‹ Psyché: poëme (volume 2)Chapitre 62 sur 68 · FAU8TA · texte numérisé non relu

FAU8TA

Les stoîques martyrs du droit et du devoir.

Autour d'eux les soldats, stupide multitude.

Marchent à rangs pressés et font la solitude. Pour contenir les flots d'un grand peuple insoumis. Un rempart s*est dressé d*escadrons ennemis : Herman en est le chef. Toujours pensif et triste, Il semble absent de l'œuvre à laquelle il assiste. Et son regard errant, ou vaguement fixé.

Sur ceux qui vont mourir s*est à peine abaissé. Son corps abandonné se balance et se ploie Aux pas lents du cheval, et son panache ondoie Sur son cou fléchissant. Le long convoi de mort. Dirigé vers le lac, s'arrête près du bord Où s'étend une plaine à la pente adoucie.

Là, sur un fin limon, meurt la vague amincie ; Et, quelques pas plus loin, sort du milieu des eaux Une épaissse forêt de grands joncs, de roseaux.

Le groupe des martyrs, soldats au fier visage,

Docile et méprisant s*est rangé sur la plage.

Ils sont jeunes et beaux, hélasl ceux qui mourront ;

Au milieu d*eux, Marco les dépasse du front.

La plaine exhale au loin des odeurs printanières;

Son doux pays lui fait ses caresses dernières;

Avec Tardent regard du ciel italien,

Son œil pleins de rayons semble échanger le sien«

Salut, Marco ! les chefs ont éloigné la foule; Ils étouffent ta voix sou^ le tambour qui roule Mais, parlant par tes yeux en cet instant sacré, Ton cœur sur ton visage en éclairs s'est montré. Pour rallumer Thonneur aux âmes languissantes, Un rayon suffirait de tes flammes puissantes. N'est-ce pas, de ce monde il est doux de partir,

Sûr qu'on est aimé d'elle et fler d'être marty!*;

A tous les dieux du cœgr gardant sa foi certaine,

Et doublement vivant par l'amour et la haine!

Heureux qui, plein d'espoir, fort et jeune lutteur,

Apporte une âme Intacte au ffer libérateur;

Et meurt, môme vaincu, môme en butte à l'insulte.

Mais sans avoir douté des objets de son culte!

Son sang, qqoique ignoré, ne sera pas perdu ;

Il ne voit pas, avant le triomphe attendu.

Des générations dans la fange accroupies

Renier oU salir ces saintes utopies;

Et, dans son propre coeur, avant la fin du jour,

Il ne sent pas tarir la pensée et l'amour.

Son temps d'épreuve est court î quand la balle le frappé.

Prompte ainsi qu'elle, au but l'âme en un vol s'échappe.

Là-haut sur son pays, il volt, dès C6 moment,

Briller le jour lointain de l'affranchissement,

Et sourire en ses bras, fraîche comme une aurore ,

Sa fiancée en deuil, qui, chez nous, pleure encore.

Voilà ce que la mort a d'extase à donner

Au martyr dont le front commence à rayonner*

Mais si tu crois qu*au seuî! d*une tombe héroïque,

Une larme en coulant ternisse un nom stoïque.

Si tu veux, Ô Marco, retenir par orgueil

Cette perle du ciel qui tremble dans ton oeil...

Il fallait de ta mêrô écarter la pensée.

Oublier ton amante à sa prison laissée,

Et, près de ton cercueil, ne pas les voir du Cœur

S'éteindre et longuement mourir de leur douleur.

Le fer a retenti des armes qu'on apprête.

Et, distrait de son rêve, Herman lève la tête; L'indifférent regard que son œil promenait.

Sur le front de Marco tombe; il le reconnaît»..

FMJSTA 343

De quel pli de son cœur sort cet éclair rapide, Le premier dont rougit ce front terne et livide? Ce sursaut que le mors imprime à ton cheval, chef, est-ce d'un lâche ou d'un noble rival ? Est-ce un bouilionement du sang ou de la boue ? Le fusil des soldats déjà touche leur joue ; Toi, tu couves Marco sous le même regard ; Ta lèvre étrangement se plisse... le feu parti Et, pour s*ofFrir à lui soudainement dressée, Dans les touffes de joncs où sa barque est glissée, Comme un oiseau plongeur qui lève enfin le cou, Grande et blanche, Fausta se montra tout à coup, Et, sur son large sein qu'un noble orgueil enivre. Elle a reçu sa part du plomb qui les délivre.

Elle est ençor debout dans sa robe de lis, Tandis qu'un flot de pourpre en inonde les plis* Avec son premier sang et sa suprême flamme, Marco l ce nom jaillit et précède son âme.

Tombant sur lés genoux et les bras étendus.

Elle a vécu pour voir ses adieux entendus, Et son amant couché sur la fatale grève.

Et cette chère main, qui vers elle se lève, Semble chercher la sienne, et sur l'étroit canal, Se balance et s'affaisse en un dernier signal.

Mais entre ces deux cœurs tout obstacle s'efface, Car la mort vient entre eux d'anéantir l'espace; Et, loin d'un monde esclave, unis selon leur vœu, Ils s'aiment librement dans les jardins de Dieu. Quelle terre a gardé leur cendre et leur mémoire? Qu'importe, ô jeunes gens oublieux de la gloire l Laissez leurs noms, leur cendre au vent se disperser, Si vous n'avez pour eux que des pleurs à vei'ser.

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