LIVRE PREMIER
Je s :avuir sur quelle montagne il faloit conduire Psiché.
L'infortune'e fille éclaircit encore ce doute : « Qu'on me mette, dit-elle, sur un chariot, sans cocher ny guide, et qu'on laisse aller les chevaux à leur fantaisie : le Sort les guidera infailliblement au lieu ordonné. »
Je ne veux pas dire que cette belle, trouvant à tout des expediens, fust de l'humeur de beaucoup de filles, qui ayment mieux avoir un méchant mary que de n'en avoir point du tout. Il y a de l'apparence que le desespoir, plûtost qu'autre chose, luy faisoit chercher ces facilitez.
Quoy que ce soit, on se résout à partir. On fait dresser un appareil de pompe funèbre, pour satisfaire à chaque point de l'oracle; on part enfin, et Psiché se met en chemin sous la conduite de ses parens. l.a voila sur un char d'ebene, une urne auprès d'elle, la teste panchée sur sa mère, son père marchant à costé du char et faisant autant de soupirs qu'il faisoit de pas; force gens à la suite, vestus de deuil; force ministres de funérailles, force sacrificateurs
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tagne, et où l'on jugea qu'il faloit laisser l'infortunée fille.
De représenter à quel point l'affliction se trouva monte'e, c'est ce qui surpasse mes forces :
L'Eloquence elle-mesme, impuissanle à le dire. Confesse que cecy n'est point de son empire ; C'est au Silence seul d'exprimer les adieux Des parens de la belle au partir de ces lieux. Je ne décriray point ny leur douleur amere. Ny les pleurs de Psiché, ny les cris de sa mère, Qui, du fond des rochers renvoyez dans les airs. Firent de bout en bout retentir ces déserts. Elle plaint de son sang la cruelle avanture. Implore le Soleil, les astres, la nature ; Croit fléchir par ses cris les auteurs du destin : Il luy faut arracher sa fille de son sein. Apres mille sanglots enfin l'on les sépare : Le Soleil, las de voir ce spectacle barbare. Précipite sa course, et, passant sous les eaux. Va porter la clarté chez des peuples nouveaux. L'horreur de ces déserts s'accroist par son absence ; La Nuit vient sur un char conduit par le Silence ; Il ameine avec luy la crainte en l'univers.
La part qu'en eut Psiché ne fut pas des moindres. Représentez-vous une fille qu'on a laissée seule en des déserts effroyables, et pendant la nuit. Il n'y a point de conte d'apparitions et d'esprits qui ne lui revienne dans la mémoire : à peine ose-t-elle ouvrir