ÉROS
Tu pleures; tu me fuis et reviens tour à tour! Ce cœur bat, ô Psyché I mais ce n*est pas d'amour. En des bonds inégaux ton sein monte et s'abaisse; 11 semble s'agiter sous un poids qui l'oppresse. Ma lèvre étouffe en vain tes soupirs renaissants; Une crainte, un désir, se disputent les sens. Que veux-tu î N'as-tu pas une royauté douce ? Tu vois dans les forêts, vers ton trône de mousse. Les vivants saluer ta grâce et t'adorer.
Les perles et les fleurs s'offrent pour te parer; A la terre qui t'aime, et qui t'appartient toute. Aux charmes de mon lit que faut-il que j'ajoute t
Oh! vous ne m'aimez pas, et la triste Psyché N'est pour vous qu'un jouet par instant recherché. Pourquoi, me dérobant votre aspect que J'implore, Venir avec la nuit, partir avec l'aurore.
Et ne laisseï' jamais les rayons d'un beau Jour Illuminer pour moi ce lit de notre amour ?
Le jour va caresser les grillons dans la gerbe. Mille insectes unis sous la mousse et sous l'herbe; Les oiseaux et les fleurs s'aiment en plein soleil; Le soir sur chaque nid pose un flambeau vermeil : Vous seul gardez, malgré mes plaintes échappées. Nos furtives amours, dans Tombre enveloppées.
ÉROâ.
D'un dieu plus fort que moi c'est l'inflexible arrêt. Ne gâtons pas du moins notre bonheur secret; Meure sous les baisers ta folle inquiétude !
A ton front délicat ma lèvre est-elle rude?
Comprendshtu plus d'amour dans la voix d'un époux. Plus de jeunesse ardente et des baisers plus doux? Reste ainsi I Quand tes yeux auraient vu mon visage. Mon cœur ne pourrait pas te donner davantage.
Lorsqu'on serrant ta main j'entends ta voix de près, Que je sens de ton cœur les battements secrets. Mon âme oublie encore, ivre et sous ton empire, Ceile ardeur de te voir, puisqu'elle te respire. Mais quand seule je. marche à travers la clarté Qui sur le moindre oiseau verse tant de beauté;
68 PSYCUÉ
Quand je rêve à ces nuits^ à nos baisers de flamme^ Sans avoir une image à parer dans mon âme ; Lorsque je vois la terre et le ciel radieux : Alors tout désir cède au désir de mes yeux.
Étouffe celte envie^ ô Psyché ! si tu m'aimes; Espère et te résigne;^ ou crains des maux extrêmes. Mais viens, ouvre les bras; goûtons, jusqu'au matin. Celte part de bonheur que permet le destin.
Comme un chant de cigale éteint sous une gerbe, A travers le baiser expira leur doux verbe; Et sur le lit de pourpre, aux pieds d'argent sculpté. Dans l'ombre commença l'hymne de volupté.
Soupirs, cris étouffés, syllabes inouïes.
Fleurs sonores d'amour, dans Fombre épanouies. La curieuse ardeur des regards impuissants.
Abandonnant l'esprit a passé dans les sens; L'inconnu Taiguillonne. Avide et provocante.
Psyché donne à l'époux des baisers de bacchante. Et cherche avec fureur, trompant le vrai désir, Cet infini caché qu'elle n'a pu saisir.
Ah ! la volupté même a sa pudeur divine.
Quand le corps règne ainsi, c'est que l'âme décline;
Que le souffle idéal est là-haut remonté !
Tu meurs avec Famour, ô fleur de chasteté !
Adieu la sainte ivresse, où le réel s'oublie.
Au calice des sens on boit jusqu'à la lie.
Et dans l'épais breuvage où n'est plus l'eau du ciel.
De la première goutte on cherche en vain le miel;
lie cœur n'y goûte plus la tendresse et l'extase.
Et la lèvre en vdàù s'use aux bords amers du vase.
Or le sommeil qui suit le plaisir prodigué
Versait ses lourds pavots sur l'amant fatigué.
Mais Psyché veille, hélas ! Qui peut enchaîner l'âme ?
Pour assoupir le doute, où cueillir un dictame ?
Quel lit sait endormir les désirs de Torgueil
El l'ardeur de savoir?... Pas même le cercueil î
Des bras de son époux, dont l'étreinte amollie
Sous son adroite main doucement se délie,
Psyché glisse, et du lit descend d'un pied furtif*
Elle écoute; son souffle en son sein est captif.
Et, sur l'épais tapis muet contre la dalle.
Elle sort à pas lents et sans bruit de la salle.
Elle brave l'effroi des dédales obscurs,
Et dans l'ombre, guidée en s'appuyant aux murs.
Jusqu'à l'endroit secret où son arme est fermée,
Elle y prend le poignard et la lampe allumée.
Longuement elle hésite aux approches du lit;
Son cœur bat, son regard se trouble; elle pâlit.
Elle va donc le voir! Elle craint, elle espère.
N'ose encor sur Tépoux projeter la lumière.
Elle se penche enfin... Et qui frappe ses yeux?
L'Amour!... le dieu puissant, et beau parmi les dieux l...
A peine elle aperçoit sa face inattendue.
Toute force lui manque; elle tremble, éperdue.
L'œil mortel ne saurait porter tant d'idéal.
Sous le poids fléchissant, vers le lit nuptial.
Ses genoux ont frémi... La lampe vacillante
A vei"sé sur Fépoux une goutte brûlante.
Le dieu, de son repos brusquement réveillé.
Profané par les yeux, et par l'huile souillé.
Se dresse avec courroux, voit l'amante coupable.
Et, cachant sa pitié, de cet arrêt l'accable :
70 PSïCHé