‹ PsychéChapitre 39 sur 128 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

estoit rangé dans des magazins dont à peine on voyoit le bout : vous sçavez que cet attirail est une chose infinie. Là se rencontrait

avec abondance ce qui contribue non seulement à la propreté, mais à la délicatesse : équipage de jour et de nuit, vases et baignoires d'or cizelé, instrumens du luxe, laboratoires, non pour les fards : dequoy eussent-ils servy à Psiché ? puis l'usage en estoit alors inconnu. L'artifice et le mensonge ne regnoient pas comme ils font en ce siecle-cy. On n'avoit point encore veu de ces femmes qui ont trouvé le secret de devenir vieilles à vingt ans et de paroistre jeunes à soixante, et qui, moyennant trois ou quatre boistes, l'une d'embonpoint, l'autre de fraischeur, et la troisième de vermillon, font subsister leurs charmes comme elles peuvent. Certainement l'Amour leur est obligé de la peine qu'elles se donnent. Les laboratoires dont il s'agit n'estoient donc que pour les parfums : il v en avoit en eaux, en essences, en poudres, en pastilles, et en mille espèces dont je ne sçais pas les noms, et qui n'en eurent possible jamais. Quand tout l'empire de Flore, avec

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les deux Arabies et les lieux où naist le baume, seroient distilez, on n'en feroit pas un assortiment de senteurs comme celuylk. Dans un autre endroit estoient des piles de joyaux, ornemens et chaisnes de pierreries, brasselets, colliers, et autres machines qui se fabriquent a Cythere. On étala les filets de perles; on déploya les ho bits chamarrez de diamans : il y avoit dequoy armer un million de belles de toutes pièces. Non que Psiché ne se pust passer de ces choses, comme je l'ay déjà dit: elle n'estoit pas de ces conquérantes a qui il faut un peu d'ayde ; mais , pour la grandeur et pour la forme, son mary le vouloit ainsi.

Ses sœurs soupiroient à la veuc de ces objets ; c'estoient autant de serpens qui leur rongeoient l'âme. Au sortir de cet arcenal, elles furent menées dans les chambres, puis dans les jardins, et partout elles avaloient un nouveau poison. Une des choses qui leur causa le plus de dépit fut qu'en leur présence nostre héroïne ordonna aux zephirs de redoubler la fraischeur ordinaire de ce séjour, de pénétrer jusqu'au

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