ÉROS
Ah! ce regard détruit le bonheur de tous deux ! Tu romps entre nos cœurs les invisibles nœuds,' ' Et ta lampe grossière éteint la pure flamme Par qui l'âme d'en, haut pénétrait dans ton âme. Mon front te restera caché comme autrefois.
Et tu perds mes baisers, mes caresses, ma voix. Je ne descendrai plus dans ta nuit solitaire; Tu n'auras plus l'amour, mais toujours le mystère. Le secret de mon nom, dans mon sommeil surpris. Du divin idéal ne t'aura rien appris.
Ce vallon, ce palais d'où t'exile ta faute.
Avec toi condamnés, n'ont plus un dieu pour hôte. Marche dans la douleur; chez les pâles humains. Tes pieds nus traceront de pénibles chemins; La faim enchaînera, dans les travaux serviles, La blancheur de tes mains et tes ailes mobiles. Pour t'aider à porter l'exil austère et lourd, Tu crîras vers l'époux; mais l'époux sera sourd. La nuit entre nous deux épaissira ses ombres, Et tes rêves s'iront heurter à des murs sombres, Sans trouver hors du doute une issue à tes pas; Car ton flambeau d'ojgueil brûle et n'éclaire pas.
L'immuable destin a dicté ces menaces
A ce cœur pacifique où résident les grâces.
Mais toujours une larme, aux yeux du triste amant,
A chaque mot cruel, jaiUit et le dément;
Et si Psyché tremblante eût pu voir ce visage^
Si de ses sens l'effroi n'eût pas troublé l'usage,
Des tourments à gouflrir et de l'arrêt porté.
Devant tant de doulem*, son âme aurait douté.
Mais trop faible à sentir d'une bouche si chère Ces traits inattendus lancés par la colère^ Mourante^ elle s'affaisse, et tombe au pied du dieu. Et lui! Comme son cœur saigne à quitter ce lieu! Qu'il voudrait y laisser sa parole meilleure!... Le destin a parlé... L'Amour fuit... mais il pleure! Et, douce entre les plems que sa pitié versa. Sur le sein de l'épouse une larme glissa...
Germe consolateur, graine du dei tombée Dans le sillon récent par cette âme absorbée. Et qui devait porter, en ce champ de douleur. Sous la ronce et l'épine une immortelle fleur. C'est toi, belle espérance, ô fleur que 4'ien n'arrache! O le plus vrai témoin de ce dieu qui se cache, Souvenir qu'à Psyché l'époux lègue en partant. Moisson lente à mûrir, mais (|ue l'am^our attend!