Dr Legrain, Hérédité et alcoolisme, p
"284 l'éducation de la volonté
peut dire quil boit avec dégoût, pourvu qu'il boive, si bien <|u*il engloutit les boissons les plus horribles, qu'il rendra lui-même exécrables, pour tenter de se dégoûter. Il succombe, mais sa conscience est intacte. Il souffre, non pas parce qu'il s'enivre, mais parce qu'il est impuissant à s'en «mpêcher. L'accès passé, il déplorera non pas ses excès, mais sa maladie ». Edgar Poe, l'auteur des Contes fantastiques, était un dipsomane*.
Certains défauts de la volonté tiennent à ceux de l'intelligence.
Il y a des volontés aveugles. Elles vont comme des forces naturelles. La pensée a bien le courage de se réaliser mais elle est pauvre, étroite. On appelle légèreté le man- <jue d'habitude de la réflexion, l'incapacité de délibérer ■sur la valeur respective des motifs. Quant à la versatilité c'est la disposition à passer brusquement d'un projet à l'autre. Ces défauts sont à vrai dire autant intellectuels <[ue moraux. Ils résultent souvent d'une lâcheté intellectuelle. Beaucoup sont aveugles par absence de sincérité. Par préjugé, esprit d'imitation, respect humain, ils n'osent lire en eux tout uniment, ils ne savent pas ou ne veulent pas être sincères avec eux-mêmes. Ils reculent devant leur propre pensée. La brutalité, le fanatisme n'est souvent qu'une faiblesse de ce genre. La légèreté témoigne d'un esprit superficiel, comme la versatilité d'un esprit trop mobile, mais aussi d'un caractère impuissant à approfondir ou à persévérer.
Ce n'est pas par ses défauts seulement, c'est par l'excès <lc ses qualités même, une perspicacité trop inquiète, que l'intelligence nuit à la volonté. La timidité des enfants maladifs ou infirmes résulte de l'expérience de leur faiblesse physique ; ils n'osent plus tenter des actes qui sont ou leur semblent être au-dessus de leurs forces. La gaucherie
I . Il y a une intéressante étude sur Edg. Poe et sa famille, dans la Revue des DeuX'Mondes^ i5 juillet 1897.