‹ Psyché: poëmeChapitre 14 sur 52 · LES SAULES · texte numérisé non relu

LES SAULES

Marche et nage à nos pieds ; les longs rameaux des saules

Des rayons de midi défendiont tes épaules.

Près de nous l'herbe est molle, et tu pourras, le soir.

Tout danger disparu, dans le sommeil t'asseoir.

Pour ta faim le miel vierge en nos troncs creux abonde;

Le lotos à côté penche ses fruits sur Tonde.

Pour ta soif, de grands lis, dans Tivoire et dans l'or.

De la pure rosée ont gardé le trésor.

Viens; nous avons pour toi la nourriture et l'ombre.

LES CYGI^ES.

Vois! tu trouves encor des amitiés sans nombre. Fuis, tu peux vivre encor; fuis. Peut-être qu'ailleurs. Même chez les humains, il est des lieux meilleurs. Essaie au loin ton vol. Au fil des eaux limpides. Si tu veux t'élancer, viens, nous serons tes guides;

Et vei*s les îles d'or que tu vois en rêvant.

Nous voguerons peut-être, ouvrant notre aile au vent.

Si les flots te font peur, des terres non foulées

Si ton pied doit tenter les monts et les vallées.

Viens; au-dessus de toi les cygnes voleront;

En lieu sûr pour dormir, la nuit, ils descendront ;

Et sans doute, à la fin, du dieu qui nous attire

Dans un grand lac d'argent nous verrons les yeux luire.

(( Loin de Babel où règne un colosse d'airain. Où je tournais la meule en un lieu souterrain, Du maître armé de fouet j'ai bravé la poursuite. Les astres, les oiseaux guidèrent seuls ma fuite. Enfin la caravane, aux cent groupes divers.

Qui de l'Euphrate au Nil va par les grands déserts. Dans la foule étrangère en tumulte campée.

Me reçut une nuit, moi l'esclave échappée.

» Avant de parvenir au bord du fleuve-dieu. Nous marchâmes deux mois sur des sables en feu. Sur le Nil jaune et lent, parmi d'autres captives. Un marcliand m'entraîna. Vingt jours, le long des rives. Aux efforts des rameurs rompant le cours de Tcau, Du côté du soleil monta notre vaisseau. *

Le soir nous entendions crier les crocodiles ; Des temples, des palais s'élevaient dans les îles;

P8YCBt 9&

L'obélisque montait sur une mer d'épis;

Et les sphinx aux deux bords, près du fleuve accroupis,

Dressant contre nos yeux leur front impénétrable^

Semblaient venir à nous sur leur base immuable.

La nature gardait le silence comme eux.

Et posait sur sa bouche un doigt mystérieux.

» Nous avions dépassé Memphis, les Pyramides;

Le navire aborda^ sur des plages arides.

Près du grand labyrinthe, où les dieux ^sséchés

Sont auprès des rois morts dans les ombres couchés.

Les signes que les dieux veulent sur leurs esclaves

Furent trouvés en moi. Des prêtres aux fronts graves

Revêtirent Psyché des mystiques habits.

Dans leur temple, c'est moi qui nourris les ibis;

Les animaux sacrés mangent dans mes corbeilles ;

Par moi les anneaux d'or pendant à leurs oreilles.

Apis a de mes mains reçu le pur froment.

Je verse les parfums dans le brasier fumant.

Sur les métiers sacrés tissant de blanches toiles,

A la profonde isis j'ai préparé des voiles.

D'encens et de natrum remplissant les dieux morls,

De bandeaux embaumés j'enveloppe leurs corps i

Et, près de leurs cercueils, le long des noirs dédales.

C'est moi qui verse l'huile aux lampes sépulcrales.

» Ces travaux achevés, je puis m'asseoir, ^uivepl, Et regarder en moi, soupirant et rêvant.

Pour la première fois, dans rggypte divine.

J'ai connu le repos sans rhorriblu famine.

L'abondance et le calme, et des maîtres moins durs. Ont endormi longtemps mon àme dans ces murs.

Mais au pied des autels quoique o^ faim s'apaise. J'y suis esclave encore, et la prison me pèse;

Et je crois sur mon front y sentir par moment Les plafonds de granit descendre lentement.

» Je voudrais respirer, voir les flots et la terre. Fuir la captivité du labyrinthe austère; Des désirs inconnus m'y poursuivent partout.

De ces dieux mugissants j'approche avec dégoût. Je tremble entre ces morts rangés en longues files ; Ces sphinx, me regardant de leurs yeux immobiles. Ces figures sans voix^ ces monstres, me font peur.

y> J'avais cru la d'abord trouver un dieu meilleur.

Moins altéré de sang, plus doux pour tous les êtres ;

Et j'admirais de loin les voii sages des prêtres.

A chaque enseignement au temple dérobé.

Je sentais un rayon d'espoir en moi tombé.

Mais en vain j'ai tenté les intimes retraites

Où s'arrache le voile aux images secrètes;

Dans ce vaste tombeau, le grand mort adoré,

Le dieu que j'ai servi, de moi reste ignoré.

Je n'y vois que des fronts muets, un peuple horrible.

Et qui semble garder quelque énigme terrible.

» Mais dans la nuit pourtant qui m'environne ici. Un obscur souvenir en moi s'est éclairci, Et l'ébauche d'un dieu, qui me visite en rêve, Chaque jour eu mon cœur s'embellit et s'achève. Dieu jeune, au pied rapide, aux yeux vifs et luisants, Serais-fu là voilé parmi ces dieux peçanf s ? ^

Quand, parmi les oiseaux, dans mes songes tu passes En un jardin peuplé de fieurs pleines de grâces; Que mon esprit entend vos accords merveilleux. Ce temple où je languis me paraît plus affreux. Je hais ces mille dieux, ces simulacres mornes Aux bras sans mouvement, aux fronts armés de cornes. Éternellement droits contre les lourds piliers;

Ces têtes de serpents^ de chiens et de béliers^ Et le glapissement des tristes crocodiles.

