‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 46 sur 68 · HERMIA · texte numérisé non relu

HERMIA

Un jour, obéis Qu'exercent le Il Youlut respi D'une chaste 1:

Sur ces trépie( Où les forêts.

Exhalent leurs 11 s'enivra Ion

Enfin, désaltëi Un plus tiède Car, poëte, il Au pays du s€

Après les rëg

Des rocs tumi

La mousse et

Puis les rhodc

Puis, toujours s'abaissant, les cimes étagé^s

De diverses forêts par zones sont chargées.

Les mélèzes d'abord, les sapins, et des prés

L'émail couvrant déjà des flancs plus tempérés,

Et les hêtres touffus^ les bouleaux, et les chênes Annonçant la douceur des collines prochaines. Sous leur ombre il marcha jusqu'au premier gradin D'où l'œil saisit la plaine et son riant jardin^ Et l'extrême horizon du lac aux bords fertiles. Dont le myrte et Torange ont embaumé les îles.

Offrant à la fatigue un asile attiédi.

Là s'ouvrait une grotte au soleil de midi.

D'un bois entremêlé de taillis, de clairière,

re.

)ns,

dansons.

Des soupirs presque humains, une plainte si douce, Que sur le seuil de l'antre, et couché sur la mousse. Souvent, de ces beaux lieux le nouvel habitant Oubliait tout un jour de vivre en l'écoutant.

Ainsi ^ sans les compter^ il laissait fuir les heures^ Dans ce désert, où Dieu lui donna ses meilleures. Des sommets aux vallons, quand, las d'avoir erré. Chaque soir, dans la grotte il s'était retiré. Un fertile sommeil, inconnu dans les villes.

Sans les appesantir fermait ses yeux tranquilles; Par la porte d'ivoire un songe, hôte charmant Près de lui descendu, l'enivrait mollement.

Et dans toutes ses nuits, d'une image pareille, A ga vue, à son cœur, répétait la merveille.

11 voyait dans la grotte, au coin le plus obscur.

Une lueur mêlée et d'argent et d'azur.

Gomme un reflet du lac lorsque la luney brille,

Jaillir des blancs contours d'un corps de jeune fille;

Puis à la voûte, aux murs, sur les cristaux sculptés.

L'auréole agrandie allumait des clartés.

Un arbuste semblable à la plante inconnue ,

Et d'où sort comme un fruit la vierge demi-nue,

A sa chaste ceinture attache un vêtement

De rameaux et de fleurs noués confusément;

De ses seins non voilés la neige ardente et pure

S'élève et resplendit dans la sombre verdure ;

Sur |a hanche onduleuse un de ses bras descend;

Une urne d'où les eaux coulent en gémissant

A l'autre sert d'appui; tout est repos en elle;

Un immobile éclair enflamme sa prunelle;

Le silence divin sur ses lèvres sourit;

A peine si la vie autrement s'y trahit.

Tant son souffle est subtil, et dans son cœur paisible

Glisse sans soulever un mouvement visible.

Son âme cependant déborde, et par ses yeux

Sa parole jaiUit en ruisseaux radieux,

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Et sur l'heureux songeur s'épanchant tout entière, D'un rayon prokmgéTa toucher sa paupière.

Lui^ sent par tout son être^ ébloui, palpitant^ Ce regard de déesse et d'amante pourtant^ Qui^ dans sa ûiit^ lumineuse et limpide^ D'un baiser continu lui verse le fluide.

Ainsi; jusqu'au matin^ dans l'extase bercéj

Sous un astre amoureux il dormait caressé.

Illuminant son cœur d'une clarté suprême^

La vierge aux yeux perçants le contemplait de même ;

L'urne et les rameaux verts chantaient divinement ;

Et c'était chaque nuit égal enivrement!

Or^ dans lagrotfe^ après quelques jours^ son vieux maître^ Un homme au large front^ des bois auguste prêtre^ DesceifdaBt des hauts lieux^ rentra : car^ tous les ans> Sa main savante et douce aux mortels Icuiguissants^ Dans le désert^ aux pieds des neiges virginales, GueiUaity sous l'œil de Dieu^ les fleurs médicinales.

