‹ PsychéChapitre 117 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Quoy ! ne pouvicz-vous attendre que les années vous vengeassent ? C'est une chose si-tost passe'e que la beauté des mortelles ! La melancholie seroit venue au secours du temps. Mais j'ay tort de vous accuser : c'est moy seule qui suis la cause de mon infortune; c'est cette curiosité incorrigible qui, non contente de m'avoir osté les bonnes grâces de vostre fils, m'oste aussi le moyen de les regagner. Helas ! ce sera ce fils le premier qui me regardera avec horreur et qui me fuira. Je l'ay cherché partout l'univers, et j'appréhende de le trouver. Quov ! mon mary me fuira? mon marv, qui me trouvoit si charmante ? Non, non, Venus, vous n'aurez pas ce plaisir; et, puis qu'il m'est défendu d'avancer mes jours, je me retireray dans quelque désert où personne ne me verra; j'acheveray mes destins parmy lesserpens et parmy les loups : il s'en trouvera quelqu'un d'assez pitoyable pour me dévorer. »

Dans ce dessein, elle court à une forest voisine, s'enfonce dans le plus profond, choisit pour principale retraite un antre effroyable. Là son occupation est de sou-

pircr et de répandre des larmes : ses jolies s'applatissent, ses yeux se cavent ; ce n'estoit plus celle de qui Venus estoit devenue jalouse : il y avoit au monde telle mortelle qui l'auroit regardée sans envie.

L'Amour commençoit alors à sortir; et, comme il estoit guery de sa cholere aussi bien que de sa bruslure, il ne songeoit plus qu'à Psiché. Psiché devoit faire son unique joye; il devoit quitter ses temples pour servir Psiché : resolutions d'un nouvel amant. Les maris ont de ces retours, mais ils les font peu durer. Ce mary-cy ne se proposoit plus de fin dans sa passion nv dans le bon traitement qu'il avoit résolu de faire à sa femme. Son dessein estoit de se jetter à ses pieds, de luy demander pardon, de luy protester qu'il ne retomberoit jamais en de telles bizarreries. Tant que la journée duroit, il s'entretenoit de ces choses ; la nuit venue, il continuoit, et continuoit encore pendant son sommeil. Aussi-tost que l'Aurore commençoit à poindre, il la prioit de luy ramener Psiché : car la fée l'avoit asseuré qu'elle reviendrait des enfers. Dés que le soleil estoit levé, nostre

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