Surchargés par mes mains d'ornements inutiles. L'aspect de ces dieux laids assombrit ma prison ; Leurs prêtres à ces murs bornent mon horizon. L'air manque à ma poitrine, en ce temple enfermée; Je veux revoir la vie et la terre animée!

)» Ah! qui m'emportera parmi des dieux plus beaux,

Des dieux dont les autels ne soient pas des tombeaux ;

Dont la libre lumière ait doré les fronts ternes.

Et qui ne donnent pas assis en des cavernes.

Les pieds enracinés et des chaînes aux mains.

Immobiles, réglant d^immobiles humains!

Quand revcrrai-je un monde où l'on marche, où l'on vivo.

Où la voix dans les cœm-s ne reste pas captive.

Où rhomme enfin s'agite, où Ton puisse vouloir.

Où le fleuve ne soit pas seul à se mouvoir !

C'est le jeune univers que mon époux habite;

C'est la terre où tout aime, où tout chante et palpito;

Où réiemel zéphyr balance les rameaux ;

Où ne se taisent point les flots et les oiseaux!

» Que ne puis-je, mêlée au souffle des tempêtes. Avec le sable ardent qui passe sur nos têtes. Comme un grain de palmier vers l'oasis volant. Dans ce pays sacré m'enfuir avec le vent!

Quand du pied de ces murs, par notre ciel sans nues. Dans l'azur, j'aperçois le triangle des grues Plus vite que le Nil descendant vers la mer.

Je m'assieds pour pleurer mon esclavage amer. Hem*eux l'oiseau, les grains ailés, la feuille morte, Le sable voyageur que le simoun emporte! »

Ainsi Psyché maudit les palais odieux Où l'Egypte la garde esclave de ses dieux ;

98 PSYGHé

Et sonde tristement, sous leur joug révoltée^ La prison de granit par ses ailes heurtée.

Or la guerre propice, avec ses bras d'airaiUj Fit une brèche aux murs du temple souterrain. Tout un peuple envahit les mystiques enceintes; Et, non sans dérober sa part des choses saintes, Psyché, libre en sa fuite, et gagnant les vaisseaux, Partit au cours du fleuve, et vit les grandes eaux.

Trente jours un vent frais, sous d'heureuses étoiles, De la rouge carène enfla les blanches voiles. Gomme un dauphin léger> fendant les larges flots, Le navire berçait Fespoir des matelots.

Déjà la terre au loin, con^me un bouclier sombre, Sur Teau verte élevait son disqiie entouré d'ombre. Mais tout à coup, tombant des quatie points des cieux. Les vents, gros de la foudre, çfîrt^nés, furieux. Ballottent le vaisseau sur \^^ plaines marines. Comme en un cbatnp, l'hiver roule un faisceau d'épines : Et les flots montueux, sur leurs flancs assombris. Des chênes et des pins dispersent les débris.

Mais tu suivais, ô dieu! la blanche naufragée, Vei's le port inconnu par Famour dirigée.

Invisible, effleiu^nt les vagues de tes pieds, Tu conduis devant loi le mât où tu l'assieds; Et penché, sur un bras supportant son corps frôle, ^ Conti'e le choc des eaux tu la couvres de l'aile. Ainsi guidée, un fleuve au sein tranquille et doux. Qui verse un azur calme à ces mers en courroux. L'accueillit; et le dieu, comme un souffle insensible. L'y poussa lentement sur la rive paisible D'où les chênes, moataïut vers les sommets dorés. Jusqu'à de hlaaefi parvis s'élevaient par degrés.

LE PRÊTRE

Le temple s'enrichit des présents du nauft*agc; Â l'antique déesse ils sont dus satis partage ; C'est le tribut des mers, du fleuve obéissant. Mais la déesse est bonne, et ne veut pas Ion sang. Notre autel à sa voix cessa d'être hotolcide ; De captifs égorgés il fut jadis avide; Elle y donne à présent asile à l'inconnu Que le flot écumeux nous jette pâle et nu.

Elle-même^ autrefois» chez de barbares hôtes> Un vaisseau d'Orient l'amena sur ces côtes; Elle y bâtit son temple; à leurs peuples éparà, Sa parole donna les lois, les mœurs, les arts.

Le fleuve, en l'apportant» 4'a vouée à son culte. Viens à Tautisl. lei^ mû homm^ qui t'IUMiltei

Nul maître, te courbant aux serviles travaux^ N*a droit de t'imposer Tamphore ou les fuseaux. Viens. Instruite par nous aux divines cadences^ A former les chansons et le réseau des danses. Tu guideras le chœur aux autels embellis De rameaux par tes mains tressés avec les lis.

La déesse t'invite. Aux pieds de sa statue.

De fine laine et d'or tu seras revôtue.

La pourpre des bandeaux brillera sui* ton front ;

Et dans les lieux secrets, qui pour toi s'ouvriront,

Des mystères, peut-être, en clartés Variées,

Les images luiront à tes yeux déployées.

Que ce pays est doux 1 Quel est le jeune dieu Dont le doigt créateur fait son œuvre en ce lieu? Ces cimes, ces coteaux, toute cette nature.

Revêtent sous ses pas la forme la plus pure.

La terre est dans sa grâce et dans sa floraison; Un parfum de beauté monte à chaque horizon.

Sur le sommet touffu que ce temple couronne. Sous un faisceau d'acanthe, à voir chaque col<Hine, On dirait une nymphe, au front de fleurs couvert. Nue, et blanche, et debout derrière un myrte vert.

Un chœur léger vers moi descend, et les zéphyres M'apportent des parfums avec la voix des lyres. terre! que mon pied te touche avec bonheur!

