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vimSf s'emportait en anathèmes eontre les hommes et les choses de ce temps ; quand je répandais ma colère et mon mépris , c'était tous toujours qui me rappeliez à la sainte loi de charité , à notre commun idéal de paix et d'amour, dont ne s'écartèrent jamais une seule de vos actions ^ une seule de vos pensées.
Nul ne fut plus que vous animé de la croyance au Dieu bon; nul n'affirma plus fortement le bien, commencement et lin de toutes choses ; nul n'oublia mieux les misères de la vie présente dans l'universelle contemplation de Yètxe et des inépuisables félicités de la vie absolue. La notion divine de l'amour éclairait toutes vos conceptions ; à sa lumière infaillible vous regardiez toute œuvre et toute action dé l'homme ; toutes vos doctrines en jaillissaient. Cette révélation du principe de toute science, vous ne l'aviez reçue de personne ; elle vous venait directement de Dieu. Et moi je me réjotiissais de sentir la puissance de votre inspiration supérieure ; j'y trouvais un guide pour mon esprit, un soutien pour ma vo^lonté.
le vous ai rencontré à l'heure où commence la jeunesse, vous êtes parti à l'heure où la jeunesse s'en va ; notre amitié représente pour moi tout ce que le matin de la vie a de nobles aspirations, de saintes croyances, d'ardents dévouements. C'est vous qui, durant ces trop courtes années, avez pénétré le plus profondément dans les replis de ma conscience ; j'aimais à vous en faire toucher les palpitations les plus
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secrètes, car vous sondiez ayec une clairvoyance égale les plus petites plaies du cœur et les plus grands problèmes de l'esprit ; vous saviez nous conduire dans les sentiers étroits de la vie pratique et dans les vastes régions de la pensée.
Vous jugiez sainement des choses du monde» parce que vous aviez la science d'un monde supérieur. Vous habitiez par avance cette sphère plus pure ; votre âme» dirigée tout entière vers les idées éternelles, donnait si peu de son attention à cette terre mauvaise, que vous Tavez traversée sans jamais lui appartenir : de telle sorte qu'au jour où Dieu vous a rappelé dans son sein, le passage d'un monde à l'autre a dû se faire pour vous sans étonnement. Vous êtes entré dans l'idéal comme dans une demeure bien connue ; c'était pour vous le foyer paternel, et vous le quittiez rarement; maintenant sa chaleur et sa lumière vous enveloppent à jamais.
Vous êtes parvenu avant l'âge au terme de l'initiation. Qu'auriez-vous fait plus longtemps de la vie? Vous aviez étouffé en vous toute ambition terrestre. Vous aviez si bien dompté l'égoïsme et la personnalité, que Dieu seul vivait en vous. Vous ne participiez aux émotions de ce monde qu'à travers l'âme de vos amis ; nos peines étaient vos peines, nos joies étaient vos seules joies. Je le sais, moi dont vous adoptiez toutes les souffrances ; moi qui vous empruntais à chaque instant les forces de votre esprit et de votre cœur pour accomplir mes douleurs et mes travaux.
et qni vous trouvais toujours prêt à vous dépouiller de votre" sérénité et de votre puissance pour en revêtir ma faiblesse et mon ennui.
Mais nous pouvons la continuer encore à travers rinvisible, cette intime communion, 6 mon ami ! car votre pensée vit en moi ; elle m'est aussi présente qu'aux heures où vous répandiez sur nous la lumineuse chaleur de votre inspiration. Chaque idée qui s'élève dans mon sein contient quelque chose de vous ; la meilleure part de mon intelligence, c'est votre enseignement toujours vivant. Dieu n'envoie pas des esprits tels que le vôtre pour traverser le monde sans laisser de traces. Les grandes semences de vérité qui jfurent déposées en vous ne se perdront pas, tant que nous aurons la force de labourer le champ de la parole. Et vous, vous rayonnerez sans cesse sûr nous de là-haut ; par l'intermédiaire de votre âme, nous communiquerons avec la vie divine ; le calme et la force nous viendront toujours de vous. Chaque fois que les bruits de la terre feront silence dans notre cœur, et que le soleil intérieur s'y lèvera ; quand nous serons tous réunis dans une même pensée de poésie et de vertu , alors votre douce image nous sera présente et viendra sourire au milieu de nous comme autrefois.
Recevez donc ce livre ; il a été écrit sous vos yeux ou en face de votre souvenir. Sans doute ces vers ne renferment que de pâles ébauches de la poésie que vous portiez en vous ; tels qu'ils sont vous les auriez aimés pourtant, car nos croyances communes les ani-
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menty et le saint amour de la natorc Tit en eax ; TOds les aimerez encore de là-lmat : ils yods apprendront que je suis resté fidèle an calte que vous m'atez enseigné.
Ami^ la triste consolation de fermer ?os yeux et de mener votre denil ne nous a pas été accordée. Une terre étrangère vous reconthiit déjà quand TaSireuse nouvelle nous est parvenue. Vous êtes mort loin de nous, en nous appelant sans doute ! La pensée de vos derniers instants déchire mon cœur. Votre tombe est lointaine , mes genoux ne s'y sont pas encore posés, peut-être ne la toucherai-je jamais. Vous n'ave2 pas dans votre patrie une pierre qui garde votre nom ; je veux récrire dans ce livre, à défaut d'un monument pins solide. Une main plus puissante vous aurait sculpté une image indélébile , moi je ne puis vous dresser qu'une croix rustique taillée dans ces forêts où nous adorions ensemble l'Invisible. Autour d'elle, ceux qui vous ont connu se réuniront parfois dans votre pensée, jusqu'au jour où nous pourrons vous retrouver ailleurs que dans nos souvenirs. Alors, dans l'aurore de la vie nouvelle, nous irons tous deux aux clartés du soleil idéal nous abreuver à ces sources d'inépuisable poésie que nous cherchions en vain au pied des plus grands chênes et des plus hautes montagnes. Jusqu'à cette heure nous resterons unis en vous, nous tous qui vous avons aimé ; ce frère qui mérita d'être votre ami, et ce philosophe de la charité dont vous avez salué la parole avec tant de joie,
et tous ceux dont vous savez les noms et qui vous parlent ici par mes lèvres. *
Recevez donc cette offrande faite de tout ce qui vous fut le plus précieux eU/ce monde, de poésie et d'amitié; et plus dignes de vous que ce livre, recevez les aspirations muettes de mon cœur, qui montent incessamment vers vous, et qui vous diront mieux que ces froides paroles tout ce que votre pensée nourrit en moi de douleur et aussi d'espérance.