Sainte Claire Deville, célèbre chimiste
2. Leibnitz (i 646- 171 6), grand philosophe allemand et savant illustre, inventeur du calcul difTérentiel.
l'hypothèse 24i
une vérification possible; et pourtant, pourvu qu'elles partent d'une pensée au courant des travaux actuels, elles peuvent avoir une incalculable influence sur les progrès des sciences, entant que matières à suggestions. Si l'on s'affranchit du prestige que leur donne le caractère grandiose de toute spéculation métaphysique, surtout lorsqu'elle se revêt de termes scientifiques et lorsqu'elle s'approprie l'allure de la science positive, on aperçoit sans peine ce que les hypothèses ont de hasardeux, d'invérifiable, et aussi de trop symétrique, de simpliste. Aussi leur mérite est-il ailleurs ; elles ne peuvent prétendre elles-mêmes à être des véritcs, mais elles peuvent devenir génératrices de vérités. Et de fait l'hypothèse de Laplace sur l'origine du système solaire, l'hypothèse de l'unité et de la corrélation des forces physiques, l'hypothèse évolutionniste ont eu et ont la plus féconde influence sur le progrès des sciences dont elles ne peuvent pourtant attendre aucune confirmation absolue.
11 faut donc distinguer entre les hypothèses celles qui sont susceptibles de preuve expérimentale et celles qui ne peuvent jamais être complètement vérifiées et qui sont cependant les plus fécondes.
De plus les hypothèses sont multiples, varient avec les sciences. Le résultat le plus général de l'enquête sur la nature a été que la nature n'est pas faite d'une étoffe unique. Plus la connaissance du réel s'est approfondie, et plus les chercheurs ont été amenés à y délimiter différents domaines. Chaque science est un point de vue spécial sur la nature. C'est ainsi que la physique et la chimie supposent que dans le monde le présent dépend du passé, que tout y est uniformité dans la succession ou équivalence dans la durée, c'est-à-dire inerte et sans pensée — au moins en apparence. Le biologiste suppose au contraire que les êtres vivants sont des organismes, sortes de systèmes clos mus par une idée directrice, qui est de réaliser leur vie individuelle et leur type spécifique. Si même il n'admet pas un
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a^2 SCIENCES ABSTRAITES-CONCRÈTES
plan providentiel ou préconçu, s'il admet que l'état actuel de la nature résulte d'une évolution naturelle, encore cette évolution a-t-elle pour cause, selonlui, la lutte des êtres vivants entre eux, la survivance des plus aptes. Or cela suppose en chaque être une volonté d'être, une pensée obscure. Et peutêtre cette hypothèse implique-t-elle que le monde lui-même considéré comme un tout est animé du même besoin de vivre, de sorte que tout l'univers apparaît comme mù par un instinct, une pensée. Conception étrangère aux sciences physicochimiques. Chaque science a donc ses notions propres. Le progrès a été dans le sens d'une division du travail scientifique. Gela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de relations entre les sciences ; au contraire les points de contact se multiplient entre elles, mais leur unité est celle d'une solidarité entre individualités autonomes. Le physicien, le physiologiste s'entr'aident, mais ils ne confondent pas leur objet. Le physiologiste utilise la physique, il pense cependant en physiologiste. Il faut dire plus. Si l'on envisage à part l'une quelconque des sciences de la nature, on s'aperçoit que sa méthode n'est pas simple. La physique n'est pas tout d'une pièce, elle se ramifie à son tour en rameaux multiples. Certes la science moderne cherche à unifier les diverses espèces de phénomènes physiques. Travail^ chaleur, lumière, électricité, etc., sont à ses yeux, en des espèces diverses, la monnaie d'une seule et même énergie. Mais elle n'en rétablit pas moins la diversité, lorsqu'elle est obligée de parler de qualités supérieures et de qualités inférieures d'énergie. La somme d'énergie que l'on inc donne sous forme de travail et que je transforme en lumière à l'aide d'un dispositif approprié ne passera pas intégralement en lumière. Il y aura un déchet. De même si avec de la chaleur je produis du travail, je devrai dépenser plus de chaleur que je ne recueillerai de travail. C'est que, dit la physique moderne, le travail est une forme de l'énergie de qualité supérieure. Même pour la physique, la plus mathématique des sciences naturelles, la nature n'est pas faite d'une étoffe unique.
l'induction. — LA. LOI ET LE FAIT 3^3
mais d'une multiplicité d'étoffes différentes chacune de chaque autre.
La division générale des sciences de la nature et les divisions particulières dans l'intérieur de chacune de ces sciences n'ont pas été faites d'avance, mais c'est la science en voie de formation qui, au fur et à mesure de la recherche, a enseigné d'elle-même à les faire. Les divisions, toutes générales qu'elles sont, montrent déjà combien la réalité est chose différente de notre logique. Ce que poursuit notre logique, c'est la simplicité stricte, la symétrie à outrance, l'unité sans merci. Or, dès le premier pas, l'examen du réel nous révèle que le souci de la logique en est absent. La nature ne se soucie pas plus de satisfaire que de contredire la logique. Elle se prête à une lecture méthodique, à une mise en ordre, mais c'est à la condition que, de son côté, la pensée fasse une série de concessions et complique ses méthodes à mesure qu'elle veut enserrer le réel de plus près. Une multiplicité de domaines indépendants, une hiérarchie "d'étages superposés, voilà ce qui frappe dès l'abord le regard qui se porte sur les sciences de la nature. C'est pourquoi ■celui qui est épris de vérité physique a besoin, pour commencer, de se déprendre de ses ambitions systématiques, c'est pourquoi le mathématicien est en général mauvais expérimentateur, et l'expérimentateur se méfie du mathématicien.
L'esprit ne peut donc toujours unifier ses déductions : et ■c'est là un premier obstacle à l'esprit systématique. Il ne peut même toujours déduire. Il se borne à affirmer des lois, sans les rattacher les unes aux autres. Il dit : ceci sera toujours ainsi, parce que ce fut toujours ainsi, ou parce que je ne vois rien qui puisse l'empêcher d'être ainsi.
Qu'est-ce qu'une loi?
Un fait se produit : on le constate : est-ce là une vérité? non, car d'abord il y a bien des manières de faire une <x)nstatation, de dresser procès-verbal d'un fait et ces manières sont loin d'être toutes scientifiques. Mais ce n'est