DANS LES ROSEAUX
Si je brise un jour mes chaînes^ Je veux m'enfuir vers les eaux;
MieuiL que les nids sur les chênes^ Mieux que les aires hautaines^ J'aime un nid dans les roseaux.
J'aime une terre mouillée Par un lac profond et clair ; Pour tenir Tâme éveillée, 11 faut que, sous la feuillée.
Les eaux chantent avec Tair.
S'il n'a point de rive humide.
Je fuis un site admiré.
Comme un front pur et sans ride.
Mais dont l'œil serait aride Et n'aurait jamais pleuré.
La coUhie la plus verte.
Si l'onde n'est son miroir, Est comme une âme déserte, A^ qui jamais n'est ouverte Une autre âme pour s'y voir,
Otez les flots à la terre, La terre sera sans yeux.
Et jamais sa face austère.
Pleine d'ombre et de mystère.
Ne réfléchira les cieux.
Dans ton cœur si quelque chose Bat des ailes pour voler.
Désir ou douleur sans cause.
Musique ou parfum de rose Qui demande à s'exhaler;
Si tu nourris d*une flamme Le souvenir ou Tespoir, Si l'image d'une femme
Pleure ou sourit dans ton âmc^ Près d'un lac il faut l'asseoir.
Écoute, si le flot chante ; Si l'eau dort, regarde au fond ; Miroir où l'azur t'enchante, Écho d'une voix touchante.
Toujours l'onde te répond.
Les plaines ont l'alouette, La montagne a l'aigle roi.
Les jardins ont la fauvette; Mais, ô lac, le doux poète Et le cygne sont à toi!
Si je brise un jour mes chaînes.
Je veux m'enfuir vers les eaux ; Mieux que les nids sur les chênes.
Mieux que les aires hautaines.
J'aime un nid dans les roseaux.