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I. Cf. plus haut sur les passions

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venu capable d'exécuter la série des mouvements demandés sans la troubler par mille mouvements étrangers. Apprendre à faire un acte, c'est avant tout oublier les hésitations désordonnées qui empêchaient l'exécution utile de cet acte. Se donner une habitude, c'est en même temps se donner un oubli. L'enfant sera incapable d'écrire couramment tant qu'il accompagnera le mouvement de ses doigts de mouvements de ses jambes, de sa langue, de tout son corps. On lui fait faire des « bâtons » jusqu'à ce qu'il soit assuré que ce luxe de mouvements est inutile, et qu'il y a avantage à ne mouvoir que la main. Grâce à la décomposition et à la répétition, l'habitude se précise et se fixe ; vient enfin le jour où sans accompagnement d'aucun mouvement parasite l'acte complexe s'effectue avec aisance, phase par phase, selon le rythme indiqué.

Considérons maintenant l'acquisition d'une habitude intellectuelle, le mécanisme est analogue. Soit une leçon à apprendre par cœur. L'écolier malhabile ne sait comment s'y prendre ; il veut aller trop vite en besogne, il brouille tout ; ou bien chaque mot du texte est un repos, un sujet à vague rêverie, à imaginations vagabondes. Ici encore il s'agit d'éliminer par la décomposition et la répétition de l'effort toutes les divagations nuisibles. L'écolier saura sa leçon par cœur dès qu'il aura débarrassé la conception qu'il en a des broussailles qui l'entre-coupent.

L'habitude une fois acquise, l'acte se déroule de luimême sans qu'aucun elfort de notre part soit désormais nécessaire. Nous avons pour ainsi dire construit et isolé une petite machine, qui accomplit des lors son travail ponctuellement dés que le signal est donné. A toute minute, dans la vie de chaque jour, nous faisons usage d'une foule de mécanismes de ce genre : l'habitude de lire, d'écrire, de calculer, etc.

L'éducation de même n'est l'œuvre exclusive ni de la volonté consciente ni de l'habitude.

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INous sommes naturellement portés à nous adapter au milieu qui nous entoure. Instinctivement nous changeons d'attitude suivant les personnes à qui nous nous adressons, notre physionomie, notre geste, le ton de notre voix se proportionne à elles, nous avons plus ou moins d'abandon, •de vivacité, d'autorité, d'audace. Un militaire n'a pas la même attitude quand il fait manœuvrer ses hommes et quand il cause dans un salon ; en changeant de milieu, il s'est senti devenir un autre homme. Il y a comme plusieurs caractères en nous qui se sont modelés sur des fréquentations diverses et qui surgissent tour à tour selon que l'entourage les appelle. Est-ce à dire que nous subissons passivement l'empreinte du milieu, que nos tendances, au lieu d'exprimer notre activité propre en face des choses, n'expriment que les dispositions déposées par les choses en nous ?

Malgré la contagion sociale, notre caractère est bien notre œuvre, nous le créons nous-mêmes, nous l'inventons, nous en sommes responsables parce que nous l'avons fait et que nous pouvons le réformer. Mais cette invention, comme toute invention, s'inspire de modèles. On ne crée rien de toutes pièces, non pas même sa propre personne. Créer, ce n'est pas tirer quelque chose de rien, c'est assimiler des matériaux étrangers, c'est transformer en quelque chose d'original des emprunts qu'on a faits siens. Imitation et invention s'accompagnent et s'emmêlent toujours. Si grand que soit l'ascendant exercé sur l'enfant par ses éducateurs, l'éducation le laisse libre et même elle a pour but de le rendre libre, de remédier aux faiblesses de la volonté, de développer l'autonomie et la fermeté du vouloir. L'enfant collabore avec ses maîtres, dans la création de son propre caractère-.

Il y a une imitation toute passive, qui est celle de l'animal^

I. Voir chap. 11, sur la spontanéité et la réflexion. a. Nous empruntons une partie des analyses qui suivent à un psychologue américain, M. Baldwin.

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de l'idiot, de Tenfant en bas âge. Elle consiste à contrefaire un mouTement pendant qu'on voit un autre l'accomplir,, sans essayer de le. refaire en l'absence du modèle. C'est Vimitation passagère.

Il y a d'autre part une imitation proprement humaine, Vimitation persistante, qui consiste à s'efforcer de reproduire un modèle par une série d'essais ; l'imitateur se rend compte que sa première tentative est insuffisante, il s'y reprend à plusieurs fois pour perfectionner sa copie. Une telle action suppose des opérations mentales complexes : l'évocation de l'idée du modèle, le souvenir des essais passés ; elle s'accom-" pagne d'une excitation émotionnelle agréable, elle produit une certaine fatigue*. Mais surtout elle implique déjà le contrôle de ses actes, un effort d'attention. L'imitateur prend conscience de lui-même en essayant de s'effacer pour reproduire autrui en lui. Ses essais sont tâtonnants, modiàeni par maladresse la chose imitée ; il s'aperçoit que c'est de lui que ces variations proviennent. Dès lors, il a pris conscience de lui-même. Il a vu le parti qu'il peut tirer de luimême et aussi des autres pour son usage. A ses yeux,- il existe deux catégories de personnes ^ ; celles dont il a quelque chose à apprendre (son père est à la tête de ce groupe), celles sur qui il peut agir (sa petite sœur et son petit frère). Sa conduite est toute différente selon les personnes* Devant son père il est docile, prêt à recevoir les suggestions; en présence de sa petite sœur il est agressif. Son humilité dans le premier cas n'est pas hypocrite; il a le sentiment de son insuffisance et de la supériorité de son interlocuteur ; il ne prévoit pas ce que fera son père tout à l'heure, pendant combien de temps il continuera à lui sourire avec approbation, quelles raisons déterminent ce changement^. Devant ses frères plus jeunes, les rôles sont renversés, il les connaît

I. Baldwin, Interprétation sociale et morale des principes du développement mental. Giard et Brière, 1899, p. 102. . ,2.. Ouvr. .cité, p. 18. ,.

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