‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 18 sur 68 · LES LIONS · texte numérisé non relu

LES LIONS

Il est des jours, la proie étant grasse et nombreuse, La lionne à nos pieds rugissant amoureuse.

Et nous devant un antre assis, l'œil grand ouvert. Un vertige nous vient sur le vent du désert; Et comme pour y suivre une chasse inconnue, Sur la montagne ombreuse ou sur la plaine nue, Nous courons, inquiets, hérissés et tremblants ; Un aiguillon secret s'enfonce dans nos flancs ; Comme si l'horizon qui brille et qui flamboie De son immensité nous destinait la proie.

l'océan.

Le chœur universel, de Tastre à la fourmi, reine ! à tes regards parait doue endormi ; Nul espoir ne l'émeut, et la torpeur enchaîne Cet aveugle troupeau sans désir et sans haine!...

Ah ! tu ne vols donc pas vers un but ignoré.

Mais qu'il aime pourtant, chaque flot attiré?

La flamme du désir dans les flots même habite.

Tu n'as donc pas compris mon grand sein qui palpite.

Et tordus de douleur, mes bras ambitieux

Conune ceux des Titans se dressant vers les cieux?

Le désir, le désir est au fond de chaque être, De la création l'amour est le seul maître.

L'amour qui no«9 défend de rimitiobilitë!

Le plus voisin du but est le plus agité. « Après sa chute^ ainsi^ plus la terre est prochaine^ Plus rapide y descend le gland tombé du chêne.

L'époux vient^ il est proche^ ô reine! et c'est pourquoi Le désir qu'il allume est si brûlant chez toi. D'un dieu^ d'un dieu puissant, ô Tamaute! ô l'éhie ! Pour ton bonheur certain, reine, je te salue!

LES ÉTOILESt

Il a posé sur nous ses pieds ambrosiens,

Et souvent nos rayons s'allument dans les siens;

Sur réther lumineux, il nage d'île en île.

Et, sur nos flancs assis, voit flotter ton asile.

Tu vantes de nos fronts la tranquille clarté.

C'est un pâle reflet de sa sérénité;

Car ton époux sacré nous cultive et nous aime.

Mais son plus doux attrait, mais son amour suprêiae.

C'est toi, jeune Psyché, toi qu'à travers les pleurs

11 attire vers lui Jusqu'aux mondes meilleurs;

A toi son être entier, toi l'amante et l'épouse;

Chaque étoile de vous, belle reme, est jalouse!

Mais dans l'heureux hymen qui doit flem'ir toujours.

Ah! nous serons au moins le lit de vos amours.

CHOEUR

Sur le seuil nuptial la nature est assise ; Elle attend comme toi l^eure encore indécise; Franchissant sur tes pas le suprême degré, Elle possédera... car elle a désiré!

La vie aux premiers jours coulait heureuse et lente; L'air ne dévorait pas la sève dans la plante ; L'Océan reposait paisible comme toi.

Sans poursuivre l'amour chacun l'avait en soi;

PSYCHÉ 4t7

Et tout êti*e^ eod<urmi dans sa firaûdie innooence^ De Taspiration ignorait k souffrance.

Les fontaines de mid et les ruisseaux de lait Suffisaient à ce m^nde où le cœur seul parlait. La terre encore enfant^ de sa sève enirrée^ Des flots de l'inconnu n'était pas altérée^ Nul n'y rêvait encore excepté toi. Psyché, Par delà le bonheur un plus grand bien caché. Le désir dans le inonde est entré par ton âme; La douleur a germé dans les flancs de la femme; Tes mains ont dérobé pour nous le feu fatal, Et depuis ce moment nous soudons de ton mal.

Tu crois que ce beau front qu'au ciel aini4 tu lèves A seul l'ambition et le tourment des rêves; * Que tes yeux, ô Psyché I connaissent seuls les pleurs. Que toi seule as le don des sublimes douleurs!... Tes lacmes en tombant se mêlent à bien d'autres. Tes soupirs n'ont-ils pas leur écho dans les nôtres, Et n'échanges-tu pas, en mille accords divers, La tristesse et la joie avec tout l'univers?

D'où viennent l'ennui vague et les plaintes sans causes Qui naissent dans ton sein du seul aspect des choses. Reine? En tes plus beaux jours la brise a bien des fois Séché des pleurs amers qui coulaient à sa voix; Et nos vieilles forêts ont répété sans nombre Tes longs gémissements éclos sous leur grande ombre. Si ce monde est lui-même insensible, oh! comment A-t-fl pu de ton cœur hâter le battement?

Mais l'univers visible est un frère qui faime; Il gravite oii tu vas, votre source est la même ; Ta voix l'a réveillé de son sommefl ancien.

Par ton pr(^re désir il a connu le sien ;

De toi lui vient le mal, mais aussi la lumière. Toi par qui nous souffrons^ c'est par toi qu'il espère; Ce qu'a fait ton orgueil^ ton amour le guérit^ Et c'est pour ta beauté que Tépoux nous sourit.

Les grands lions^ ainsi, la forêt solenneUe, Et ]e sage Océan rêvant d'un dieu, comme elle^ Et les astres disaient : L'être n'est que désir !

Mais la reine à leur chant répond par un soupir; En elle avec l'espoir impatience augmente; Elle accuse l'époux^ et prie^ et se lamente.

Viens, c'est le jour; plus tard, tu m'auras vu mourir. Verse en mfbi ton haleine, ou mon sang va tarir ; Viens arracher mon âme à sa prison bi*ûlante. Oh! pour un fiancé que ta venue est lente!

Ce trône, ce pouvoir, ces trésors tant prisés. Toute la teiTC, enfin, pour im de tes baisers i Qu'y ferais-je sans loi d'une vie inféconde?

C'était pour le chercher que j*ai conquis ce monde. J'y manque d'air, ô dieu! viens et délivre-moi; Viens, amour, il me faut ou le néant ou toi!

Elle dit, et son front vaincu pai* la pensée

S'incline, et se revêt d'une pâleur glacée.

Son corps, de ses désirs trop fragile instrument, , ^ •

S'aflaisse sous son poids, privé de sentiment; ^

Et telle on voit d'albâtre une frêle statue

Dans les épais gazons par l'orage abattue.

Ou tel un cygne atteint d'une flèchB en son vol.

Telle, à travers les fieurs^ elle git sur le sol.

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