Gonflant pour cet hôte^ et pieux comme un fils. Le jeune homme eut bientôt dit son nom, son pays^ Son invincible amour des monts^ des forêts sombres^ Les désirs infinis qui pleuvent de leurs ombi-es^ ^ Ses courses^ son sommeil dans la grotte abrité^ Et le rêve charmant qui l'avait visité.

Et le sage Taima; dans les âmes brûlantes

11 savait lire^ ainsi que dans le sein des plantes;

Il comprit cet enfant au désert envoyé

Pour y lire de Dieu le livre déployé.

Un soir, assis tous deux, sous les roches voûtées,

Ayant pour frais tapis les mousses veloutées.

ET POEMES fSI

Tandis que sur le lac la brume s'épaissit^ 11 prépara son cosur et lui fit ce récit :

C'est du soleil de mai qu'Hem^a nous est née ;

Sa mère^ au bout des prés par les fleurs entraînée^

Sous les rameaux en sève et les nids palpitants^

ÂTait tout le matin respiré le printemps.

Au bord du lac s^isise, appuyée au yieux saule

Dont les feuilles d'argent pleurent sur son épaule^

 ses pieds les iris^ les joncs peuplés d'oiseaux^

Les cognes amoureux jouant dans les roseaux;

Ses yeux plongent au loin sur Feau bleue et vermeille

Gomme une large fleur où va boire une abeUle^

Et sa bouche entr^ouverte aspire le baiser

D'un rayon de soleil q\\i vient de s'y poser.

Là, seule et devant Dieu^ sans assistance humaine^

Ainsi que l'épi mûr laisse tomber sa graine^

Gomme Téeorce ouvrant un passage au bourgeon^

Le calice à la fleur^ le nuage au rayon^

Gomme si dans les airs dont Tesprit la pénètre

Son sein eût recu^U le germe de v^tre être,

Sans craindre de mourir^ sans plainte et sans douleurs^

Elle vous mit au monde^ Hermia^ sur les fleurs!

On se^ rappelle encor ce jour dans nos contrées^ Tant te solefl fut beau» tant les forêts sacrées^ Et l'onde éttHcelantc^ et les plaines en feu^ Semblèrent s^éveiUer ]^i|| près é* Fœil de Dieu !

ïout le ciel était pur des vapeurs de la terre^

Gomme un front virginaJ que nul souci n'altère ;

Les rêves inûnis pouvaient prendre l'essor

Sans qu'un nuage heurtât^ là-haut^ leurs ailes d^or.

De cette matinée^n cite des prodiges :

Mille boutons éclos tout à coup sur leurs tiges^

Les serpents disparus dans leurs antres obscurs^

Et Dieu paralysant tous les êtres impurs^

Et d'invisibles voix sous l'ombrage entendues^

Et des gouttes de miel aux feuilles suspendues;

Dans la vigne et les prés^ sur les bruns travaiUeuss

Il tomba de chaque arbre une neige de fleurs ;

te gais oiseaux volant au bord des toits champêtres

Posèrent des rameaux sur toutes les guêtres.

L'air entrait comme un baume au cœm* des afQigés>

Le» outils du labeur paraissaient plus légers;

Chacun se sentait pur de ses haines passées,

Une heure enfin coula sans mauvaises pensées.

Sur le sein maternel, enfant joyeux et fort,

A la vie Hermia souriait dès l'abord ;

Les oiseaux lui parlaient, les plantes inclinées

La touchaient doucement comme des sœurs aînées.

Et, prompt comme ses yeux à s'ouvrir au soleil.

Son cœur semblait comprendre et bénir ce réveil. .

Or. les jours de présents sont prodigues pour elle ; cAcun vient apporter une grâce nouvelle.

Et tourne avec amour autour de son berceau, Oifrant pour la paier ce qu'il a de plus beau : L'un verse à SQ» cheveux tout l'or des moissons blondes Et donne à son regard l'azur profond des ondes ; L'autre pour la pensée et les rêves naissants Dessine de son front les contours grandissants^

Des vertus en son cœur sème avec soin les germes ^ . L'autre sur le gazon soutient ses pieds plus fermes ; Elle courut bientôt comme un jeune chevreuil. La nature, inquiète et la suivant de Xœi], Lui cachant les douleurs d'où plus tard naît le doute. Rien qu'en leçons d'amour abondait sur sa route; Et l'enfant, par chaque être au bonheur invité. Respirait de partout la vie et la beauté.

