‹ PsychiatrieChapitre 2 sur 16 · AVANT- PROPOS. V · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS. V

interprétation, on ne peut puiser les phénomènes morbides dans des données scientifiques théoriques; mais, il faut — sur nos connaissances — établir l'interprétation des phénomènes. La première partie de ce livre découle de la seconde ou partie clinique, et le choix des sujets traités dans la première partie répond à la nécessité d'expliquer, de comprendre les symptômes cliniques. Le point de départ est la clinique; c'est là, peut-être, ce qui fera de cet écrit, une œuvre neuve et utile.

A cause du long intervalle qui a séparé la composition du commencement et de la fin de ce livre, on comprendra que, en certains endroits, j'ai dépassé les limites dans l'exposition anatomique du cerveau. Je n'ai pas adopté de méthode nouvelle, mais j'ai repris avec plus de soin et de précision la méthode des défasciculations de mon prédécesseur que l'on aurait tort de remplacer par l'étude de la mosaïque des coupes. Cette méthode peut donner les mêmes renseignements que la seconde et permet en outre, de pénétrer la structure fine de. cerveau dans des limites que la méthode des coupes n'atteindra pas. A la fin de l'ouvrage, on trouvera les transformations et les compléments dus à mes travaux et à ceux des divers auteurs. Les résultats les plus importants, en ce qui me concerne, ont trait à l'origine corticale et à l'origine ganglionnaire du pied du pédoncule et à leur participation dans la formation des pyramides. On tiendra compte, pour ce qui concerne l'estimation de la masse crânienne totale, que le chapitre sur la crâniologie pathologique était écrit dès l'année 1880.

Partant des considérations anatomiques , je n'ai pas voulu exclusivement les appliquer à la structure cérébrale comme base des types cliniques, mais j'ai recueilli tout signe morbide chez le malade et j'ai cherché à en tirer profit. Cette réflexion s'applique même aux phénomènes physiognomiques dont on dédaigne trop l'importance pour le diagnostic Ainsi le rire, fréquent chez des malades frappés de stupeur et atteints de dispositions maniaques, n'empêche pas de ranger cette maladie dans la mélancolie.

Peu satisfait des statistiques qui supposent une disposition

VI AVAXT-PROI'OS.

héréditaire et prennent les parents en trop grande considération, j'ai rejeté l'étude de ces prédispositions . après les maladies et, avant tout, j'ai cherché les manifestations anatomiques. Moins que de coutume, je me suis contenté de la notion vague des prédispositions et j'ai cherché, sur le malade, la démonstration des dispositions anatomiques. Et je ne me suis pas seulement adressé aux formes extérieures mais j'ai étudié tous les rapports et proportions anormaux des organes et du corps. Dans une publication datant de 1878, j'ai déjà montré combien, pour la nutrition et l'excitabilité cérébrale, il existe de relation entre les poids du cerveau et du cœur. Les études importantes de Beneke et Thomas sur la grandeur et le poids des organes, me semblent fournir des fondements bien solides pour établir, sur une base plus sûre, la doctrine des prédispositions, au point de vue anatomique.

Pour ce qui dans les prédispositions, se rapporte surtout à l'hérédité qui — étudiée avec sagesse — conduit à la supposition des pensées et qui, cliniquement, a conduit à la doctrine d'une folie morale, j'ai cru nécessaire d'aborder la discussion des vues de Darwin sur la transmission de capacités acquises, comme déjà l'avaient fait Dubois et Weismami. Il serait par trop facile de considérer la morale comme un des talents, un des dons de l'homme appartenant à tel homme comme une possession psychique transmise et manquant à tel autre en vertu d'un défaut psychique transmis. Au contraire, les paroles de Weissmann sont très vraies : (( Les talents, les dons ne reposent pas sur la possession d'une partie spéciale du cerveau ; ils ne sont pas quelque chose de simple mais sont les résultats combinés de dispositions intellectuelles de natures diverses. »

De même que la doctrine mal appliquée des prédispositions héréditaires conduit, trop souvent, au doute sur la santé psychique, de même il faut craindre que la considération exagérée de défauts d'organisation physique, dans le sens des prédispositions, n'amène à une semblable erreur, Un médecin réfléchi ne

AVANT-PROPOS. Vil

versera pas dans de telles erreurs, il distinguera entre les « appelés » épargnés par la maladie, et les « élus » dans le triste sens du mot, bien moins nombreux que les premiers, pour le bonheur de l'humanité ; il ne voudra pas resserrer le vaste domaine de la santé relative. Espérons que des recherches méthodiques dans cette direction nous apporteront la lumière et établiront les vraies limites. Puisse-je n'y avoir pas travaillé en vain !