Des vierges par la main prennent leur jeune sœur; Et Feau tiède du bain, les arômes, les huiles. Et le peigne d'ivoire, et, sous des doigts habiles, La perle et les bandeaux tressés aux blonds cheveux. Et les riches habits, et des dons faits aux dieux

Des ruches^ des vergers^ les suaves prémices^ Et les coupes de vin^ et le lait des génisses^ Et sur la toison moUe un long sommeil goûlé.

Et l'espoir^ sur son corps^ ramènent la beauté.

Dans le temple bientôt, entre toutes insigne. Gomme entre les oiseaux, sur le lac, un doux cygne^ Par sa voix, par sa forme égale aux immortels. Sainte et belle prêtresse, elle orna leurs autels.

Lorsqu'au bord des forêts elle guidait les fêtes.

Les nymphes pour la voir sortaient de leurs retraites;

Et les travaux sacrés, les ombrages épais.

Les Muses lui donnaient Toubli des jours mauvais.

Mais dans son calme heureux une image connue. Comme l'aube au milieu des étoiles venue.

Éclipse par degrés le monde extérieur.

Aux clartés des rayons qu'elle jette en son cœur. Chez elle un souvenir, qui réveille une attente. De rêves inquiets remplit l'heure présente; Un dieu l'avait aimée, un dieu fut son époux! Beau, jeune, tout-puissant. Un écho triste et doux. De la voix de ce dieu la poursuit sans relâche. Le doit-elle revoir? Quel asile le cache?

Comment de son séjour retrouver le chemin.

Et renouer l'espoir de ce céleste hymen?

Vers lui, vers l'avenir, son cœur se précipite. Sans donner un regret aux douceurs qu'elle quitte. Tel un oiseau captif, malgré sa cage d'or, S'il entrevoit le ciel, cherche à prendre l'essor. Telle, aspirant au dieu que son cœur lui révèle, ^ Psyché s'offre à subir une épreuve nouvelle.

prêtre l à l'horizon une voix me dit : Viens.

lOC PSYCHé

C'est répoux qui m'a fui> mais dont je me souviens. Mon âme lui repond, et m'invite à Je suivre.

Depuis que je respire, et que je me sens vivre. Fiancée avec lui jadis en un doux lieu, Comme un flot à la mer j'appartiens à ce dieu. Je veux chercher partout ses traces incertaines. Et demander son temple aux ïiations lointaines.

race humaine, ingrate envers les immortels !

Quel détaon inconnu t'ârraChe à nos autels?

Toi que je ramassai mouraïite sur la grève;

Toi que revendiKiuaient le bûcbél: et le glaive,

Et qui reçus ipomiêOÊi la vie et la beêxité; *

Ame en qui setre fBsm eesm la vérité |

Toi qu'aime la déesse> et qu'elle da^ne instruire

Du secret des aeccNrds et des lois de k lyre;

Toi, des vases sacrés Hiéditant le iarcin,

De fuir vers d'autres dieux ta forcnes le dessein !

Je ne quîtti^i point là 'déesse propice.

Sans qu'un hymtte sifpirême et sans qu'un sacrifice N'offrent à ses autels taon cœur reconnaissant; Son bras me recueillit sur le flot mugissant. Son temple m'a noiffrîe, et la beauté perdue A fleuri sur mon front par sa main répandue.

Par elle aux rites saints mes yeux se sont ouverte. Et j'ai connu la lyre et ses modes divers.

Reprends donc ces bandeaux, ces urnes que je laisse. Et ces robes de lin, les présents, ô déesse ! Et la pourpre du voile à mon front attaché; Prends cette douce larme... et l'adieu de Psyché.

PSYCfiÉ 4 03

Laisse^moi jus<iii*du bout suivre ma destioëe^ Et le dieu qui m'appdie et la loi à'h^wéaée.

LE PRÊTRE

Quel est ce dieu plus grande et cet autel piuis beau^ Plus entouré de peuple^ et ce culte nouveau Devant qui pâlira l'or de nos tabernacles?

Femme^ dis-nous son nom et ses sages oracles!... Tremble ! ton cœur entend la sombre voix du mal ; Le dieu que nous servons est un dieu sans rival; Quand Tâme ose chei cber^ tout penser est un piège. Et ]a mort punirait ta fuite sacrilège.

PSTCkfÉ.

D'un époux merveiUeax l'image lk>tte e& moi.

Comme un souvenir tendre^ un es^poir ^ein d'énoi; De quel nom runivei^s le ssdoe et raddr<e> Quel pays voit surgir son temple> je Tignore; Mais je l'aime, et> souvent» un songe à mon edté Me le montre; il est dieu, j'en crois à sa beauté !

LE PRÊTRE

Non, tu nous resteras ! L'autel garde sa proie;

Ceux ^ veulent nous fuir, notre dieu les foudroie.

Que cet époux, ton dieu, si c'est un immortel.

Ose ici t'arracher, esclave, à notre autel.

Tout homme ayant franchi le seuil des ssmetnaires

Et vu, même de loin, s'accomplir bos mystères.

Dont la lèvi^e a trempé dans un vase divin.

De nos libations bu le miel et le vin,

Et goûté, })armi nous, la chair de l'hécatombe,

N'est libre de l'autel qu'en passant par la Icnsbe.

Le sceau de la déesse 4 toB froat est gravé>

Comme au taureau sans tache au temple réservé; Dévouée à jamais^ par amour ou par crainte, Tu ne franchiras* pas notre inflexible enceinte^ Dût le couteau sacré s'enfoncer dans tes flancs^ Et tes os se briser sur nos marbres sanglants.

Troublant du dieu nouveau Timage pressentie.

Le prêtre ainsi du temple entrave la sortie.

Et, sombre gardien, par la force et la peur

Conserve aux vieux autels un jeune serviteur.

Mais quel bras enchaînant la lumière et la flamme

Au veuvage éternel peut emprisonner .l'âme?

