I. Racine, Andromaque, II
L\ FEMME a'jS
deur que le précédent. Mais le sentiment prédomine encore; l'inquiétude, les craintes fantastiques assiègent la femme aimante quand celui qu'elle aime est loin.
C'est une force, une lumière môme parfois dans la vie que le sentiment arrivé à ce degré. La passion est la source des sacrifices absolus et aveugles. La passion est révélatrice. Alors qu'une âme du point de vue de la justice stricte apparaît perdue, celle qui aime en devinera les trésors cachés, ou, en la voulant, en la supposant pure, la purifiera. L'homme se conduit en vertu de règles abstraites, mais ces règles sont souvent des schèmes qui traduisent seulement le contour de la vie. La bonté, le contact d'âme à âme fait apparaître à la lumière les germes enfouis. Le sentiment s'accompagne de cette intelligence presque inconsciente qui s'appelle le tact, le sens de la vie, des choses du cœur.
La femme qui rattache ses sentiments à des idées est un. type fréquent encore, quoique moins commun. Le sentiment, chez les précédentes, n'était corrigé par aucune idée supérieure, elles étaient toutes spontanées, toutes de premier mouvement. Au contraire chez la femme « épouse et mère », le sentiment est transfiguré par l'idée sociale, morale ou religieuse. La maternité brutale s'imprègne de l'idée d'un ordre, s'éclaire d'un idéal, mais d'un idéal qui ne se formule pas, qui fait corps avec la vie, plutôt senti que conçu. Telle est Henriette dans les Femmes savantes.
Les Henriettcs ne sont pas ordinairement fort instruites, cultivées :
Je sais peu les beautés de tout ce qu'on écrit. Et ce n'est pas mon fait que les choses d'esprit.
Elles apportent dans la vie de l'intelligence, de la décision. Leur audace pratique peut être extrême. Que d'hommes auraient ignoré leur valeur, n'auraient osé la déployer, sans l'encouragement d'une mère, d'une femme ! Mais ce ne sont pas des intellectuelles.
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274 l'éducation de l'espeit
La femme dont nous allons esquisser maintenant le portrait s'intéresse aux choses de l'esprit, mais est encore comme étonnée et inquiète des premières lueurs de la pensée. La femm€ a été longtemps tenue en tutelle, dans l'ignorance d'elle-même et du monde : de là quelque gaucherie, quelque chose d'un peu superstitieux dans la crainte et le respect.
La femme, élève fait preuve d'ordinaire d'une docilité intellectuelle extrême. En classe, les jeunes filles écoutent avec une attention scrupuleuse, et mettent tous leurs soins à prendre des notes. Ellesn'osent pas être elles-mêmes. Une timidité leur vient en face des choses de l'esprit.
Les femmes ont une remarquable aptitude aux mathématiques : les juges des premiers concours féminins en ont été frappés. C'est là un trait d'infantilisme ; l'esprit logique est presque tout entier formé chez l'enfant. L'intelligence féminine est encore peu sûre d'elle-même, elle a besoin d'être soutenue par un intérêt immédiat ou de se mouvoir dans des limites bien tracées. Les femmes peuvent raisonner dans l'abstrait ; ce qui leur manque c'est l'audace méthodi- <jue de l'expérimentateur, cette intelligence souple qui, pour observer la réalité, la suit de très près et se modifie avec l'expérience. Ce qui leur manque encore c'est le courage d'envisager en face la vérité toute entière. Elles sont timides en philosophie, en religion. Ce ne sont pas elles qui font les schismes et les hérésies, elles sont traditionalistes éminemment. Ou lorsqu'elles s'avisent d'être révolutionnaires, c'est avec cette raideur, cette intransigeance qu'elles apportent dans la passion. Elles n'ont pas encore la souplesse de l'esprit positif. Les idées scientifiques prennent dans leur esprit comme un caractère religieux. Ce ne sont pas elles qui remettent en question les vérités provisoires, elles n'ont pas le sentiment de la relativité des vérités, elles ont de la peine à considérer une vérité comme partielle, elles en font un absolu. De là le pedantisme des femmes savantes. Les pédantes sont des femmes ivres de leur science nouvelle, pour