Theodor Meynert.

Vienne, Autriche 1884,

Il y a peu de temps encore, on croyait que les Branchiostomes n'avaient pas de cerveau.

La moelle épinière de YAmpliioxus lanceolatus, au lieu de se terminer par un renflement, possédait, croyait-on, une extrémité antérieure effilée. Rohony démontra la vésicule cérébrale chez les Branchiostomes. Dès lors, sans exception, les vertébrés devaient être considérés comme des animaux à myélencéphale. Mais la masse du cerveau antérieur — partie principale de l'encéphale de l'homme — perd tellement de son importance dans les cerveaux élémentaires de certains mammifères que, en somme, elle ne dépasse pas, chez eux, l'ensemble des autres parties du cerveau. Dans le développement du cerveau au dépens du canal médullaire, le cerveau antérieur est une production de la vésicule cérébrale antérieure, une formation secondaire produisant les vésicules liémisp lier iq lies. Cette formation est paire et symétrique, siégeant sur les côtés de l'axe de développement.

La fia;. 1 nous montre, par une flèche, f. cerveau antérieur, z.cer.

^ ^ , / . . veau intermédiau'e. F-

1 ouverture de communication , dirigée en communication entre le

vôntriculG CGntml Gt Igs

dehors, entre la vésicule cérébrale anté- ventricules latéraux, m.

, , ,.!,,.,,. . , Cerveau moyen. H. Cer-

rieure et la vésicule hémisphérique située veau postérieur. a^. Arrière

1 » , , 1 , , . I 1 , cerveau. (Reichert).

sur le cote du cerveau antérieur. Les denominations que Cari. v. Baer a données aux différentes parties, nous guideront le plus parfaitement. Nous distinguons, faisant suite à la moelle épinière , V arrière-cerveau (tig. 1. M. moelle allongée), puis le cerveau postérieur uni à la paroi postérieure du ventricule de l'arrièrc-cerveau par la valvule du sinus rhom-

Loïdal. Au sommet de cette série de dilatations se trouve le cerveau moyen (M. tubercules quadrijumeaux). Une partie de la vésicule cérébrale antérieure se trouve logée entre le cerveau moyen et les vésicules hémispbéricjucs : c'est le cerveau intermédiaire correspondant à la région des couches optiques (Z). La vésicule hémisphérique forme le cerveau anté- ^Zr^gioTlionuae. riciiT (Y). D'abord le cerveau antérieur (V) pair F^?trv!lntérieur. fomic unc portiou pcu importante du cerveau z.'cerv. intermédiaire f^gta] commc il apparaît dans cet aspect frontal

M. Cerv. moyen. ' ^ i f^

iv. Arrière-cerveau, (^y ccrvcau (fig. 2). Lc ccrveau moycu, Ic ccr-

veau intermédiaire et le cerveau antérieur s'y montrent étages.

Par suite d'une forte incurvation de l'axe, autour d'un diamètre

transversal idéal, on voit, en bas, l'arrière-cerveau former la branche postérieure de l'arc de courbure.

Une coupe horizontale à travers le cerveau (fig. 5), comparable, sauf à la renverser, à la fig. 5 que nous verrons plus loin, laisse voir la face extérieure convexe du cerveau, d'abord simplement en forme de lentille, à une autre phase du développement. La surface, autrefois en forme de bouclier, est

Coupe longitudinale Iwrizontale crCUSéc VCrS Ic milicU dc la loU^UCUr

à travers le cerveau d'un fœtus, , ^

d'après Hiss. du ccrvcau antérieur (S), qui, en ar-

T. F. Cerv. antérieur, a corne anté- .^ . . »v i • • i

rieure. p corne postérieure du riCrC , attCUlt USqU a la UlOltlé du

vôiitriculG l3.tGr3.1 S Fossg dô

syivius, face externe de la région ccrvcau intermédiaire. Cette dépres-

ganglionnaire du cerveau anté- . .in • •.• i i i

rieur. Z. Cerveau intermédiaire. SIOU CSt la tormc lUltialC dc la SClSSUre

m troisième ventricule. Derrière ici- r\ •. n

celui-ci une coupe du cerveau ClC bylVlUS. Un y VOlt qUC 1 aCCrOlSSC-

moyen entourant l'aqueduc de ^, „ . „ ' • i i ' ■ i i '

