‹ PsychéChapitre 19 sur 128 · LIVRE PREMIER 3y · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER 3y

la bouche afin de se plaindre. En cet estât, et mourant presque d'appréhension, elle se sentit enlever dans l'air. D'abord elle se tint pour perdue, et crut qu'un démon l'alloit emporter en des lieux d'où jamais on ne la verroit revenir. Cependant c'estoit le Zephire, qui incontinent la tira de peine, et luy dit l'ordre qu'il avoit de l'enlever de la sorte et de la mener à cet époux dont parloit l'oracle, et au service duquel il estoit. Psiché se laissa flater à ce que luy dit le Zephire, car c'est un dieu des plus agréables. Ce ministre aussi fidelle que diligent des volontez de son maistre la porta au haut du rocher. Après qu'il luy eut fait traverser les airs avec un plaisir qu'elle auroit mieux gousté dans un autre temps, elle se trouva dans la cour d'un palais superbe. Nostre héroïne, qui commençoit a s'accoustumer aux avantures extraordinaires, eut bien l'assurance de contempler ce palais à la clarté des flambeaux qui l'environnoient : toutes les fenestres en estoient bordées. Le firmament, qui est la demeure dus dieux, ne parut jamais si bien éclairé. Tandis que Psiché consideroit ces mer-

veilles, une troupe de nymphes la vint recevoir jusque par delà le perron; et, après une inclination tres-profonde, la plus apparente luy fit une espèce de compliment, à quoy la belle ne s'estoit nullement attendue. Elle s'en tira pourtant assez bien. La première chose fut de s'enquérir du nom de celuy à qui appartenoient des lieux si charmans, et il est à croire qu'elle demanda de le voir. On ne luy re'pondit làdessus que confuse'ment; puis ces nymphes la conduisirent en un vestibule d'où l'on pouvoit de'couvrir, d'un costé les cours, et de l'autre costé les jardins. Psiçhé le trouva proportionné à la richesse de l'édifice. De ce \estibule on la fit passer en des salles que la magnificence elle-mesme avoit pris la peine d'orner, et dont la dernière encherissoit toujours sur la précédente. Enfin cette belle entra dans un cabinet où on luy avoit prépare un bain. Aussi-tost ces nymphes se mirent en devoir de la déshabiller et de la servir. Elle lit d'abord quelque résistance, et puis leur abandonna toute sa personne. Au sortir du bain on la revestit d'habits nuptiaux : je laisse à penser quels

ils pouvoient estre , et si l'on y avoit épargné les diamans et les pierreries ! Il est vray que c'estoit ouvrage de fée, lequel d'ordinaire ne couste rien. Ce ne fut pas une petite joye pour Psiché de se voir si brave, et de se regarder dans les miroirs dont le cabinet estoit plein.

Cependant on avoit mis le couvert dans la salle la plus prochaine. Il y fut servy de l'ambrosie en toutes les sortes. Quant au nectar, les Amours en furent les échansons. Psiché mangea peu. Après le repas, une musique de luths et de voix se fit entendre à l'un des coins du platfonds, sans qu'on vist ny chantres ny instrumens ; musique aussi douce et aussi charmante que si Orphée et Amphion en eussent esté les conducteurs. Parmy les airs qui furent chantez, il y en eut un qui plût particulièrement à Psiché. Je vais vous en dire les paroles, que j'ay mises en nostre langue au mieux que j'ay pu :

Tout l'univers obéît à l'Amour ;

Belle Psiché, soûmettez-luy vostre ame.

Les autres dieux à ce dieu font la cour,

Et leur pouvoir est moins doux que sa flâme.

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Des jeunes cœurs c'est le suprême bien : Aymez, aymez, tout le reste n'est rien.

Sans cet amour, tant d'objets ravissans, Lambris dorez, bois, jardins et fontaines, N'ont point d'appas qui ne soient languissans, Et leurs plaisirs sont moins doux que ses peines. Des jeunes coeurs c'est le suprême bien : Aymez, aymez; tout le reste n'est rien.

Des que la musique eut cessé, on dit à Psiché qu'il estoit temps de se reposer. Il lu v prit alors une petite inquiétude, accompagnée de crainte, et telle que les filles l'ont d'ordinaire le jour de leurs nopees, sans sçavoir pourquoy. La belle fit toutesfoisce que l'on voulut. On la met au lit, et on se retire. Un moment apre's, celuy qui en devoit estre le possesseur arriva, et s'approcha d'elle. On n'a jamais sceu ce qu'ils se dirent, ny mesme d'autres circonstances bien plus importantes que celle-là; seulement a-t-on remarque' que le lendemain les nymphes rioient entre elles, et que Psiche' rougissoit en les voyant rire. La belle ne s'en mit pas fort en peine, et n'en parut pas plus triste qu'à l'ordinaire.

Pour revenir à la première nuit de ses

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