LIVRE SECOND i
se pût tenir de les admirer. Elles avoient assez de beauté' pour ne se pas voir méprisées par la concurrente de Venus. La plusjeune approchoit de quatorze ans, l'autre en avoit seize. Elles saluèrent nostre héroïne d'un air naïf, et pourtant fort spirituel, quoy qu'un peu de honte l'accompagnast.
Mais ce qui fit principalement que Psiché crut trouver de l'esprit en elles, ce fut l'admiration qu'elles témoignèrent en la regardant. Psiché les baisa, et leur fit un petit compliment champestre, dans lequel elle les lolioit de beauté et de gentillesse; à quov elles répondirent par l'incarnat qui leur monta aussi-tost aux joués.
« Vous voyez mes petites-filles , dit le vieillard à Psiché; leur mère est morte depuis six mois. Je les élevé avec un aussi grand soin que si ce n'estoient pas des bergères. Le regret que j'ay, c'est que, n'ayant jamais bougé de cette montagne, elles sont incapables de vous servir. Souffrez toutesfois qu'elles vous conduisent dans leur demeure : vous devez avoir besoin de repos. »
Psiché ne se fit pas presser davantage :
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elle s'alla mettre au lit. Les deux pucelles la déshabillèrent, avec cent signes d'admiration à leur mode quand elleavoitla teste tournée, se faisant l'une à l'autre remarquer de l'œil fort innocemment les beautez qu'elles découvraient, beautez capables de leur donner de l'amour, et d'en donner, s'il faut ainsi dire, à toutes les choses du monde. Psiché avoit pris leur lit : couchée proprement sous du linge jonche de r l'odeur de ces rieurs, ou la lassitude, ou d'autres secrets dont Morphée se sert, l'assoupirent incontinent. J'ay toujours crû, et le crois encore, que le sommeil est une chose invincible. Il n'y a procès, ny affliction, ny amour, qui tienne.
Pendant que Psiché dormoit, les bergères coururent aux fruits. On luy en fit prendre à son réveil, et un peu de lait; il n'entroit guère d'autre nourriture en ce lieu. On y vivoit à peu prés comme chez les premiers humains ; plus proprement, à la vérité, mais de viandes que la seule nature assaisonnoit. Le vieillard couchoit en une enfonçure du rocher, sans autre tapis de pied qu'un peu de mousse étendue, et sur cette