‹ PsychéChapitre 125 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

nuation de son amitié. Elle m'a mis entre les mains une boéte que j'ay ouverte, bien que vous m'eussiez de'fendu de l'ouvrir. Je n'oserois vous prier de me pardonner, et me viens soumettre à la peine que ma curiosité a méritée. »

Venus, jettant les yeux sur Psiché , ne sentit pas tout le plaisir et la joye que sa jalousie luy avoit promise. Un mouvement de compassion l'empescha de jouir de sa vengeance et de la victoire qu'elle remportoit : si bien que , passant d'une extrémité en une autre, à la manière des femmes, elle se mit à pleurer, releva ellemesme nostre héroïne , puis l'embrassa : « Je me rends, dit-elle, Psiché; oubliez le mal que je vous ay fait. Si c'est effacer les sujets de haine que vous avez contre moy, et vous faire une satisfaction assez grande que de vous recevoir pour ma fille, je veux bien que vous la soyez. Monstrez-vous meilleure que Venus, aussi bien que vous estes déjà plus belle ; ne soyez pas si vindicative que je l'ay esté , et allez changer d'habit. Toutesfois, ajousta- t-elle, vous avez besoin de repos. ■> Puis, se tournant

vers les Grâces : « Mettez-la au bain qu'on a préparé pour moy, et faites-la reposer en suite; je l'iray voir en son lit. »

La déesse n'y manqua pas, et voulut que nostre héroïne couchast avec elle cette nuit-là : non pour l'oster à son fils ; mais on résolut de célébrer un nouvel hymen, et d'attendre que nostre belle eust repris son teint. Venus consentit qu'il luy fust rendu , mesme qu'un brevet de déesse luy fust donné, si tout cela se pouvoit obtenir de Jupiter.

L'Amour ne perd point de temps, et, pendant que sa mère estoit en belle humeur, il s'en va trouver le roy des dieux. Jupiter, qui avoit appris l'histoire de ses amours, luy en demanda des nouvelles ; comme il se portoit de sa bruslure; pour quoy il abandonnoit. les affaires de son Estât. L'Amour répondit succinctement à ces questions, et vint au sujet qui l'amenoit.

« Mon fils, luy dit Jupiter en l'embrassant, vous ne trouverez plus d'Ethiopienne chez vostre mère : le teint de Psiehé est aussi blanc que jamais il fut. J'ay fait

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