De la fuite Psyché méditant l'heureux jour

Vers répoux entrevu s'élance avec amour.

Son esprit vole errant vers les choses lointaines;

Mais le dieu qu'elle fuit appesantit ses chaînes,

Et le temple jaloux lui fermant l'horizon.

L'asile nourricier devient une prison.

Car, le prêtre l'a dit, jamais un dieu ne cède

Et ne livre l'autel au dieu qui lui succède.

Il veut, pour prix des biens qu'il apporte en naissant^

Garder jusqu'à la mort le monde obéissant.

D'i/n miel doux et fécond ces prêtres m'ont nounîe. Si je n'entrevoyais ton image chérie, mon époux, ce front paisible et résigné Resterait sous leur joug aujourd'hui dédaigné! Mais j'entendis ta voix, et, bravant les épreuves. Par les monts et les mers, les forêts et les fleuves Je pars, je vais à toi. S'il le faut, je saurai, Lentement, chaque nuit, creuser le mur sacré; Ou de ma faible main que l'amour rend hardie. Du temple pour ma fuite allumer l'incendie.

Mais^ toi^ dieu que j'inyoque> oh! révèle-toi mieux^ Et qu'un signe certain me guide vers les lieur Où tu m'atlends sans doute, où je te vois en songe> roi de Tavenir, où déjà mon cœur plonge I

Le prêtre vigilant par la ruse trompé,

Cherche en vain à l'autel son esclave échappé.

La jeune âme fuyait, et les brises divines

Faisaient battre son aile au loin sur les collines.

Nul des vases sacrés au temple ne manquait.

Ni les coupes d^onyx de l'austère banquet.

Ni l'argent ciselé, le bronze où Tencens fume.

Les cratères d'airain où le charbon s'allume.

Les patènes d'agate et le calice d'or.

Psyché n'emporte rien du mystique trésor;

Mais, conunc sa beauté, la lyre Ta suivie.

Attachée à ses flancs et sur l'autel ravie.

Prête à chanter les dieux, leurs amoui^s^ leurs exploits.

Dans ime cité libre et fière de ses lois.

— « ta ceinture d'où pend une lyre d'écaillé, La lente majesté du port et de la taille,

Ce front large et serein, quoique privé des yeux.

Tout m'atteste, ô vieillard, un chantre aimé des dieux.

Dans la sainte Pitho, nourrice des athlètes.

Du laurier des chansons tu viens orner les fêtes.

Mais ce chemin est long; l'enfant qui te conduit

Va dans les hois sacrés errer jusqu'à la nuit.

Vers ces myrtes épars, si tu me veux pour guide.

Prenons sur la montagne un sentier plus rapide,

Et, devant que Phœbus ne plonge à l'horizon,

Tes pieds auront touché la ville et ma maison.

Je passai là, souvent, sur les bruyères sècties.

En invoquant Diane, armé d'arcs et de flèches.

Et mon bras jeune et fort t'y saura diriger. »

— « C'est un dieu qui t'amène> ô pieux étranger!

Ainsi que tu Tas dit^ les dieux que je vénère

M'ont accorde la voix, en m'ôtant la lumière.

Mon âme ne saisit qu'à travers le passé

Le doux tableau du monde à mes yeux effacé.

Je ne vois plus fleurir les roses de Taurore;

Mais du miel des chansons mon urne est pleine encore ,

Et devant tous les Grecs de mes fables épris^

En louant Apollon^ je veux gagner le prix. )>

— «Viens, les jeux seront beaux! A ta musc indigente

Plus d'un riche vainqueur d'Argos ou d'Agrigenle

Offrira, pour son nom dans tes hymnes chanté.

Avec dix taureaux blancs sa coupe d'or sculpté :

Car le chantre sonore, aimé de Mnémosyne,

Donne seul à l'athlète une gloire <livine.

Dis-nous les vieux combats et les récents travaux;

Tu seras applaudi par d'illustres rivaux,

Phémius de Naxos, Hylas de Sicyone

Doivent des vers entre eux disputer la couronne.

Une femme, on la crut déesse, et parmi nous

Le peuple en Técoulani l'adorait à genoux.

Tant sa voix de sa forme égale Tharmonie^

Chantera notre dieu sur le luth d'Knie.

Viens, ô vieillard, franchis le seuil de mes aïeux;

Le toit se réjouit d'un liote harmonieux. »

— ^ Qu'Apollon Pythien qui protège ta ville T'accorde une vieillesse opulente et tranquille. Un dieu toujours sourit à l'homme hospitalier. Et le chanteur aveugle assis à ton foyer.

Apportant son offrande à tes dieux domestiques. Fera vivre ton nom dans les récits antiques. » —

Des monts chers à Phœbus les flancs étaiept cha|*gé3 De tous lé3 peuples grecs près du stade rangés;

i 08 PSYCHÉ

Ceux dont la voix garda, moins sévère et plus tendre^

Le mode ionien que l'amour aime entendre;

El la race d'Hercule en qui le fier accent

Du héros dorien survit avec son sang.

Après les grands taureaux offerts en hécatombes^

Et les vins répandus en mémoire des tombes.

Après le disque et Tare par le dieu protégés.

Les lutteurs frottés d'huiles et les coureurs légers;

Après le javelot, le pancrace et le ceste,

Et les divei*s combats d'origine céleste ;

Sur les chanteurs rivaux tour à tour entendus.

Longtemps les yeux des Grecs restèrent suspendus.

Ils remplissaient leurs cœurs du chant aux flots sonores

Comme aux torrents sacrés l'argile des amphores.

La lyre avait parlé sous les doigts du vieillard ;

Après lui, déployant les récits avec art,

I^s autres avaient vu leurs fraîches mélodies

Par le peuple joyeux dans Tarène applaudies.

Quand Psyché vers l'autel à la fin s'avança.

Et c'est par Apollon que l'hymne commença.

