‹ PsychéChapitre 118 sur 128 · LIVRE S ECU M · texte numérisé non relu

LIVRE S ECU M

époux quittoit le lit, afin d'éviter les visites de sa mère, et s'alloit promener dans le bois où la belle Ethiopienne avoit choisi la retraite; il le trouvoit propre à entretenir les resveries d'un amant.

Un jour Psiché s'estoit endormie à l'entre'e de sa caverne. Elle estoit couchée sur le coste', le visage tourné vers la terre, son mouchoir dessus, et encore un bras sur le mouchoir, pour plus grande précaution, et pour s'empescher plus asseurément d'estre veue. Si elle eust pu s'envelopper de ténèbres, elle l'auroit fait. L'autre bras estoit couché le long de la cuisse. Il n' avoit pas la mesme rondeur qu'autrefois : le moyen qu'une personne qui ne vivoit que de fruits sauvages, et laquelle ne mangeoit rien qui ne fust mouillé de ses pleurs, eust de l'embonpoint! La délicatesse et la blancheur y estoient toujours.

L'Amour l'apperceut de loin. Il sentit un tressaillement qui luy dit que cette personne estoit Psiché. Plus il approchoit, et plus il se confirmoit dans ce sentiment : car quelle autre qu'elle auroit eu une taille si bien formée ? Quand il se trouva assez

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prés pour considérer le bras et la main, il n'en douta plus : non que la maigreur ne l'arrestast; mais il jugeoit bien qu'une personne allligée ne pouvoir estre en meilleur estât. La surprise de ce dieu ne fut pas petite; pour sa joye, je vous la laisse à imaginer. Un amant que nos romanciers auroient fait seroit demeuré deux heures à considérer l'objet de sa passion sans l'oser toucher, ny seulement interrompre son sommeil : l'Amour s'y prit d'une autre manière. Il s'agenouilla d'abord auprès de Psiche' et luy souleva une main, laquelle il étendit sur la sienne; puis, usant de l'autorité d'un dieu et de celle d'un mary, il y imprima deux baisers.

Psiché estoit si fort abattue qu'elle s'éveilla seulement au second baiser. Dés qu'elle apperceut l'Amour elle se leva, s'enfuit dans son antre, s'alla cacher à l'endroit le plus prDfond, tellement émeué" qu'elle ne sçavoit à quoy se résoudre. L'estat où elle avoit veu le dieu , cette posture de suppliant, ce baiser dont la chaleur luy faisoit connoistre que c'estoit un véritable baiser d'amour, et non un baiser de simple

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