‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 47 sur 68 · OPES · texte numérisé non relu

OPES

Dis-nous, âme du lis et du c^gne chanteur.

L'homme sombre Qt ppnsif sans doute fa fait peur; Et, pour rester encor c^lme, ignorapte et pure, Tu voudrais prolonger ta première nature Au sein de Tunivofs, heureux d'être toujours Exempt de la pensée et débordant d'amour !

Tu pleures des oiseaux les plumes vagabondes Et la robe d'azur dont s'habillent les ondes; Des bourgeons au soleil l'épanouissement.

Et de l'être en ton cœur ce vague sentiment Dont s'abreuve, ignorant toute crainte insensée, La paisible nature amp bras de Dieu bercée!

Pour toi la terre parle, et tu comprends chacun De ses signes profonds, bruit, couleur ou parfum. Tu sais lire, au milieu des spectacles champêtres, Ce langage sacré dont les mots sont les êtres. Ce merveilleux symbole à notre âge voilé; Et c'est l'amour tout seul qui te l'a révélé !

Aussi, pour vous chérir oiseaux et fleurs s'unissent; A votre voix les eaux et les vents obéissent : Car, avec la pensée, hôte encore inconnu.

Dans votre corps nouveau Dieu lui-même est venu ; Et pourtant, Hermia, dans Tâme d'une femme Des cygnes et des lis vous avez gardé l'âme !

Les oiseaux ses amis et les forêts ses sœurs

Ont tous de sa puissance éprouvé les douceurs.

Près des grands feux assis, les pasteurs dans leurs veilles, .

En secouant le front, parlent de ses merveilles.

Sur la bruyère, un soir, dans les genévriers. Pensive, elle écoutait les airs des chevriers;

Enivrés de bourgeons et de sève nouvelle,

Les folâtres chevreaux bondissaient autour d'elle^

Se cherchaient, se fuyaient, Tun par l'autre assaillis.

De grâce et de fierté luttaient dans les taillis;

Quand d'un bouquet de chêne heurté dans cette lutte

Tombe un nid qu'une branche entraîne dans sa chute.

Et la mère accourant l'abritait de son corps.

Avec des cris plaintifs couvait ses petits morts.

Volait et revenait d'eux à la jeune fille.

Hermia s'inclina vers la triste famille;

Elle resta longtemps comme pour lui parler;

Les pleurs entre ses cils commençaient à cou}er.

Et la nuit vint mêler sur ce tombeau de mousses

Des perles de rosée à ces larmes si douces.

Comme un céleste grain par la brise semé.

Dès l'aube, sur le sol ces pleurs avaient germé;

Sur d'abondants rameaux des fleurs étaient venues;

Des fleurs à nos climats jusqu'alors inconnues ;

Et quand pour les cueillir parut l'enfant béni,

Chaque tige chantait joyeuse de son nid;

Un doux frisson courait entre les branches frêleft^

Mille oiseaux effleurant Hermia de leurs ailes.

Dans l'air tout plein d'odeurs et de bruits merveilleux.

Comme en un frais baiser agitaient ses cheveux.

Elle semblait porter le printemps avec elle.

Du sol qu'elle a touché la vie à flots ruisselle; Une source, un arbuste, ou le gazon plus vert. Marquent de son repos la place en ce désert.

^ Cherchez dans le granit, sur ces cimes lointaines. Ces touffes de bouleaux d'où coulent des fontaines; Les pâtres vous diront qu'en ces lieu]|C Hermia Tout un beau jour d'automne à rêver s'oublia. EUe a marché là-bas, où les herbes plus grandes

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Ont chasse la bruyère et les genêls des landes;

Plus d'un troupeau nombreux paît aujourd'hui parmi

Les stériles rochers où la fée a dormi.

Espoir de la vendange^ à nos pieds^ ces collines

Jadis se hérissaient de cailloux et d'épines;

Mais on a vu l'enfant, sorti du bois voisin.

Sur elles en passant égrener un raisin.

Les bergers sérieux savent toutes ces choses.