Mais, comme les sapins qui vivent sur les cimes Nourris de la rosée et des neiges sublimes. Et ces herbes sans nom, et ces fleurs du haut lieu. Et ces jardins jamais arrosés que par Dieu, Son cœur, ayant racine au sein de la nature.

Refusait des mortels la savante culture, Et le langage humain à sa bouche inconnu Jusqu'à son âme encor n'était pas parvenu.

Elle comprenait bien tout ce que peuvent dire L'accent qui vient du cœur, les soupirs, le sourire ; Ses lèvres des oiseaux recevant les leçons.

Répétaient des accords appris de leurs chansons; Sa voix se répandait en des murmures vagues Comme les bruits touffus des feuilles et des vagues ; Il semblait que ces sons, de nous tous incompris. Autour d'elle évoquaient d'invisibles esprits. Leflbommes exceptés, sans avoir eu de maître, Elle savait parler dans sa langue à chaque être. Et sa mère pleurait de n'avoir pas encor D'un seul mot prononcé recueilU le trésor :

Car des lèvres d'un fils la syllabe première Coule comme le miel dans le cœur d'une mère.

Or, celle d'Hermia bien des jours attendit La douceur de son nom par son enfant redit.

Déjà grande et pensive, aux bavaux de famille

Les parents avaient su plier la jeune fiUe^ Avant qu'à son murmure un mot se fût mêlé; Elle chanta longtemps avant d'avoir parlé.

Trompant de tous les siens la tendre vigilance, Gomme un jeune chevreau loin du troupeau s'élance^ Vers les taiÛis lointains^ dès qu'elle put courir, Du chaume paternel elle cherchait à fuir.

Nul n'aurait deviné sur ce tendre visage L'amitié du désert si fière et si sauvage ; En vain d'autres amours dans son âme ont lutté. Le charme des forêts Ta toujours emporté.

Lorsqu'après tout un jour passé dans les bois, seule.

Le retour lui montrait et la mère et l'aïeule

Encor pâles d'eflroi pour l'enfant hasardeux.

Au lieu de la gi'onder pleurant toutes les deux.

Elle pleurait aussi, puis toute la soirée

Rendait de !ses baisers la famille enivrée.

Mais, comme une eau mobile échappe de la main.

Au bois dès son lever fuyait le lendemain.

Là, sans s'inquiéter des soins qui nous poursuivent,

Robuste, elle vivait comme les oiseaux vivent;

Ainsi qu'eux vagabonde, et trouvant sous ses pas

Mille fruits abondants tout prêts pour ses repas, «

La fraise, et la framboise, et la faîne, et l'airelle,

La mûre, et l'aveline, encor plus doux pour elle

Que les fruits les plus beaux mûris dans nos vergers ;

Et parfois la noix fraîche et le pain des bergers;

Et le miel s'écoulant des chênes par les fentes.

Et des troupeaux hardis qui broutent sur les pentes

Le lait tiède et chargé de ce parfum vital

Que donne la montagne à chaque végétal.

La chèvre aux bonds joyeui et les lentes génisses.

Et les blanches brebis s'offraient pour ses nourrices;

Les chiens fauves léchaient ses mains, et les taureaux

Flairaient ses cheveux blonds de leurs sombres naècaux.

Les libres habitants des nids et des tanières

Autour d'elle marchaient en troupes familières;

Son seul regard calmait les faibles effrayés.

Et les instincts cruels s'endormaient à ses pieds.

Elle semblait ainsi, mêlée à la nature.

Commander par l'amour à toute créature.

Tels, unis à Dieu même et du mal ignorants,

La terre aux anciens jours vit nos premiers parents.

Caché dans le feuillage et muet de surprise.

Plus d'un pâtre aperçut la jeune fille, assise Au milieu de sa cour étrange et du concert Que forme à ses genoux le peuple du désert.

