‹ PsychéChapitre 81 sur 128 · LIVRE SECOXD · texte numérisé non relu

LIVRE SECOXD

désert, contrainte de s'appuyer contre la première pierre qu'elle rencontroit, et n'en pouvant plus de chaleur, de faim et de lassitude, priant le soleil de modérer quelque peu l'excessive ardeur de ses rayons, puis considérant la terre et ressuscitant avec ses larmes les herbes que la canicule avoit fait mourir; qui l'auroit veuë, dis-je, en cet estât et ne se seroit pas fondu en pleurs aussi bien qu'elle auroit este un véritable rocher.

Deux jours se passèrent à aller de costé et d'autre, puis* revenir sur ses pas, aussi peu certaine du lieu par où elle vouloit commencer sa queste que de la route qu'il faloit prendre. Le troisième, elle se souvint que l'Amour luy avoit recommandé sur toutes choses de le venger. Psiché estoit bonne : jamais elle n'auroit pu se résoudre de faire du mal à ses sœurs autrement que par un motif d'obéissance, quelque meschantes et quelque dignes de punition qu'elles fussent. Que si elle avoit voulu tuer son mary, ce n'estoit pas comme son mary, mais comme dragon.

Aussi ne se proposa-t-ellc point d'autre

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vengeance que de f.iire a;croire à chacune de ses sœurs séparément que l'Amour vouloit l'épouser, ayant répudié leur cadete comme indigne de l'honneur qu'il luy avoit fait: tromperie qui, dans l'apparence, n'aboutissoit qu'à les faire courir l'une et l'autre et leur faire consumer un peu plus de temps autour d'un miroir.

Dans cette resolution, elle se remet en chemin ; et, comme une personne de son sexe vint à passer (elle avoit soin de se détourner des hommes), elle la pria de luy dire par où on alloit h certains royaumes, situez en un canton qui estoit entre telle et telle contrée, enfin où regnoient les sœurs de Psiché. Le nom de Psiche' estoit plus connu que celui de ces royaumes ; ainsi cette femme comprit par là ce qu'on luy demandoit, et enseigna à nostre bergère une partie de la route qu'il faloit suivre.

A la première croise'e de chemins qu'elle rencontra, ses frayeurs se renouvellerent. Les gens qu'avoit envoyez Venus pour se saisir d'elle ayant rendu à leur revue un tort mauvais compte de leur recherche.

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