ANTÉE
Premier-né de la tcrre^ hôte des bois antiques^ Où Taigle parle avec les chênes prophétiques ; Toi qu'entre ses lions et ses sphinx aux grands yeux Gybèle a de son lait nourri sur les hauts lieux^ poète ! ô géant à l'étroit dans les villes, Coursier impatient des entraves civiles^ Contre Thomme et ses dieux ta vie est un combat^ Et THercule vulgaire est fier quand il t'abat; Car de son corps stupide^ animé par la rage.
Souvent la pesanteur prévaut sur ton courage.
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Et toi^ par la douleur et la honte affaibli^ Tu roules sous ses pieds^ dans Therbe enseveli^ Pouvant à peine, hélas ! jusqu'aux forêts obscui'es Ramper pour 7 mourir, en cachant tes blessures. L'homme alors, f infligeant son rire âpre et moqueur. Dit qu'un monstre est dompté par Hercule vainqueur.
Mais sitôt que, touchant la terre maternelle. Ta poitrine meurtrie a palpité contre elle, ^ Que ta bouche, appliquée à son sein toujours vert, A bu dans une fleur la sève du désert ; Sitôt que la nature, avec toi seul à seule.
Baise ton front saignant de ses lèvres d'aïeule, prodige I ton corps se dresse, et, rajeuni.
Dans tes veines tu sens circuler Tinûni.
Des fluides divins, cachés dans la rosée.
Ton âme s'est nourrie et s'est cicatrisée; Et tu vas fièrement à des combats nouveaux, sublime vaincu! défier tes rivaux.
Ta mère t'a vêtu d'une armure céleste; Rapide, tu brandis tes poings couverts du ceste ; Tes bras sur le vainqueur, dans sa gloire troublé. Frappent comme un fléau sur la gerbe de blé ; Et le monde, étonné de ta métamorphose.
Voit fléchir sur ses reins le lutteur de la prose.
Puisque ainsi, créatrice à chaque embrassement^ La nature te fait revivre en un moment, Puisqu'eUe t'a livré le secret de ta force, D'un ennemi rusé, poëte, fuis l'amorce. Quand tu veux résister à notre âge d'airain, Combats dans le désert : c'est là ton vrai terrain^ Car du sol immortel où tu puises ta s^ve Si le hasard t'écarte, et si l'homme t'enlève.
Si rhohime est assez fort pour l'allirer uii peu Hors dû sein maternel où tu respires Dieu^ Poëte, c'en est fait, tu n'auras plus d'haleiile. Et l'Hercule au front bas t'étouffera sans peine ; Gomme un enfant romprait ta flûte de roseaux, Sur son genou de pierre il brisera tes os.
Donc, reste, pour livrer cesi}atailles si rudes.
Plongé datis la nature, ô fils des solitudes I
Suis ses divins conseils, qu'ici nous oublions ;
Va dans l'aire de l'aigle et l'antre des lions.
Dans les grottes des sphinx qui pour l'homme sont closes.
Te nourrir, ô géant> de la moelle des choses 1