Son jardin tout l'hiver était peuplé de roses.

Et les rameaux grimpants qui couvrent sa maison

Avaient feuilles et fleurs durant chaque saison.

Après ces jours brûlants où, d'amour épuisées,

Les fleurs touchent du front les herbes embrasées.

Lorsque l'aulan.mortel à tout bourgeon nouveau

A des prés jaunissants tari la sève et l'eau.

Que pour fuir le soleil, dans la soif qui l'altère.

L'âme des végétaux rentre au fond de la terre,

Hermia descendait, triste, et les yeux en pleurs ;

Elle allait visiter toutes ces chères fleurs.

Leur parlait en marchant, et des plus rapprochées

Relevait de ses mains les tiges desséchées.

Appelait par leur nom les autres, et dans l'air

Répandait de son chant le flot sonore et clair ;

Et comme une rosée au fond de leurs calices

Ces plantes recueillaient sa voix avec délices.

EQe faisait ainsi le tour de son jardin.

Des prés et des vergers paternels, et soudain.

Comme par une pluie ou par l'aube lavées.

Toutes les fleurs dressaient leur tête ravivées !

Puisant partout la vie et donnant à son tour. Dans chaque être Hermia s'épanche avec amour. Ce doux échange a fait la terre plus féconde. Tel un bel arbrisseau, buvant la brise et l'onde.

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Nous rend en fruife, en ombre, en murmure, en parfum. Tous les sucs nourriciers pris au trésor commun.

Des pâtres du désert l'existence hardie.

L'air généreux des monts par qui l'àme est grandie. De la vierge rêveuse écartant la langueur Ont doué son beau corps d'une saine vigueur; A la voir des torrents fendre Tonde avec grâce. Du ceif à pas égaux suivre en jouant la trace. Et courber l'herbe à peine, et glisser sur le sol. On dirait qu'un esprit l'emporte dans son vol. Comme un flocon de plume errant sur une grève, Ou le duvet des fleurs que notre souffle enlève : Car, frêle d'apparence et svelte comme un lis, L'enfant aux regards fiers de pudeur embellis, A dans ses traits, malgré sa force et sa souplesse. Le charme insinuant qui pare la faiblesse.

Dieu la fit pour les bois et pour la liberté; Nos arts et nos plaisirs, elle a tout rejeté ; Jamais ses pas légers, qui semblent une danse. Sur un rhyitiaie prescrit n'ont réglé leur cadence, Et la corde sonore, inconnue à ses doigts.

Jamais d'un seul accord n'accompagna sa voix. Les divines chansons à sa lèvre échappées Ruisselaient comme l'eau des neiges escarpées. Son cœur pour les verser les engendrait en lui. Sa voix n'eut pas d'échos pour les chansons d'autrui, Comme, après elle aussi, jamais ni voix, ni lyre. Des airs qu'elle trouvait n'ont rien pu nous redire.

Elle grandit ainsi, se mêlant aux oiseaux, S'assimilant l'esprit des plantes et des eaux. Inattentive à l'homme, ayant une famille Partout où la nature et végète et fourmille.

Vie étrange empruntée à tous les &iiBi^is, Prise aux forêts, aux flots^ aux nids les plus aimants. Mais comme un clair rayon dans l'épaisse feuillée, La pensée en son sein déjà s'est éveillée.

A cet âge où la vierge, avec des yeux baissés, Éveille innocemment les amoureux pensers.

Oïl l'enfant avec qui l'on jouait tout à l'heure Vous met le trouble au cœur, si sa main vous effleure ; Où déjà du pêcher les rameaux rougissants Font rêver aux doux fruits de ses boutons naissants; Où la jeune pudeur sème, aux moindres caresses^ Sa neige purpurine, abondante en promesses; Quand vint pour Hermia cette fraîche saison.

Chaque jour, sur ses pas, au seuil de la maison, Aux champs, à la fontaine, elle vit, sans comprendre. Les jeunes gens rivaux s'empresser d'un air tendre, Implorer d'elle un mot, un sourire, un regard. Fleurs que l'enfant distraite effeuillait au hagard.