Elle chanta Délos, l6 palmier de Latone;

Les premiers cris du dieu dont l'Olympe s'étonne ;

11 demande sa lyre, et son arc et son char;

Sa bouche au lieu de lait boit déjà le nectar.

Et ses langes rompus laissent ses pieds rapides

Commencer en naissant leurs courses inlrt^.pidcs.

Aux champs Phocidiens Python meurt sous ses traits ;

Par lui de l'avenir Delphes sait les secrets ;

Il traverse en un jour et la Grèce et ses îles.

Les siUons sous ses pas nous deviennent fertiles.

11 est le roi léger des chars et des coureurs ;

Ses pieds sans les courber se posent sur les fleurs.

Le vent de ses coursiers balaie au loin la neige;

Les Heures^ les Saisons forment son beau cortège. 11 atteint chaque soir le bout de Tunivers^ Et Téthys Ty reçoit dans ses grands palais verts. Sur la pourpre changeante où le dieu se repose^ Les Nymphes de la mer lavent ses pieds de rose; Et la déesse^ après le festin partagé^ L'enivre d*un sommeil par l'amour prolongé.

Le méchant^ ô Phœbus^ craint tes flèches hardies! Sonore et lumineux^ les saintes mélodies Et les rayons à flots s'épanchent sous tes doigts; Le temps ne peut tarir ton luth ni ton carquois. ^ Les Nymphes^ les Sylvains, les Muses et les Grâces^ La forêt et les vents se meuvent sur tes traces; Tous les pas cadencés sont réglés par tes chants; Le cygne et la cigale et Tonde aux pleurs touchants. Tout être harmonieux qui danse où qui murmure A connu par toi seul le mode et la mesure.

Quand, las de visiter les temples des humains, L'Olympe te revoit, les dieux battent des mains; Latone avec fierté te donne ses caresses; Junon même sourit, et les jeunes déesses Rêvent à la douceur de ton lit embaumé.

Mais tu t'assieds auprès de Jupiter charmé ; Tu chantes, et les dieux retenant leurs haleines Négligent du nectar les coupes encor pleines. Et ]|^ chœur des heureux, à ta voix transporté. Par toi sent mieux le prix de l'immortalité.

Chacun fait aux humains des présents plus splendides ; Téthys offre la perle aux plongeurs intrépides; V Gérés, du puï* froment, verse à flots le trésor; Et la blanche Aphrodite aux longues tresses d'or. Rougissant de bonheur, laisse de sa ceinture Tomber plus de désir sur toute la nature.

440 psycot

Dieu des eliftrs rayonnant, dieu de Tare et du luth. Dieu rapide, dieu beau, dieu des chansons, salut !

Après Phœbus chatité, Thyume agile et sonore De la terre à l'Olympe erra longtemps encore. Cueillant les grands accords, les tableaux éclatants Dans les mille contours de Fôspace et du temps, Et venant^ sa Tendauge une fois réunie.

Des choses sous ses doigU exprimer rhai'monie»

Elle dit les climats^ les lois, les mœurs, les dieux^ Les secrètes vertus des races et des lieux.

Les terres d'Orient, l'Inde à Baccbus soumise, L'Atlantide lointaine aux pilotes promise, Les navires ch^chaat les jardins d'Hespérus^ Des vieilles nations les -berceaux parcourus, Babylone, Memphis de mystère entourées, Et*du fleuve Egyptus les sources ignorées; Puis l'âge d'or, la paix régnant auï anciens jours, Et les dieux recherchant de ten'estres amours; Et d*un bonheur passé là merveilleuse histoire Dont chaque peuple encore a gardé la mémoire; L'urne pleine de maux, présent de Jupiter, Et la main de Pandore ouvrant l'âge de fer; Les agresseurs du ciel que le tonnerre écrase. Et l'inventeur du feu puni sur le Caucase.

Mais dans FOlympe un Jour le Titan entrera ; Ta chaîne, ô Prométhée, à la fin se rompra; Un dieu, déjà présent dans ton cœur prophétique. Doit i>ercer le vautour sur le gibet antique. Pandore a retenu dans le vase fatal L'espérance compagne et remède du mal ; Elle est là pour panser la morsure éternelle; L'oiseau rongeur sera plus vite lassé qu'elle!

PSY(ÏHÉ 1 1 1

Ainsi d'un bien perdu, d'un retour atitioflcé Le tableau dans son hymne est souvent retracé. Elle aime à célébter les regrets et l'attente. Au milieu des douleurs la tendresse constante, Et le cœur s'élançant vers un être perdu^ Et d'un trésor eherché'le désir assidu; Les courses de Cérés, troserpine enlevée, Les pommes d'or, Colchos, Ithaque retrouvée, Ariadne, Adonis, et les enfers jaloux, Eurydice deux fois ravie à son époux.

Et la mort éprouvant les amoureuses flammes, Et l'Elysée heureux, ce rendez-vous des âmes.

D'un cri si triomphal, après qu'elle eut chanté, La foule salua sa voix et sa beauté.

Qu'on eût dit les clameursT des forêts et de l'onde. Le bruit des pins penchés sur un gouffre qui gronde. Se heurtant par le faîte, et brisant leurs rameaux. Et répondant la nuit au bruit des grandes eaux. Quand Borée ou Notus, de leurs fortes poitrines^ Ont soufflé sur les bois et les plaines mariiMs. Et le peuple unanime a proclamé son nom Pour le prix des chanteurs que décerne Apollon.

La couronne à Tautel attendait la victCnré.

Le roi des jeux sacrés, de sott siégé dlvoire

Se levant^ la saisît, et debout vers Psyché,

Du rameau verdoyant ceignit son front penché.

