ÉPILOGUE
Nuit féconde^ où Tesprit grandit pour la lumière^
Et qu'embaume en sa fleur l'innocence première;
Mystère! ô gardien qui veille également
Sur Fâme du fidèle et celle de l'amant;
De leurs saintes ardeurs éternisant le zèle,
Tu caches la pudeur et la foi sous ton aile;
Tout bonheur ici-bas revêt ton voile obscur^
Et toi seul maintiens pur ce que Dieu créa pur. *
Tu donnes à l'autel ses majestés sans nombre.
Et le lit nuptial s'embellit de ton ombre.
Ah! malheur au mortel contre toi révolté.
Qui possédant le calme, aspire à la clarté!
Maudit soit ce flambeau qui met l'amour en fuite! Pâle orgueil du savoir! le mal vient à ta suite. Dans un cœur innocent, comme en un vallon frais. Sitôt qu'ont pénétré tes rayons indiscret^,
Adieu sur le beau lis les perles matinales. Et Ja sérénité des pudeurs vijginales !
'tjuel songe n^a pas fait, et que n'a pas tenté
L'âme que tu séduis, ô Curiosité !
Pour tendre à l'impossible, à l'inconnu qu'elle aime ;
Lasse des biens réels, elle a fui son Dieu même.
A l'arbre offert par toi cueillant le fruit fatal.
Du souffle de ta boucbe Eve enfanta le mal.
Par toi, des noirs fléaux l'urne, captive encore.
Épancha ses torrents sous la main de Pandore.
Tu prêtas à Psyché sa lampe et son poignard.
Comme pour forcer Dieu de subir ton regard :
Oubliant que l'amour est la seule puissance
Qui force l'idéal à souffrir violence !
Vois ton œuvre aujourd'hui, vois ces jardins déserts;
Vois la veuve immortelle, errant par l'univere.
Sur les pas de Psyché tu vas régner en maître, toi qui perdis l'àme! ô désir de connaître!
Par les fureurs du corps et celle de l'orgueil Tu conduis le troupeau des humains au cercueil : Les uns, pâles, penchés vers toute chose obscure. Sourds aux voix de Tespi it, dissèquent la nature; D'autres plongent, sans frein, au fond des voluptés. Cherchant leur infini dans les sens exaltés; Tous blasphémant l'amour et la beauté féconde. Ces hôtes merveiUeux qu'ils ont chassés du monde; Prolongeant jusqu'au bout votre étemel péché, É?e, ô sein trop fécond! Pandore! et toi. Psyché!