VOLONTÉS FAIBLES
provient du sentiment que Ton a de sa maladresse habituelle, et cette préoccupation nous empêche de devenir plus adroits parce qu'elle nous paralyse pendant l'action et nous fait tout faire à contre-temps.
Tandis que le défaut de développement intellectuel produit V irréflexion, le raffinement intellectuel produit V indécision. Ceux qui vivent exclusivement par la pensée risquent de perdre l'habitude de la vie, des décisions vivantes. Celui qui a beaucoup pensé s'est convaincu qu'en beaucoup de façons de penser et d'agir diverses il y a du vrai et du faux. Il est amoureux de la vérité fuyante et multiple, il voudrait pouvoir la réaliser toute entière, mais il sait qu'à un moment donné il faut se contenter d'une seule de ses faces. En agissant il ne peut s'empêcher de songer à tout ce que son action exclut. Ce qui le retient d'agir, c'est le sentiment de l'irréparable : l'acte accompli ne m'appartient plus, il ne m'est pas possible de le rattraper pour le recommencer autrement si je m'aperçois que je me suis trompé et qu'il y avait mieux à faire. Pour un esprit tourmenté d'un souci maladif de sincérité, pour un dilettante y la moindre action provoque une angoisse intellectuelle, le devoir a cessé d'ôlre évident, le devoir est devenu un problème * .
Chez d'autres, la volonté est seule coupable. Ils s'abandonnent. Il y a des volontés faibles par défaillance. On dit de quelqu'un qu'il a « de l'énergie », du ce caractère » lorsqu'il est capable de réaliser ce qu'il croit vrai, beau,, juste sans se laisser empêcher par la douleur, le plaisir, la crainte, l'intérêt. On dit que quelqu'un « manque de volonté » lorsque, concevant un idéal et l'approuvant, il ne fait rien pour le réaliser et ajourne le moment de s'affranchir de son naturel. On peut savoir très bien ce que l'on doit faire et pourtant ne pas l'accomplir dès que cela exigerait quelque effort. La paresse morale d'une volonté