L'arrachant pour une heure à sa chère retraite. Si sa mère au hameau l'entraîne, un jour de fête. Les jeux sont oubliés ; ni danses, ni çbaosons Ne peuvent captiver la foule des garçons. Autour d'elle un essaim de parolps flatteuses Bourdonne, et des pasteurs les troupes curieuses Se croisent à l'envi. Tels de gourmands ojseaux Par bandes vollige^ift^ naerles et passereaux,

Inquiets d'un passant qui siffle au bord des h^ies> L'hiver, d'un sorbier mûr guettent les rouges baies.

Mais auprès d'Hermia, soupirs, soins assidus. Et fleurs et gais propos, hëlas ! étaient perdus; Un sourire naïf, ime parole errante.

Animaient par instants sa lèvre indifférente; Sa pensée était loin, et son cœur s'envolait Pour suivre au fond des bois un dieu qui l'appelait. Et tous croyaient, cherchant à deviner cette âme. Qu'elle restait enfant sous les traits d'une femme. Elle s'offi*ait à nous comme une jeune sœur De son affection partageant la douceur :

Car, dans un cœur épris de l'auguste nature.

L'amitié garde encor sa place large et pure ; Outre les fleurs et l'onde et les oiseaux soumis. Même chez les humains, la vierge eut des amis.

Mais son amant unique, éternel, invincible, — Moi je Tai su — c'était ce chanteur invisible. Cet hôte luQiineui qui remplit les déserts.

Verse du haut des pins, sous l'pmbrp, ses poncerls. Avec rôdeur des prés, des étangs, des résines. Flotte sur le3 coteaux et franchit les ravinps. Esprit au souffle agile, au? vivantes senteurs. En lui s'épanouit Tâme sur le§ hauteurs; L'aigle aime à s'y bercer, ^t l'avide génisse L'aspire en mugissant au bord du précipice; C'est lui qui, sur Je sable aiïx ardents tourbillons, D'un étrange vertige enivre les lions; A travers tqut c'estHui que nos désirs poursuivent^ L'immortel aliment dppt toutes choses vivent!

Entre ceux dont Tamour pour elle inaperçu Par sa chaste ignoraifce était ainsi déçu.

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Un^ plus silencieux, épris des solitudes^

Faisant aussi des bois ses chères habitudes^

Fut choisi d^amitié^ mais sans espoir plus doux.

Inégaux en pouvoirs, ils avaient mêmes goûts,

La sainte affection des sources et des plantes,

Et le don de trouver toutes choses parlantes.

Ces mutuels besoins les avaient réunis.

Lui, semblait familier aux habitants des nids ;

En le voyant chéri du ramier et du cygne.

D'ultime confiance Hermia le crut digne :

Car les oiseaux du ciel ont des regards perçants

Pour choisir leurs amis chez les cœurs innocents.

Souvent guidé vers elle au fond de ses retraites.

Il surprit dans les bois ses paroles secrètes;

Vers les ruisseaux charmés dont il suivait le cours.

Il entendit couler ses mystiques discours.

Et des fleurs et des eaux, à sa voix enchaînées,

De musique et d'encens les réponses ornées.

Oh! vous la compreniez, êtres puissants et doux. Plongés -au sein de Dieu bien plus avant que nous : Car vous avez Tamour, ô forêts paciûques.

Votre sève est docile à des lois harmoniques. Et le soufûe d'en haut, qui vient la diriger. Ne lutte pas en vous contre un souffle étranger; Vous ignorez la haine; une ambition folle Comme nous du grand tout jamais ne vous isole. Nous seuls errons sans guide, et cherchons sous le ciel Par 0X1 reprendre vie au tronc universel ; Mais vous, arbres et fleurs, vous nafure où tout aime. Attachés à ses flancs vous vivez de lui-même !