Mais elle : « Grecs divins, à ce vieillard auguste

Le laurier d^Apollon serait un don plus juste, d

Et marchant vers l'aveugle : « Oh! si tu n'es pas dieu|

Et si tu n'as pas droit à nos autels en feu,

Laisse : que pour ton chant, inspiré des Charités,

Je te rende, ô vieillard! le prix que tu mérites* »

Et le laurier orna TavÊugle aux cheveux blancs. Et le peuple admirait.

La chanteuse à pas lents S'éloigne, et^ près des eaux de Tantique Telphuse^ Grande, et de blanc vêtue^ et semblable à la Muse, Sous les cyprès touffus s'enfonçant par degrés^ On la voit disparaître au sein des bois sacrés.

PSfCHÉ.

Où se cache l'époux ? J'ai vu toute la Grèce,

Les promontoires d'or qu'un flot d'azur caresse,

Et les coteaux mûris par ce soleil divin

Qui parfume l'olive et le miel et le vin ;

Les bois de Tbessalie, et les rives du fleuve

Où des chevaux guerriers le noir troupeau s'abreuve ;

Les temples sur les monts assis de toutes parts.

J'ai vu les mille dieux sur cette terre épars ;

Et, pour y découvrir mon idole secrète,

J'ai suivi chacuti d'eux au fond de- sa retraite.

Je connais leurs forêts, leurs antres merveilleux. J'ai vu les dieux errant dans l'ombre épaisse, et ceux Qui couchés gravement au sommet des montagnes, La tète dans leurs mains, regai*dent les campagnes ; Et ceux qu'eu pleine mer aperçoit le pêcheur. De leurs flancs sur l'eau bleue étalant la blancheur ;

Et ceux^ au pied léger^ qui mènent sur les pentes A la piste du cerf les meutes haletantes; Ceux qui forment en rond la danse sur les prés ; Ceux qui^ debout et fîers^ dans les frontons sacrés. Régnent sur les cités du haut des acropoles ; Ceux dont Tonde et le vent nous jettent les paroles. Du sol hellénien, saintement parcouru.

Devant moi tour à tour les dieux ont comparu ; Celui seul dont mon cœur implorait la venue A trompé jusqu'ici ma recherche assidue.

Dieux de l'antique Olympe, oh ! gardez mon encens ; Les œuvres de vos fils vous révèlent puissants. Et la Grèce par vous de la beauté fut mère.

Vous méritez jie moi plus qu'un culte éphémère; Mais le destin m'entraîne au-devant de l'époux ' Rayonnant d'un attrait qu'en vain je cherche en vous. Nul de vous ne réveille, au fond de l'âme émue. Tout le monde d'amour que cet autre y remue.

Triste, il a cependant des éclairs souverains : Et ce regai'd profond manque à vos yeux sereins.

Ah ! quand je vois glisser, au fond de ma pensée,

Ton ombre seule en moi vaguement retracée,^

Toi qu'un rêve éternel me prédit pour amant,

J'en goûte plus d'extase et de ravissement

Que devant tous ces dieux, quand^ aux clartés du temple,

Dans toute leur grandeur, mon esprit les contemple !

Dois-je à l'espoir d'hymen renoncer pour toujours,

dieu ! dont mon enfance a goûté les amours ?

Où faut-il que Psyché s'élance et te devine.

Toi qu'elle cherche en vain dans la Grèce divine?

Du désir qui m'entraîne, ah ! tu n'éprouves rien ; Ton cœur ne bondit pas pour s'approcher du mien !

4 ^ 4 vsYcai

Si tu vois sans gémir Texll qui nous sépare,

Pourquoi ce nom d'époux dont mou âme te pare?

Sans un foyer divin je n'ai pu m'enflammer ;

Si tu ne m'aimes pas^ qui m'enseigne h t'aimer,

Et^ m'offrant une image à jamais poursuivie.

Au fil de ta pensée a dirigé ma vie ?

Mais un dieu^ je le sens, a souffert comme moi;

11 ar souffert d'amour, et je comprends pourquoi.

Grave et des dieux joyeux fuyant le ciel frivole.

Son front de la tristesse a fait son auréole.

Ah I ta douleur m'est douce ! et c'est aux jours meilleurs

Que mon rêve aperçoit tes yeux baignés de pleurs !

Assis sur le penchant du promontoire Attique^ Ou Pallas Suniade a sa demeure antique^ Parle un vieillard divin. Étendus à ses pieds. De beaux adolescents, sur le coude appuyés, Reçoivent dans leur cœur ses paroles fécondes, Dont Tavide Psyché sollicite les ondes. ^

sage! réponds-moi : ce dieu que Je t'ai dit, L'époux dont chaque jour l'image en moi grandit. Et qu'en vain jedemande aux flots, aux monts, aux grèves, N'existe-t-il donc pas ailleurs que dans mes rêves ?

LE VIEILLARD

Tout rêve de l'amour a sa réalité

Dans un monde immuable où règne la beauté.

Notre âme y va revoir, sitôt qu'ont crû ses ailes. Des choses d'ici-bas les célestes modèles.

D'un dieu l'idée en toi ne germe pas en vain,

Car l'espoir est issu d'un souvenir divin.

Crois-en ton propre cœur; tout ce qu'il cherche existe.

Ta parole, ô vieillard ! est douce à ce cœur triste. Un dieu dans mon regard a donc gravé ses traits ! Il existe, il est beau; tous mes rêves sont vrais ! Mais il oublie, hélas ! une épouse mortelle.

LE VIEILLARD

Il t'aime; il veut te faire à jamais jeune et belle;

Ta faute vous sépare, et non sa volonté.

Mais tii dois accomplir la loi de la beauté :

Pour enfanter le bien, les dieux l'ont mise au monde.

Et l'amour est celui qui la rendra féconde.

Je t'ai dit mes destins, mêlés de tant de maux.

Et, pour ch^cher l'-époux, mes courses, mes travaux.

Quels chem^ à tenter me garde encor la terre ?

