LIVRE PREMIER
uatre amis dont la connoissancc avoit commence par le Parnasse lièrent une espèce de société que
j 'appellerais Académie si leur nombre cust este plus grand, et qu'ils eussent autant regardé les Muses que le plaisir. La première chose qu'ils firent, ce fut de bannir d'entre eux les conversations réglées et tout ce qui sent sa conférence académique. Quand ils se trouvoient ensemble et qu'ils avoient bien parlé de leurs divertissemens, si le hazard les faisoit tom-
ber sur quelque point de sciencs ou de belles lettres, ils profitoient de l'occasion : c'estoit toutefois sans s'arrester trop longtemps à une mesme matière, voltigeant de propos en autre, comme des abeilles qui rencontreroient en leur chemin diverses sortes de fleurs. L'envie, la malignité ny la cabale n'avoient de voix, parmy eux. Ils adoroient les ouvrages des anciens, ne refusoient point à ceux des modernes les louanges qui leur sont deuës, parloient des leurs avec modestie, et se donnolent des avis sincères lorsque quelqu'un d'eux tomboit dans la maladie du siècle et faisoit un livre, ce qui arrivoit rarement.
Poliphilc y estoit le plus sujet (c'est le nom que je donneray à l'un de ces quatre amis). Les avantures de Psiché lui avoient semblé fort propres pour estre contées agréablement. Il y travailla long-temps sans en parler à personne; enfin il communiqua son dessein à ses trois amis, non pas pour leur demander s'il continûroit, mais comment ils trouvoient à propos qu'il continuas!. L'un luy donna un avis, l'autre un autre : de tout cela il ne prit que ce qu'il