‹ PsychéChapitre 75 sur 128 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Que ne punissois-tu mon crime par avance? Il est bien temps d'oster à mes yeux ta présence

Quand tu luis dans mon cœur !

Encor si j'ignorois la moitié de tes charmes ! Mais je les ay tous veus : j'ay veu toutes les armes

Qui te rendent vainqueur.

J'ay veu la beauté mesme et les grâces dormantes. Un doux ressouvenir de cent choses charmantes

Me suit dans les déserts.

L'image de ces biens rend mes maux cent fois pires. Ma mémoire me dit : « Qiioy ! Psiché, tu respires,

Après ce que tu perds? »

Cependant il faut vivre ; Amour m'a fait défense D'attenter sur des jours qu'il tient en sa puissance,

Tout malheureux qu'ils sont Le cruel veut, helas ! que mes mains soient captives Je n'ose me soustraire aux peines excessives

Que mes remords me font.

C'est ainsi qu'en un bois Psiché contoit aux arbres Sa douleur, dont l'excès faisoit fendre les marbres,

Habitans de ces lieux.

Rochers, qui l'écoutiez avec quelque tendresse, Souvenez-vous des pleurs qu'au fort de sa tristesse

Ont versez ses beaux yeux.

Elle n'avoit guère d'autre plaisir. Une fois pourtant la curiosité de son sexe, et la sienne propre, luy fit écouter une conversation secrète des deux bergères. Le vieillard avoit permis a l'aisne'e de lire cer-

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taincs fables amoureuses que l'on composoit alors, à peu prés comme nos romans, et l'avoit défendu à la cadete, luy trouvant l'esprit trop ouvert et trop éveillé. C'est une conduite que nos mères de maintenant suivent aussi ; elles défendent à leurs filles cette lecture pour les empescher de sçavoir ce que c'est qu'amour : en quoy je tiens qu'elles ont tort ; et cela est mesme inutile, la nature servant d'Astrée. Ce qu'elles gagnent par là n'est qu'un peu de temps; encore n'en gagnent-elles point : une fille qui n'a rien leu croit qu'on n'a garde de la tromper, et est plûtost prise. Il est de l'amour comme du jeu : c'est prudemment fait que d'en apprendre toutes les ruses, non pas pour les pratiquer, mais afin de s'en guarentir. Si jamais vous avez des filles, laissez-les lire

Celles-cy s'entretenoient à l'écart. Psiché estoit assise à quatre pas d'elles sans qu'on la vist. La cadete dit à Paisnée : « Je vous prie, ma sœur, consolez-moy : je ne me trouve plus belle comme je faisois. Vous semble-t-il pas que la présence de Psiché nous ait changées l'une et l'autre? J'avois

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