LES OISEAUX
Sur la terre abondante, où nul etinuî n'existe. Pourquoi son plus bel hôte est-il devenu triste ? Vois les oiseaux joyeux planer dans les cieux purs. S'entr'aimer et goûter aux arbres les fruits mûrs; De leurs lointaines sœurs apporter les nouvelles Aux plantes, et semer la graine des plus belles. Quand les blés sont dorés, l'eau bleue et le ciel clair. Que l'aile en des parfums se baigne au sein de l'air, Sous les fruits et les fleurs que toutes branches ploient, Qu'est-il besoin de voir plus que nos yeux ne voient ?
LES PLANTES
Bois la blanche tosée, et, sans désir jaloux. Laisse-toi par le vent bercer ainsi que nous; Au zéphyr caressant, d'où que son baiser vienne, Les fleurs livrent leur âme... Enfant, livre la tieftne !
LES SOURCES
Trempe tes pieds de nacre en nos sables d'or fin. Et laisse-nous toucher Tivoire de ton sein^
Et monter à flots doux vers ta lèvre vermeille. Et chanter en glissant au bord de ton oreille. L'eau sur tes flancs polis dort avec volupté. Reste ! Quel bras mortel, errant sur ta beauté. Gomme Tonde enlaçant ta blancheur qu'elle azme. Flatterait tout ton corps d'une étreinte plus pure ?
Reste ! Nous te dirons : Sois paisible toujours. Nous sages qui coulons depuis les anciens jours; Car au fond de Teau vive une prudence habite. Nous savons que, portée ou lentement, ou vite. Quand de l'antre natal elle a franchi le seuil. Chaque goutte, malgré le rocher ou l'écueil, Remontant, s'il le faut, pluie, ou neige, ou rosée. Dans le grand Océan est enfin déposée!
Mais l'antique serpent, chez tout homme caché. L'orgueil, l'adroit orgueil, tient le cœur de Psyché, Avec son noir Tenin y répand goutte à goutte La fureur de connaître, et le trouble, et le doute. Et des sens révoltés l'implacable désir.
Et l'ennui curieux, mortel à tout plaisir.
Elle fuit la nature, et n'en sent plus les charmes; Dans le palais désert, elle va tout en laraies. Ni les divins tableaux, sur le marbre gravés, .Ni dans l'or et l'onyx les breuvages trouvés. Ni l'acier des miroirs, ni la lyre d'ivoire.
Rien ne distrait l'enfant de sa tristesse noire; Et ses pas, tour à tour lents ou précipités, Trahissent de son cœur les rêves agités.
Sur les marbres secrets d'une salle lointaine, Qu'en ses jours de bonheur elle approchait à peine, — D'où venait un tel don nouveau, mystérieux? —
Une lampe^ un poignard^ se trouvent sous ses yeux. EUe s'arrête^ et croit ouïr dans le silence : « Ta main peut conquérir la force et la science. » De ces seuls mots jetés tout son être a frémi. Ces murs ont-ils couvert les pas d'un ennemi ? Est-ce un instinct fatal dont la voix parle en elle ? Un sombre esprit^ chez nous funeste sentinelle^ Ponssc-t-il rame au mal, jaloux de son bonheur. Ou rhonune n'a-t-il d'autre ennemi que son cœur?... Mais Psyché, tout entière au désir qui l'obsède. Laisse la voix monter, et l'écoute, et lui cède; El, dans un lieu caché, pour s'en armer plus tard. Pose, hélas ! en tremblant, la lampe et^e poignard.
Le chant accoutumé, suivi des odeurs pures, Pénètre avec le soir sous les voûtes obscures; De l'époux qui descend c'est l'amoureux signal; Il ramène Psyché vers le lit nuptial.
CHOEOR INVISIBLE.
Voici la nuit portant sur ses ailes paisibles
La rosée et l'amour, tous les deux invisibles.
Mais que sentent bientôt couler avec douceur
La fleur dans son calice et Thomme dans son cœur;
Car leur souffle s'amasse et se métamorphose
En doux soupirs dans l'âme, en perles sur la rose.
Laisse ton cœur chanter sous l'invisible doigt; Bois les pleurs de la nuit, comme une fleur les boit. Si l'harmonie est douce et le flot pur, qu'importe Quel point du ciel les verse, et quel vent les apporte ? Le cygne, ivre d'amom*, frémit sur le flot pur. Sans connaître le fond de sa couche d'azur; L'oiseau qui pour la rose a des chansons divines,
De la fleur adorée a-t-il vu les racines ?
Aime^ ainsi, sans savoir^ aime au sein de la nuit;
Le jour a des éclats que la volupté fuit.
Sans que les yeux distraits fassent trembler le vase.
Le cœur, pendant la nuit, recueille mieux l'extase.
Vois; quand le dieu du jour, au palais de la mer,
Va chercher le repos, et plonge pour aimer.
Avant de s'approcher de la couche odorante,
11 éteint ses rayons au seuil de son amante.
Les voix ont répandu le chant mélodieux, Sans guérir de Psyché les désirs curieux; Et l'orgueil et le doute, et la soif de science S'agitent à la fois dans son âme en démence.
Sur les coussins de pourpre, à côté d'elle assis, Éros, par les baisers combattant ses soucis.
Lui tient de doux propos sur sa tristesse étrange. Et l'ardeur du plaisir renaît dans cet échange.