‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 107 sur 150 · SCIENCES CONCRÈTES · texte numérisé non relu

SCIENCES CONCRÈTES

tout des sciences de rhomme, car dans Thistoire des hommes ou des sociétés un fait ne se renouvelle pas identique à lui-même, de sorte que la formule de Tun ne peut s'appliquer à l'autre. C'est ici le domaine des recommencements perpétuels.

C'est pourquoi on a pu se demander s'il y avait place en histoire pour des explications. On a vu de nos jours V école du document. Toutes les archives sont dépouillées, toutes les inscriptions anciennes déchifl'rées. On veut accumuler les matériaux pour une œuvre qui ne se fera peutêtre jamais. Si l'historien peut prétendre à des explications» c'est à des explications de détail. On sait comment est née telle institution, comment s'est produit tel événement historique, mais on ne connaît pas la ccTurbe générale des institutions, des événements. Fustel de Coulanges, l'auteur d'une vaste synthèse qui s'appelle la Cité antique, se borne, à la fin de sa vie, à des études fragmentaires.

Le fait historique ou social cesse même d'avoir le caractère objectif du fait scientifique. Les phénomènes physiques sont connus directement par l'observation et l'expérimentation, le physicien et le naturaliste peuvent le plus souvent les vérifier en provoquant leur réapparition : les faits qu'envisagent les sciences morales ne se produisent qu'une fois et ne réapparaissent jamais plus. Les événements historiques ne sont connus directement que de ceux qui y ont pris part ou qui y ont assisté ; or ce sont précisément ceux-là qui ne sont guère capables d'en apprécier le sens ou la portée» « Le regard que nous jetons sur les choses présentes, dit Fustel de Coulanges, est toujours troublé par quelque intérêt personnel, quelque préjugé ou quelque passion. Voir juste est presque impossible. S'il s'agit au contraire du passé, notre regard est plus calme et plus sûr... Il est fort rare qu'un grand fait ait été compris par ceux-là mêmes qui ont travaillé à le produire. Presque toujours chaque génération s'est trompée sur ses œuvres. Elle croyait viser à un but et c'est à un but tout autre que ses efforts l'ont

l'induction. LA LOI ET LE FAIT 2^7

conduite. Il semble qu*il soit au-dessus des forces de l'esprit humain d'avoir l'intuition nette du présent. » Les sciences morales ne peuvent pour cette raison se contenter d'emprunter les faits qu'elles étudient à l'observation directe de la vie morale, psychologique, sociale contemporaine. C'est dans le passé qu'elles vont chercher les faits.

Le témoignage, mode indirect de connaissance, remplace donc dans les sciences morales l'observation et l'expérimentation directe dont font usage les sciences physiques. Or le témoignage a besoin d'être discuté, critiqué, c'est un signe qu'il faut interpréter, de sorte que l'on ne peut observer le passé, on le reconstitue, et pour le reconstituer il faut le revivre, en retrouver l'âme. On a dit à cause de cela que l'histoire était une résurrection. Ce qu'on appelle un fait historique n'est dès lors qu'une impression historique. Raconter des faits, cela consiste pour Michelet à évoquer la vision d'une époque, à vous en suggérer l'âme. L'analyse des documents, le récit peut ici servir. Mais cela ne sufiit pas. Comprendre une époque ou un homme c'est imaginer ce que l'on ferait à sa place, et on n'imagine cela qu'on évoquant ses sentiments. Car les éléments d'une passion ou d'un caractère ne sont pas toujours possibles à dégager, et peut-être n'existent-ils pas. Il faut donc vivre les sentiment s pour en mesurer les effets possibles. C'est pourquoi l'historien peut être un artiste : tel Michelet. Il doit imaginer et exprimer les choses dans leur individualité concrète.

Mous avons suivi les elforts de l'esprit pour s'adapter à ce qui est. Les différentes intelligences trouvent dans la nature à s'exercer : il y a des sciences abstraites, la logique, les mathématiques ; il y a des sciences abstraites-concrètes, la géométrie, la mécanique, la physique, la géologie; il y a des sciences concrètes : les sciences de la vie, la science de l'homme. Celles-ci nous approchent de la réalité complexe toile qu'elle apparaît à l'artiste, à l'homme d'action, à riiomme de bien. Mais partout l'esprit a besoin de toutes sî's ressources :

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