Les grands arbres ainsi, les herbes des forêts Étaient ses confidents et ses maîtres secrets;

Mais chez rhomme, où la foule eût insulté ses rêves, Ses paroles, toujours, étaient rares et brèves; Pourtant sur Tâme ou Dieu des mots inattendus Ont laissé bien souvent les sages confondus.

Par une voix magique au désert appelée.

Quand la vierge, aux lueurs de la nuit étoilde, S'en allait respirant Fextase au fond des bois, Entre elle et sa pensée elle souffrait, parfois. Le disciple amoureux dont Fâme ardente et pure Sut Tadorer comme elle adorait la nature.

Sous les chênes sacrés, sans suivre de chemin, Ensemble nous marchions nous tenant par la main. Tous les deux le front ceint des fleurs qu'elle a tressées Et le cœur enchaîné dans les mêmes pensées.

Par les grandes forêts et les prés, jusqu'au jour, Nous montions sans fatigue, oublieux du retour, Pas à pas dans la nuit azurée et limpide.

Échangeant d*un regard l'étincelle rapide; Sans parole tous deux, mais plus étroitement Sa main serrait la mienne et tremblait par moment. Et moi, dans ce silence aux douceurs infinies. J'entendais à grands flots jaillir les harmonies. Son cœur, ouvert dans l'ombre, exhalait des accents Qui coulaient dans le mien sans passer par mes sens ; La brise entre les pins. Tonde au fond des abîmes. Accompagnaient ce chant de leurs notes sublimes. D'un vent mélodieux j'étais enveloppé ; Gomme un lis de rosée et de soleU trempé.

Je sentais goutte à goutte une clarté divine Descendre avec le son et remplir ma poitrine. De radieux tableaux, subitement tracés.

Couvraient dans mon esprit les doutes effacés.

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Et je 1)6 spngeais plus h scruter toutes choses^ A demander au monde et ses fins et ses causes. La terre m'entr'ouvrait ses flancs mystérieux; Dans leurs replis secrets je voyais de mes yeu?. Et lisais un instant^ à cette sainte flamme^ Les lois de la nature et Ténigme de Tâme.

Qui te rendra, mon cœur, ces chastes voluptés.

Ces saints ravissements dans le désert goûtés.

Quand je tenais sa main, étreinte fraternelle,

La plus tendre faveur que l'homme reçut d'elle.

Réservée à sa mère, et dont, heureux amant.

Moi seul, aux plus beaux jours, j'obtins le don charmant?

forêt I ô bruyère I ô gazon des vallées ! fleurs qu'à ses côtés j'ai doucement foulées l J'appris tout d'Hermia ! Si je sais aujourd'hui Ce que Dieu mit en vous pour nous parler de lui. Si je connais les biens que le désert recèle. C'est que j'ai vu s'ouvrir tous ses trésors pour elle. Et de parfums, d'accords, de clartés revêtus. Les terrestres esprits exhaler leurs vertus I

Comme en un frais vallon, sous la forêt ravie. Le soleil qui descend éveille toute vie ; Bruits d'ailes et de voix, bourdonnement^ confus. Chantent avec le vpnf d^ng les rameaux touff^^s ; Des feuilles, des gazons, des mousses remi^^s, Insectes et vapeurs g'envolept p^r nuées ; A travers la verdure et dans un clair-obscijf. Comme des goifttes d'or, et d'argent, et d'azur, Jaillissent violier, liseron et pe^ vepche ; La rosée en anneaux s'empourpre à chaque br^pphe. Et des troncs, réchauffés par ce regard du ciej, Court sur h noire écorce un l))opd sillou d^ p|je).

Ainsi^ lorsqu'à travers les plantes sans culture^

Rayon d'une clarté plus intime et plus^ure,

Hermia paraissait, sou^ ses yeux pénétrants

Les esprits des forêts jaillissaient à torrents.

Et tout ce qu'à nos sens, sous le soleil viJiible,

Cybèle en ses replis garde dlnaccessij)le.

Ces bruits intérieurs plus féconds et plus doux

Que l'âme seule entend, se révélaient à nous.

Alors c'était parmi les choses réjouies

Un réveil des splendeurs sous la forme enfouies.

