‹ Psychologie appliquée à la morale et à l'éducationChapitre 12 sur 150 · I. Voir les Pages choisies de J.-J. Rousseau (Colin · texte numérisé non relu

I. Voir les Pages choisies de J.-J. Rousseau (Colin

veiller sans relâche jusqu'à ce que Tacte dicté par la raison soit consommé. L'acte accompli, je ne suis pas même assuré du répit ; la rechute me guette ; et aussi l'inquiétude, le doute» accompagnements naturels de la réflexion ; mon sacrifice n'a-t-il pas été en pure perte ? Ai-je bien connu mon devoir ? Contre ces troubles, ces angoisses, seule me soutient la raison morale impassible.

Faut-il donc immoler la nature à la réflexion ? On a vu dans le précédent chapitre, à propos d'un cas particulier, quand elle s'applique exclusivement à la vie intérieure, quel abus on peut faire de la réflexion. Il importe de poser la question dans sa généralité. On a glorifié l'inspiration, l'instinct divin, toutes les formes de la spontanéité; on a glorifié le vouloir, l'intelligence réfléchie, la méthode : il est mieux d'en marquer les relations sans amour et sans haine. L'écueil de la vertu c'est la tension stoïque, l'orgueil de ne rien laisser à l'inspiration, de tout devoir aux principes; c'est là ôter à la moralité sa grâce, le charme du naturel, de l'abandon, l'allure bon enfant. Certes la vertu n'est belle que si elle n'attend aucun payement, que si elle ne craint pas d'être dupe. Mais ce n'est pas à dire cependant qu'il n'entre aucun élément sentimental dans l'action morale ; pour agir moralement il faut sans doute éliminer la joie qui est complaisance en soi-même, mais il y a dans l'acte désintéressé le dégoût, l'horreur de toute autre action ; il y a de plus la joie de s'agrandir, de s'accroître — car on sort alorsdès limites de sa pauvre personne — et par là de se libérer. Car c'est être esclave que d'être limité à l'espace resserré où se meut l'égoïsme. On respire, on se meut à l'aise dans le champ ouvert du sacrifice.

La vertu est l'œuvre de la volonté, mais d'une volonté qui s'aide de la nature. La volonté, la réflexion, la méthode qui prétendent suppléer à l'inspiration sont gauches et impuissantes. Mais l'esprit inconscient de lui-même c'est Tincohérence, le chaos. C'est une pensée nouvelle dont la force

l'attention aS

s'ajoute à la première que la prise de conscience d'une pensée par elle-même. Il y a un moment où le génie se connaît trop distinctement ; il s'imite alors, son art se tourne en procédés. Mais il y en a un où le génie tout d'abord instinctif et s'avançant comme dans un rêve trouve sa voie et sa formule. C'est celui des grandes créations, de l'orgueil conscient et fécond.

Ni dans l'état de spontanéité ni dans l'acte de la réflexion la conscience n'est uniformément claire. Nous avons vu plus haut qu'il y a des états subconscients. Lorsque dans le flux de la conscience un fait ou un groupe de faits émerge, on dit qu'il y a attention. La conscience offre à l'état normal l'apparence d'une masse confuse d'où se détachent en relief un certain nombre de faits saillants représentatifs de tous les autres. Un psychologue américain, M. Titchener, figure de la façon suivante la conscience continue inattentive et la conscience attentive.

Conscience attentive

Conscience inattentive

On distingue Vattentlon spontanée et Vattention réfléchie. L'attention est spontanée quand elle est provoquée par une excitation. L'attention spontanée est en somme le sentiment de la surprise. L'attention est réfléchie quand au contraire notre pensée va au-devant d'un objet matériel, situé dans l'espace, ou idéal saisi par la conscience, afin de le fixer. L'attention réfléchie n'est que la réflexion localisée.

Cette distinction courante a besoin d'être interprétée : l'objet n'est pas seul cause dans l'attention dite spontanée. Notre nature collabore avec l'objet. Placés dans un même milieu, deux individus ne voient pas les mêmes choses. Un objet ne fait impression sur moi que s'il intéresse à quelque degré mes besoins, mes goûts ou mes idées. Il ne suffit pas d'avoir beaucoup voyagé pour avoir beaucoup vu. Il faut posséder par devers soi un trésor de sentiments, de connais-

a4 FORMES GÉNÉRALES DE LA VIE CONSCIENTE

sances suffisant pour qu'un grand nombre d'objets ou d'événements trouvent en nous où se prendre. Quand on fait vibrer un son h côte d'un piano, une espèce de sympa ibie met en branle toutes les cordes capables de vibrera l'unisson de cette note ou d'une manière harmonique. De même nous cueillons dans les divers milieux que nous explorons ce qui fait vibrer notre intelligence et notre cœur. Ce n'est pas celui qui a vécu le plus longtemps qui a toujours le plus d'expérience ; c'est celui qui a offert aux choses une surface plus large et plus sensible. Notre expérience, c'est en définitive non pas ce que la nature nous a présenté, mais ce que nous avons su y choisir. En apparence passive, rexpérience est déjà en réalité l'elfet d'un choix. Les organes des sens sont assurément comme des instruments enregistreurs, mais de même qu'un thermomètre n'enregistre pas des pressions ni un baromètre des températures, ainsi les yeux, les oreilles, choisissent ce qu'ils ont à enregistrer, conformémçnt à tel ou tel besoin de l'esprit. Ce sont comme des bureaux d'information toujours ouverts, et pour ainsi dire des pièges toujours tendus, où viendront se prendre les couleurs et les bruits. La nature matérielle est composée d'une multitude inépuisable d'énergies, qui ne diffèrent entre elles que par leurs effets et par leur forme. Nous n'avons pas des sensations pour nous informer de chacune de ces énergies. Nous ne disposons que d'une gamme restreinte de sensations, et la plupart des forces naturelles nous traversent sans nous affecter. Parmi le champ infini des énergies de la nature, la conscience en cueille çà et là quelques-unes, et les autres sont pour elle comme si elles n'existaient pas. La matière, organique tout aussi bien qu'inorganique, est parcourue en tous sens par des forces qui n'ont pas toutes leur traduction en langage de conscience. Ainsi de ces rayons du spectre solaire qui se révèlent seulement par leurs effets chimiques*.

I. Le nerf auditif n'est impressionné que par les ondes ayant plus de 3o et moins de 3o ooo vibrations par seconde. La rétine

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