SCIENCES ABSTRAITES
A partir du moment où l* abstraction est trop faible pour permettre des essais de déduction a priori, Vesprit imite du moins Vopération devenue impossible, en disant : ceci sera toujours ainsi parce que ce fut toujours ainsi, ou parce que je ne vois rien qui puisse Y empêcher d*être ainsi. Or il se trouve que cette audace (appelée généralisation ou induction) réussit, et que le fait continue réellement de se produire, comme si Vaffîrmation hypothétique était vraie. Une induction est donc bien une hypothèse qui étend notre pouvoir au delà même de notre connaissance.
La philosophie agite la question de savoir s'il ny aurait pas moyen de tenir pour vérités définitives les grandes hypothèses touchant V univers, la destinée humaine et Dieu : cest une noble recherche, et nécessaire même si elle n aboutit pas. Car il importe de connaître exactement les limites du savoir humain. Mais tandis quelle s'efforce vers une solution peut-être impossible, la science positive et la bonne volonté morale se mettent à Vœuvre comme si la question était résolue. Ce qui soutient le savant et Vhomme de bien dans la demi-obscurité où, ils travaillent, cest la foi au progrès vers plus de lumière et plus de justice.
La plupart des hommes cherchent l'unité dans la certitude. Ils sont dogmatiques et ils veulent être logique^. Quels objets satisfont ce besoin, et à quelles conditions?
La certitude parfaite serait celle qui serait constituée tout d'un coup, sans le secours de l'expérience. Car l'expérience est longue, et toujours douteuse. Qui sait si ce qui a élé aujourd'hui sera encore demain, quel que soit le temps^ pendant lequel l'expérience s'est renouvelée? L'idéal est pour l'homme de trouver une suite de vérités telle qu'elles dépendent nécessairement les unes des autres, de façon que la pensée passe d'une vérité à une autre puis à d'autresplus éloignées en appuyant sur chacune les suivantes. Lorsque cette chaîne peut être établie sans aucune vérification expérimentale, c'est une déduction pure. Or sur un