Des âmes le concert entendu sous les corps.

Une apparition de leurs secrets ressorts,

Et Dieu manifesté nous laissant apparaître

Quelle est dans le grand tout la raison de chaque être.

Dans la nature ainsi je prenais des leçons ; Sur les pas d'Hermia parcourant les saisons, J'épelais sous son doigt les divins caractères Dont la vie a formé les mots de ses mystères, Et, lisant le symbole en tout ce monde écrit, J'apprenais à percer les voiles de l'esprit.

Tous deux interrogeant les eaux vives ou lentes. Nous discernions leurs vpix différemmi^nt parlantes, Les échos variés mourant dans les ravins.

Le bruit distinct du chêne et celui des sapin?» Et les vents dont chacun des branches qu'il tr^vers^ Fait sortir, selon l'arbre, une note diverse. Des nuages sculptés en mobiles tableaux, Nous voyions au coi^chant s'enflanuner les signaux 5 Snr chaque lettre sombre ou de pourppp vêtue Nous cherchions de quel ton le soleil l'accentue. Et la nuit,^dans l'azur où Dieu les a tracés, Lisions ces chiffres d'or qui roulent enlacé^. Elle savait dan? l'air les routes parcourues

Par les migrations des cygnes et des grues, De chaque oiseau les mœurs^ le langage, et comment L'art de bâtir les nids leur échoit en s^aimant, Et quel est de chacun la sœur entre les plantes : Car, les rapports secrets des natures vivantes, Par quel lien sacré, mystérieux, profond.

Chaque degré de l'être aux autres correspond. Elle avait tout senti ; nos désirs, nos pensées Dans les fleurs, dans les nids, intimement versées. Sous la feuille ou la plume, à travers tous les corps. Elle en suivait le germe ; et savait quels accords. Dans révolution par Dieu même guidée.

Unissent la couleur et la forme à Tidée.

Vous plantes, vous, surtout, dont le soleil revêt Cybèle aux larges flancs comme d'un frais duvet. Fleurs qui brodez les plis de sa verte ceinture. Arbres, des monts courbés mobile chevelure, Hermia vous aimait ; la paix et la douceur.

Et la sérénité, la firent votre sœur.

Elle connut les noms dont Dieu vous a nommées. Et de quels sucs choisis vos sèves sont formées^ Vos rêves printaniers, vos plaisirs, et les lois De vos amours lointains déterminant le choix. Et votre langue habile. aux tendres mélodies. Et toutes vos vertus longtemps approfondies.

Elle comprit pourquoi, montant ou s'abaissant. Et par des nœuds secrets attachés au croissant. Dans vos soyeux tissus les arômes qui glissent A la reine des nuits de si loin obéissent.

A vous initié, j'appris d'elle à savoir ^

Des simples sur nos corps le magique pouvoir, A quelle heure, en quel lieu, toute plante sacrée Doit olre recueillie, et comment préparée.

Et quel mot prononce sur vos philtres puissants

Verse un charme infaillible aux membres languissants.

EUe enseignait aussi que^ pour les maux de Tâme ,

Toutes les fleurs des bois renferment un dictame;

Et quels sont leurs conseils^ et quels signes certains

Dans les fleurs à Tamour prédisent ses destins ;

Quelle ombre rafraîchit l'espoir et le relève;

Quelle orne le sommeil des prestiges du rêve;

Et comment des forêts les émanations

Dans les cœurs orageux calment les passions.

La vierge m'instruisait dans son silence même.

Quand la création me posait un problème^

Souvent le mot auguste, à tout esprit voilé,

A l'aspect d'Hermia s'est pour moi révélé :

Car ta vie, ô nature ! a les lois de la nôtre.

Et l'homme et Tunivers s'expliquent l'un par l'autre.

Des globes confiants qui montent dans les cieux ' EUe avait les clartés et l'amour dans ses yeux. Et des grands horizons la paix insinuante S'épanchait de sa face et de sa voix calmante; Et pourtant Hermia, cet être pur et doux, A connu la douleur et plemé comme nous !