LE VIEILLARD

N'a-t-relle plus pour toi nulle part de mystère? Ton cœur a-t-il tout vu, tout compris, tout aimé ? Contre l'illusion est-il assez armé ?

Scrute encor les grands bois, où, des épaisses voûtes , La lumière à nos pieds ne pleut qu'à rares gouttes. Ecarte les rameaux les plus mélodieux, Et les touffes de fleurs qui t'embaument le mieux.

Cherche au fond de Tazur des plus pures fontaines ; Remonte jusqu'au nid des brises incertaines ; Jusqu'à la grande mer suis la chute des eaux ; Vers rétemel printemps suis le vol des oiseaux. Marche sans te lasser vers toute chose belle ; La beauté, de l'amour c'est la forme étemelle ! Cest ici-bas le voile aux contours radieux Qui nous laisse arriver le sourire des dieux ; Et^ sur nous descendu, ce rayon de leur flamme Fait croître en réchauffant les ailes de notre âme.

Garde aussi le trésor aux temples dérobé»

Et des trépieds divins l'enseignement tombé.

Mais reviens des autels t'asseoir sous les portiques ; Pèse en de sages mains les oracles antiques.

Écoute les discours que se disent entre eux Ces vieillards encor verts de la muse amoureux ; Leur âme est un creuset d'où coulent épurées Les choses des vieux jours et les fables sacrées. Ils tiennent le fil d'or de Técheveau des temps, Et, par le seul amour et les désirs constants. Chacun d'eux, sans trépieds et sans mystiques Qèvses, Sait contraindre les dieux à parler par ses lèvres. L'active intelligence eirant à l'horizon, • Dans leur cœur habite par l'auguste raison Revient, et, pour chaque homme, élabpre sans cesse De fleurs prises partout le miel de la sagesse.

 la nature, au temple, aux plus sages humains. Ainsi, de ton seul but demande les chemins.

Dans tout notre univers remué sans relâche Poursuis avec amour cet être qui se cache ; Garde ton désir pur dans la joie et l'ennui ; Dieu volera vers toi si tu marches vers lui.

418 PSTGHÉ

Mais pour trouver ce dieu dans son gîte suprême^ Avant tout^ ô Psyciié ! cherche-le dans toi-même^ Visite tes pensers de ses traces remplis.

Et de ton propre cœur connais tous les replis.

Puissent les immortels accueillir tes prés(^;es^ Gomme moi^ tes leçons^ ô sage entre les sages I La lumière et la paix coulent de tes discours. Mais parle-nous de toi ! que fais-tu de tes jours ? Dis-nous^ pour être encor limpide à faire envie. Quelle pente a suivi le heau flot de ta vie ? Ton œil est jeune et pur sous ton front argenté ; D'où vient sa profondeur et sa sérénité ?

LE VIEILLARD

Chacun se fait sa vie agitée ou paisible.

Nous avons tous les deux la soif de Tinvisible,

Mais dans mon cœur, peut-être, apportant plus de foi,

La mémoire a parlé plus vive que chez toi.

Car, avant de descendre aux terrestres demeures.

J'ai connu, comme toi, des régions meilleures,

Et cet hymen^feuîré commencé dans Féther

Qui doit se renouer au sein de Jupiter.

L'âme, avant de traîner ce corps qui rembarrasse, A la suite d'un dieu voyageait dans l'espace ; ^ Chacun de nous alors, ayant Dieu pour flambeau. Dans sa plus pure essence a contemplé le beau. Et vu, pour un moment> daqs sa sphère étoilée L'étemelle sagesse à la bonté mêlée.

Pour remonter vers elle et pour s'y fondre un jour. L'âme a deux ailes d'or : la raison et l'amour I

Comme elles ont des dieux tiré leur origine>

Il faut pour les nourrir une essence divine ;

Quelque chose d'en haut sur la terre apporté.

Et c'est pourquoi chaque homme entrevoit la beauté,

La plus douce à la fois et la plus manifeste

Des trois perfections de Tunité céleste,

Et que l'esprit tombé qui dans la chair renaît

Même des yeux du corps sans peine reconnaît.

L'âme en qui se réveille et brille cette idée

Se rend libre du mal, et, par l'amour guidée,.

Réglant Tessor du cœur par les sens combattu.

Au rang des immortels monte parla vertu.

L'époux t'attend là-haut... C'est là-haut que j'aspire I Et, préparant le vol qui doit nous y conduire, J*aide ceux que vers moi l'attente fait venir A retrouver Tidée au fond du souvenir.

D'amis jeunes et beaux souvent dans la campagne. Alternant le discours, un groupe m'accompagne. Assis sous le platane ou sous l'agnus-castus, '

Auprès de quelque source, au bord de l'IUisus, Ou dans une palestre, ou sur ce promontoire.

Ou de fleurs couronné sur un siège d'ivoire En un banquet riant parla muse enchanté.

Je leur parle d'amour et d'immortalité.

Ensemble nous cherchons le bien et la sagesse, Et les Grâces parfois visitent ma vieillesse. Le réveil du tombeau sourit à mon espoir ; Ainsi, d'un jour serein j^atteignis le beau soir.

FSTCHÉ.

Que ta force et la joie en mon sein répandues

A ton âme, ô vieillard, par les dieux soient rendues;

Qu'à ce front large et calme^ abrité des douleurs, Les bois versent longtemps le murmure et les fleurs ; Que les songes dorés voltigent sur ta couche. Que d'un rayon de miel chaque soir à ta bouche Les abeilles d'Hymète apportent le présent ; Qu'un dieu parle à ton cœur et te soit complaisant^ Et qu'avec tes amis, à jamais, sur tes traces, Marche le chœur joyeux des Muses et des Grâces. Et moi je pars, fidèle à l'invisible amant.

