mesmes détournées pour laisser passer Psiché la première fois, ne la reconnoissant plus, l'arresterent. La tour fut contrainte de luy demander son nom. Nostre infortunée le luy dit en soupirant. « Quoy ! c'est vous, Psiché ? Qui vous a teint le visage de cette sorte ? Allez viste vous laver, et gardez bien de vous présenter en cet estât à vostre mary. » Psiché court à un ruisseau qui n'estoit pas

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loin, lu cœur luy battant de telle manière que l'haleine luy manquoit a chaque pas. Enfin elle arriva sur le hord de ce ruisseau, et, s'estant panchée, elle y apperceut la plus belle More du monde. Elle n'avoit nv le nez ny la bouche comme l'ont celles que nous voyons, mais enfin c'estoit une More. Psiché, estonnée, tourna la teste pour voir si quelque Afriquaine ne se regardoit point derrière elle. N'ayant veu personne, et certaine de son mal-heur, les genoux commencèrent h luy faillir, les bras lui tombèrent; elle essaya toutesfois inutilement d'effacer cette noirceur avec l'onde. Apres s'estre lavée long temps sans rien avancer : « O destins ! s'c'cria-t-elle, me condamnez-vous à perdre aussi la beauté ? Cytheréc, Cytherée, quelle satisfaction vous attend ! Quand je me presenteray parmy vos esclaves, elles me rebuteront ; je seray le des-honneur de vostre cour. Qu'ay-je fait qui meritast une telle honte? Ne vous sutfisoit-il pas que j'eusse perdu mes parens, mon mary, les richesses, la liberté, sans perdre encore l'unique bien avec lequel les femmes se consolent de tous malheurs

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