Sur la pente où des bois un pré suit les Usières Les arbres sont épars dans les grandes fougères; Un chêne aux pieds noueux de mousse tapissés Offre à l'enfant son dais et son trône dressés Sur les rebords touffus d'une nappe d'eau sombre Que la foré [)mbre.

Là, dans k irmillants,

Se croisent [liants.

PrèsNieslit i;

Le large m taie.

Pendus en frêne clair.

Des essaim t dans l'air;

Sur chaque it linottes.

Bouvreuils à plein gosier font gazouiller leurs notes. Les chanlQis défiants, hôtes des grands rochers, Pour Hermia venus à ses pieds sont couchés; L'aigle, planant là-haut, a jeté sur sa rob^ Une fleur des sommets que lui seul y dérobe;

Sur l'herbe, à ses côtés, le daim et le chevreuil Dorment las de bondir: le joyeux écureuil Autour de son cou glisse, et court sur ses épaules; Les oiseaux envolés des buissons et des saules Vont jusque dans sa main becqueter par instants De sorbe et d'alizier quelques grains éclatants. La vie ainsi près d'elle abonde, et la nature Lui sourit par les yeux de chaque créature :

Car l'invisible mère, en sou sein triomphant, Bei*çait avec orgueil son plus divin enfant.

Cet exil dans les bois, ces ébats sur les cimes.

Dans les prés suspendus au bord des verts abîmes.

Avec les jeunes faons les luttes et les jeux^

Des mutuels instincts cet accord merveilleux.

Le babil des oiseaux et ses propres répon^.

Les nids faits, sous ses yeux, dans les blés ou les ronces.

Les sources et les fleurs devinant ses désirs.

C'étaient là d'Hermia l'enfance et ses plaisirs.

Pour les bois, de ses sœurs elle fuyait les rondes. Et ces groupes joyeux de jeunes têtês blondes Qui se roulent dans l'herbe, ^u pied des grands noyers. Et de leurs cris, le soir, égayenttes foyers; Préférant pour amis, dans son humeur sauvage, Les hôtes du désert aux enfants du village.

De l'arracher une heure à s» chère forêt Les baisers de sa mère eurent seuls le secret.

Pour être ainsi rebelle aux amitiés humaines.

Et régner dans les bois comme en ses vrais domaints.

Dans le sein d'une femme avant d'être enfermé.

De quels esprits divins le sien fut-il formé? ^

S*était-il exiiajé du souffle des fontaines?

AvaU-il voyagé dans les eaux souterraines.

Dans les grottes en prisme amassé les cristaux, Condensé les vapeurs des liquides métaux?

Sous récorce, avait-il circulé dans la sève Que la lune à son gré fait descendre ou soulève, Et connu le bonheur des bourgeons entr'ouverts, Et réveil du printemps, et, dans les noirs hivers. Ces rêves dont la terre, en ses vehaes plus lentes, Dans un tiède sommeil berce Tâme des plantes? Fleur offrant son calice à la soif de Télé, Sous un rayon avide avait-il palpité?

En poussière enlevée à l'or des étamines. Les Zéphirs Tavaient-ils semé sur les collines, Avec ces frais baisers que les lis amoureux.

Sous leur voile d'argent, se prodiguent entre eux?

Avant ces blonds cheveux, ces bras roses et frêles,

Aviez-vous, Hermia, des plumes et des ailes?

Aviez-vous fait des nids, et sifflé des chansons.

Et joué, sous la feuille, avec les gais pinsons?

Vous habitiez, sans doute, en ces forêts plus chaudes.

Où le seleil revêt les oiseaux d'émeraudes.

Où les arbres géants sont constamment fleuris

De papillons nacrés et de verts colibris.

Et sur leurs troncs vêtus d'un réseau de lianes.

Ont, la nuit, des colliers d'insectes diaphanes?

Peut-être qu'en mourant, sur un lac argenté.

Vous étiez un beau cygne, et vous avez chanté?

Ou plutôt, tour à tour source, oiseau, chêne et rose,

Vous avez recueilli l'esprit de toute chose.

Et des êtres divers traversés jusqu'à nous.

Gardé ce qu'en chacun Dieu sema de plus doux.

Comme au seuil d'un tombeau, triste au moment de naître,

Devant l'humanité vous hésitiez peut-être

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