‹ PsychéChapitre 69 sur 128 · I.I VRE SECOND i · texte numérisé non relu

I.I VRE SECOND i

mousse l'équipage du dieu Morphée. Un autre rocher plus spacieux et plus richement meuble' estoit l'appartement des deux jeunes filles. Mille petits ouvrages de jonc et d'e'corce tendre y tenoient lieu de tapisserie, des plumes d'oiseaux, des festons, des corbeilles remplies de fleurs. La porte du roc servoit aussi de fenestre, comme celles de nos balcons, et, par le moyen de l'esplanade, elle découvroit un pays fort grand, diversifie', agréable : le vieillard avoit abatu les arbres qui pouvoient nuire à la veuë.

Une chose m'embarasse , c'est de vous dépeindre cette .porte, servant aussi de fenestre et semblable à celles de nos balcons, en sorte que le champestre soit conservé. Je n'ay jamais pu sçavoir comment cela s'estoit fait. Il suffit de dire qu'il n'y avoit rien de sauvage en cette habitation, et que tout l'estoit à l'entour.

Psiché, avant regardé ces choses, témoigna à nostre vieillard qu'elle souhaitoit de l'entretenir, et le pria de s'asseoir prés d'elle. Il s'en excusa sur sa qualité de simple mortel, puis il obéît. Les deux filles se retirèrent.

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« C'est en vain, dit nostre héroïne, que vous me cachez vostre véritable condition. Vous n'avez pas employé toute vostre vie à pescher, et parlez trop bien pour n'avoir jamais conversé qu'avec des poissons. Il est impossible que vous n'ayez veu le beau monde et hanté les grands, si vous n'estes vous-mesme d'une naissance au-dessus de ce qui paroist à mes yeux. Vostre procédé, vos discours, l'éducation de vos filles, mesme la propreté de cette demeure, me le font juger. Je vous prie, donnez-moi conseil. Il n'y a qu'un jour que j'estois la plus heureuse femme du monde. Mon marv estoit amoureux de moy, il me trouvoit belle; et ce mary, c'est l'Amour. Il ne veut plus que je sois sa femme; je n'ay pu seulement obtenir de luy d'estre son esclave. Vous me voyez vagabonde; tout me fait peur; je tremble à la moindre haleine du vent : hier je commandois au Zephire. J'eus à mon coucher une centaine de nymphes des plus jolies et des plus qualifiées, qui se tinrent heureuses d'une parole que je leur dis, et qui baisèrent en me quittant le bas de ma robe. Les adorations, les délices, la

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