Parfois, près d'elle assis sous un tranquille ombrage, Eft respirant le cahne empreint sur son visage, J'ai, dans nos plus beaux jours, vu ses yeux adorés De sinistres vapeiu^ se charger par degrés.

Telle agitant les flots la flamme sous-marine. Un orage étouffé soulevait sa poitrine; ^

Les soupirs, les sanglots, les mots tumultueux, Sortaient sourds et pressés, et les pleurs, après eux. De ses yeux obscurcis qu'en vain ma lèvre essuie. En allégeant son cœur, tombaient comme une pluie;

Et moi^ non sans terreur^ apaisant ses e^rits^ Je cherchais le secret de ce troublp incQQipris ; La nature, bientôt m'expliquant cet orage, M'en montrait dans son seûi et la cause el; l'image.

Un nuage amassant la foudre et les éclairs

Déploie avec lenteur ses flancs noirs dans les airs;

Les forêts devant lui, de leur frisson sonore.

Tremblent comme Hermia sans qu'un vent souffle encore;

11 éclate, et soudain à torrent sur les bois

L'eau, la grêle et le feu descendent à la fois;

Le tonnerre grondant sur les hauteiu^s prochaines

Fait voler en éclats le granit et les chênes.

Adieu feuUles et fruits, et vignes et moissons.

Dans les siUons fangeux broyés paf les glaçons;

Sur les monts décharnés, de pierres et de franches

Les eaux avec fracas roulent des ay^anches.

nature ! Hermia ! ce repos que j'aimais

A-t-il de votre sein disparu pour jamais?

Non, déjà le soleil revient panser vos plaies. Les oiseaux reparus chantent au bord des haies; D'un feuiUage plus vert et de plus frais pensers Je vois se parer l'âme et les rameaux blessés; Les fleurs ont relevé leur front dans les prairies ; L'esprit s'est émaillé de tendres rêveries, L'œfl, lavé par les pleurs, dans son ardent azur A des cieux plus sereins offre un miroir pli^s pur, Et l'hymne au double chœur qu'à Dieu la terre envoie. Un instant suspendu, monte avec plus de joie; Mais chaque être a souffert, et cet instant fatal. Nature, en toi suffit pour attester le mal !

L'orage ainsi descend sur les plus saintes cboses; La douleur germe au sein des vierges et des roses;

Et qutigo'un divin souffle y coule h tous moments, La terre ajosi que T^me a ses déchirements!

mal, *d\>& tenez-vous? qui sait ce que vous êtes? ©ans quelles régions se forment les tempêtes? Quand Torage s'abat sur nos fronts foudroyés. Est-ce vous, ô mon Dieu! vous qui nous l'envoyez? Mais vous êtes l'amour, mais vous êtes la vie. Et la perfection d'elle-même assouvie; Être, pour vous, ô Dieu! c'est créer, c'est bénir; Non, ce n'est point d'en haut que le mal peut venir !

C'est de ton propre sein que sortent les nuages Et les noirs éléments du trouble et des orages, terre ! en toi dormaient tous ces éclairs brûlants Que t'arrache le ciel pour en frapper tes flancs ! Ainsi crainte, remords, doute, orages suprêmes. Votre invisible cause habite dans nous-mêmes. -Des assauts répétés que subit notre cœur En vain nous accusons le monde extérieur; L'homme en lui, comme toi, porte, ô triste nature I Le germe renaissant du mal qui le torture.

Et cependant, ô père, ô créateur d'heureux 1 De toi, pour y rentrer, nous sortons tous les deux ! Dans l'œuvre où tu le plais, et qui vit de ton être. Si rien n'est que par toi, d'où vient le mal, ô maître? Gomment au fond du bien le mal s'est-il produit? De ce problème en vain j'interrogeai la nuit ; Ni les bois, ni les mers, ni ma vierge divine. Ne m'ont rien révélé de la triste origine.

Dieu garde ce secret; mais, ô sainte Hermia!

Nature que mon cœur de parler supplia I

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