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LA FEMME

prochain, la femme est admirablement douce. Favoriser sa libre expansion intellectuelle, laisser s'ouvrir à sa conquête le monde de l'action et celui de la pensée, ce n'est pas l'entraîner à l'oubli ou au dédain de la famille, c'est la faire, en vue de la famille, toujours plus éclairée et toujours plus aimante.

Et c'est la faire plus femme. Les Chry sales redoutent ce je ne sais quoi de masculin et de disgracieux qu'ils perçoivent dans la science. Au contact de ces notions qui leur semblent inesthétiques et utilitaires, ils s'attendent à voir se dissiper la grâce, la poésie, le mystère. C'est une conception étroite de la science. Sans doute la connaissance et l'émotion souvent s'excluent, et la réflexion tendue affaiblit les sentiments, de môme que les sentiments violents obscurcissent la réflexion. Néanmoins, dit Spencer, « l'opinion commune que la science et la poésie sont antipathiques l'une à l'autre, provient d'une illusion... Au contraire, la science ouvre au savant des royaumes de poésie là où l'ignorant ne voit rien ». Les grands savants ont véritablement, devant l'objet de leurs recherches, l'enthousiasme poétique. Vinci, Goethe étaient en même temps artistes et savants. L'ignorant ne voit de la nature que le décor grossier, la façade immobile. Pour celui qui sait, la nature est bien plus vivante; dans le moindre objet, il devine et il voit un infini de vie. C'est se tromper que de croire qu'une fleur n'a plus de beauté pour des yeux de botaniste. Rien n'empêche qu'il ne lui trouve le même charme que l'artiste, et de plus il aperçoit en elle des merveilles de fécondité, tout un monde encore à naître ; il sympathise en quelque sorte avec l'âme qui est en elle. C'est parce qu'il y a de la poésie dans la science, que l'on peut intéresser à la science même des non-initiés, et qu'un « enseignement supérieur du peuple » est possible. Il y a une philosophie et une poésie de la science accessibles d'emblée à toutes les intelligences.

L'ignorance peut quelquefois paraître charmante. Mais

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il existe un charme supérieur, et au prix duquel le charme de l'ignorance n'est rien, c'est celui du savoir, quand le savoir ne consiste pas en formules, quand au Jieu de faner la poésie des choses il la multiplie, quand il n'est pas comme une chose inerte déposée dans la mémoire, mais comme une clarté vivante dans l'âme. Les études scientifiques, entendues d'une certaine manière, ne sont pas moins utiles aux femmes que les exercices littéraires et artistiques. Les jeunes filles auraient tort de subir les études scientifiques comme une tâche ingrate et imposée, et de ne s'y prêter qu'avec la hâte de retourner à leurs arts favoris. On leur présente un enseignement scientifique qu'elles peuvent véritablement aimer, car il n'est pas orienté vers la pure spéculation, mais directement vers la vie. Il est des connaissances scientifiques, en particulier toutes celles qui se rapportent à l'éducation des enfants, plus indispensables à une femme que tous les talents du monde. « Quand une mère pleure son premier né qui a succombé aux suites de la fièvre scarlatine et qu'un médecin sincère lui dit, ce qu'elle soupçonne déjà, que son enfant aurait guéri si sa constitution n'avait pas été d'avance affaiblie par l'abus de l'étude ; quand elle est écrasée sous le double poids de la douleur et du remords, c'est une bien faible consolation pour elle que de pouvoir lire le Dante dans l'originaP ».

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