Syivius. La délimitation du cer- ment cu cpaisscur de la vésicule he-

veau moyen en arrière s'explique „^:„,^i, '„•„ „ •„ ^ • i j. • i

parla courbure. (Fig. 4;. mispheriquc, vis-a-vis du vcntricule

latéral, s'est fait vers le centre de façon que, entre la corne antérieure et la corne postérieure, s'avance la région des ganglions qui, par une différenciation plus tardive, forme le noyau lenticulaire et le corps strié. L'acroissement s'est prononcé vers le centre, il est resté proportionnelle-

ment en retard vers l'extérieur. Tandis que la portion antérieure et la portion postérieure de la convexité du cerveau antérieur, se développent vers l'extérieur pour former l'écorce grise et sa substance médullaire, laissant vers le centre s'engager une formation ganglionnaire ; la région intermédiaire ou moyenne de la surface s'enfonce (S). Ainsi se constitue la scissure de Sijlvius dont la paroi externe, l'écorce, représente l'insula.

Dans cette figure, on voit aussi comment la corne antérieure et la corne postérieure {a, p) du ventricule latéral s'ouvrent largement dans la cavité delà vésicule cérébrale primitive.

La paroi interne (médiane) du cerveau antérieur doit entourer, en forme d'anneau, cet orifice de communication. Dans la partie moyenne de la paroi externe du cerveau antérieur, s'est développée une dépression — fossa Sylvii (scissure de Sylvius). La paroi interne forme un anneau autour delà cavité cérébrale. La partie postérieure de la paroi médiane constitue le trigone s'élevant de la corne d'Ammon entre S et Z, dont les régions correspondent au corps strié et à la couche optique.

La convexité supérieure est aplatie. La portion descendante du trigone est comprise dans la paroi antérieure de la vésicule cérébrale antérieure. Le trigone délimite la cavité de séparation du cerveau antérieur avec le cerveau intermédiaire, cavité qui se comble par la croissance de la couche optique et se transforme en une fente (fente cérébrale), qui, en avant, présente toute Surface convexe du la vie sa plus grande ouverture (trou de Monro). La pa- y cervf antérieur. S.

roi supérieure du cerveau intermédiaire se compose Fossa Siivu. Z. Cer-

^ ^ veau intermédiaire.

simplement du recouvrement du troisième ventricule, M. cerveau moyen.

H Côrv iDostériGur.

qui se continue dans le bord arciforme provenant de la ivàrrièr'e-cerv. sous

paroi antérieure du cerveau intermédiaire, c'est-à-dire cerTOau\n°érieurte le fimbria (bandelette de l'hippocampe). trouve le lobe olfac-

Le plexus choroidien moyen (plexus chorioideus médius) contenu dans cette cloison supérieure, en traversant le trou de Monro, vient former les plexus des ventricules latéraux. La voûte à trois piliers est réellement la ligne de démarcation du cerveau antérieur ; après laformation du septum et du corps calleux, \q gyrus fornicatus[\) devient un ourlet ou mieux un bord libre secondaire de l'écorce cérébrale. On voit dans la fig. 3

(1) Nous renvoyons le lecteur, dès maintenant, à un article de P. Kéraval : La synonymie des circonvolutions cérébrales . Cette étude lui sera très utile pour la lecture de la ire partie de rouvrage de Meynert. N. d. T.

que la paroi liémispliérique externe s'accroissant de la fosse de sylvius vers le centre (ganglions du cerveau antérieur), vis-à-vis de l'anneau de la cloison interne, vient combler l'oriflce des ventricules latéraux, au début, largement ouvert. A cause du développement du cerveau antérieur en arrière, sur des coupes horizontales dans un stade plus avancé, le corps strié et la couche optique au lieu d'être situés l'un derrière l'autre, paraissent l'un à côté de l'autre, de dehors en dedans.

La situation respective des trois vésicules cérébrales est le résultat de plusieurs incurvations du canal médullaire (fig. 4) : au passage de la moelle épinière dans l'arrière cerveau se trouve l'angle de la nuque (convexe en arrière); à l'union de l'arrièrecerveau et du cerveau postérieur se trouve l'angle de la protubérance (convexe en avant) et au niveau du cerveau moyen, l'angle pariétal. Dans le sinus, formé par cette dernière courbure, se termine la corde dorsale (chorda dorsalis).

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