J'emporte le flambeau de ton enseigriement, Le phis pur dont un homme illuminant mon doute Vers Fêtre que je cherche ait éclairé ma route. Me faisant voir, sans trouble et sans obscurité. Le bien et la sagesse au fond de la beauté.

vin

« Je sais tout ce qu'à Tâme enseigne la souffrance. A ses rameaux divers j'ai cueilli la science. J'ai grossi mon trésor^ chez toutes nations^ De l'or accumulé des générations.

J'ai des temples obscurs approfondi les rites. Et les vertus des dieux dans leurs oeuvres écrites. ^ La mer et le désert m'ont livré leurs secrets; J'interprète aux mortels la langue des forêts^ Et le vol des oiseaux et le pouvoir des plantes. ^ Je sais guider la sève et les laves brûlantes. De la terre à ma voix jaillissent les métaux. Et mes enchantements fécondent les troupeaux. Les rebelles saisons par mon art conjurées Versent dans nos greniers des moissons assurées. La corne d'or se ferme et s'ouvre à mon vouloirj Et^ des rudes travaux libre par le savoir.

Dans jun empire heureux réglé par ma prudence^ L'homme s'est asservi la déesse Abondance.

» Les peuples m'ont fait reine ; aux fins que je prévois,

Soumis avec amour ils marchent à ma voix;

Us accourent de loin sous mon sceptre propice.

Je reçois comme un dieu Fencens du sacrifice.

La mer avec respect berce mes pavillons

Et le désert vaincu conserve mes sillons.

Quand je veux parcourir mon empire sans bornes.

Les grands chevaux marins, les tritons, les licornes.

Les monstres écailleux, hôtes des grandes eaux.

Vite eomme un regard entraînent mes vaisseaux.

Les aigles, les griffons me portent dans les nues,

Geuillir les rares fleurs des cimes inconnues ;

Et l'épaisseur des bois s'ouvre devant mes chars

Traînés par les lions et par les léopards.

Ma sagesse a conquis la royauté des êtres.

Et mes désirs partout se promènent en maîtres.

Tout obj.et qu'ici-bas ont aperçu mes yeux

Vient s'offrir à ma main, quand j'ai dit : je le veux.

)> Reine du monde, hélas! d'esclaves entouréd^

Je porte avec douleur ma pauvreté dorée.

Dans la satiété, tous jnes désirs sont mortâ ;

Une autre faim me ronge au sein de mes trésors...

Le vide est dans mon âme... à la place où l'on altne;

Et je sen« qu^l me manque une part de moi-même.

C'est l'invisible épemx, d'est le jardin natal.

Les intimes douceurs du baiser nut>tial,

Avec dieu de ma flamme un rayonnant échange.

De nos amours sans fin l'extatique mélange.

Oh! viens, époux sacré, dieu recelé partout.

Dieu qui reste à trouver après que l'on a tout !

Oh! viens me délivrer d'un bonheur qui me pèse;

Viens assouvir d'amour mon cœur/[ue rien n'apaise!

Viens! toute soif humaine est un pâle désir

Près des tourments du cœur qui cherche à te saisir. »

Comme des flots rongeurs qui tourmentent leurs grèves, Psyché dans son esprit sentait gronder ces rêves.

Elle marche à pas lents dans ses vastes jardins, Qui du bord de la mer élèvent par gradins Jusqu'aux neiges des monts leur haut amphithéâtre; Ils dominent au loin sur la plaine bleuâtre.

Où le frais clair de lune en nappes surnageant, Tomt)e de cime en cime en cascade d'argent.

Et verse avec ses flots sur les vagues prochaines L'ombrage projeté des cèdres et des chênes.

Les aigles, les chevaux, les lions familiers. Sous l'abri du sommeil sont rentrés par milliers; El le cbœur des oiseaux s'endort entre les branches D'où sa voix saluait la nuit aux clartés blanches. Le flot demi-gonflé bat doucement ses bords.

Au marbre d'un balustre appuyant son beau corps, La reine «e pencha; ses yeux, plongeant sur Tonde Et montant tour à tour vers la voûté profonde Où des astres charmants luit la sérénité.

Visitaient l'azur calme et l'azur agité.

Habite-t-U là-haut vos palais sans limites?

S'est-il posé sur vous, blanches étoiles, dites? Vous brillçz avec calme et sans feux éclatants. Sous im front sans désir comme des yeux contents. Une si douce paix vous berce et vous décore.

Que votre âme, ô clartés! le possède ou l'ignore.

Et toi, fier Océan, tu ne demandes rien; Tes flots n'ont pas la paix du flot aérien :

Mais ce qui trouble ainsi ta face révérée, Ce n'est pas le désir, c'est Nolus ou Borée !

Et vous qui sur mon front versez l'ombre et l'odeur.

Grands cèdres, du désir connaissez-vous l'ardeur,

L'ardeur de rînûni dont j'ai l'âme embrasée?

L'été, vous invoquez la pluie et la rosée;

Mais le tour du soleil ne s'achève jamais

Sans que l'aube, de pleurs inondant vos sommets.

Ne calme en vous les soifs que je garde éternelles.

Quand, repu de la chair des faons et des gazelles,

A l'ombre du palmier tu t*étends, ô lion !

Nulle faim dans ton corps ne met plus l'aiguillon.

Dans la saison d'hymen, quand ta fauve compagne

A tes rugissements descend de la montagne.

Nul désir ne survit à vos amours brûlants;

Sur le sable mobUe, affaissé, sous tes flancs.

Tu croises tes grands pieds, et tu f endors sans rêve.

Partout où mon regard sur ta face se lève,

nature! partout des êtres satisfaits!

Moi seule, consumée en d'impuissants souhaits.

Poursuivant de travaux et de douleurs sans nombre

Un hymen impossible, un dieu, peut-être une ombre 1

Oh! que je porte envie à ta sérénité!

Donne-moi l'ignorance, et prends ma royauté.

Car tu ne connais pas, ô nature paisible.

Mon supplice étemel, l'amour de l'invisible!

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